13e Rencontres Recherche et Création : artistes et scientifiques sondent l’indicible au Festival d’Avignon. Le programme complet est disponible.
Programme complet et inscriptions sur recherche-creation-avignon.fr
« Un soir de juillet, dans la Cour du Cloître Saint-Louis, un spectateur sort d’une session sur la représentation du mal et reste planté sous les platanes, incapable de rentrer tout de suite. Il vient d’entendre Julien Gosselin parler de Maldoror et une historienne du CNRS raconter les traces du génocide rwandais. Deux langues, deux méthodes, une même nuit qui le travaille. Il finit par dire à son voisin : « Je crois que je l’ai compris dans le ventre avant de le comprendre dans la tête. » Il tient là, en une phrase, tout ce que cherchent ces Rencontres. L’indicible commence où les mots ordinaires renoncent — et c’est précisément à cet endroit qu’Avignon fait dialoguer l’art et la recherche.
Voilà ce qui fait la force, singulière et précieuse, de ce rendez-vous. Pendant deux journées, au cœur du plus grand théâtre du monde, des artistes et des chercheurs s’assoient côte à côte pour affronter ensemble ce que chacun porte seul. Comment représenter le mal, avec un metteur en scène et une chargée de recherche en histoire. Comment se dire adieu, où une actrice italienne croise un anthropologue et une psychopathologue du deuil. Les histoires de familles, ces nœuds intimes et universels, éclairées par la sociologie politique et la science du même nom. Chaque session repose sur ce pari rare : la pensée la plus exigeante et l’émotion la plus nue logent sous le même toit, celui d’un cloître ouvert à tous les publics du festival.
Ce pari, l’Agence nationale de la recherche le tient depuis treize éditions, aux côtés du Festival d’Avignon. Son rôle dépasse de loin le simple soutien. L’ANR incarne ici une mission décisive et exemplaire : faire descendre la science dans la cité, la rendre vivante et désirable, prouver qu’une chargée de recherche du CNRS et une metteuse en scène parlent au même public du même monde. C’est le cœur battant de la culture scientifique, technique et industrielle. C’est aussi, dans le même mouvement, une leçon d’éducation artistique et culturelle à ciel ouvert.
Comprendre le monde demande aujourd’hui une attention vive et exercée. Tout bouge, tout accélère : le climat se dérègle, les images se fabriquent à la chaîne, les machines parlent et imitent nos voix. Devant ce monde mouvant et déroutant, deux gestes restent debout, solides et complémentaires. Le chercheur, qui décompose et qui éclaire. L’artiste, qui condense et qui révèle. Les Rencontres réunissent ces deux gestes pour offrir au public une boussole rare : la capacité de tenir ferme quand tout vacille, de penser le changement plutôt que de le subir. Voilà la promesse que porte chaque session de ce cloître.
Car l’éducation artistique et culturelle naît exactement de ce geste avignonnais. Mettre un adolescent, un enseignant, un citoyen devant une œuvre qui le dépasse. Lui tendre les outils savants et sensibles pour la traverser. Accepter qu’il en sorte transformé. Maldoror, le deuil, le paradoxe du hérisson, le frère que l’on porte en soi : autant de seuils où l’on apprend à nommer ce qui résiste aux mots. Apprendre à dire l’indicible, c’est apprendre à habiter sa propre vie. C’est la première digue contre la solitude qui guette, et le plus sûr chemin vers les autres.
Ces Rencontres prouvent, année après année, que la recherche et la création forment une seule famille, exigeante et fraternelle. Avignon le sait depuis toujours : on ne quitte pas un grand spectacle indemne. On en sort augmenté, relié, debout »
Emmanuel Ethis, Délégué interministériel à l’éducation artistique et culturelle
Programme complet
JEUDI 9 JUILLET
Comment représenter le mal ?
Jeudi 9 juillet de 9h45 à 11h30 | Cour du Cloître Saint-Louis
Session ouverte à tous sans inscription.
Cette première session sera ouverte par Claire Giry, présidente-directrice de l’Agence nationale de la recherche, et Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon.
Avec
- Julien Gosselin, metteur en scène de Maldoror
- Emmanuel Bouju, professeur des universités, littérature générale et comparée, Université de la Sorbonne Nouvelle
- Hélène Dumas, chargée de recherche, histoire, CNRS
- Isabelle Delpla, professeure des universités, philosophie, Université Jean Moulin Lyon 3
Session animée par Sylvaine Guyot, professeure, littérature française et études théâtrales, Université de New York
Comment se dire adieu ?
Jeudi 9 juillet de 14h à 17h30 | Salle des colloques du Cloître Saint-Louis
Sur inscription : https://www.recherche-creation-avignon.fr/inscription/
14h00 à 15h30
Introduction par Emmanuel Ethis, délégué interministériel à l’éducation artistique et culturelle
Avec
- Daria Deflorian, actrice, dramaturge et metteuse en scène de Che dolore terribile è l’amore
- Eric Vautrin, dramaturge
Communications scientifiques :
Habiter / hanter. Fantômes et domesticité
Par Grégory Delaplace, directeur d’études, anthropologie, EPHE
« Sans séparation », Han Kang avec, contre ou sans les historiens de la Corée ?
Par Alain Delissen, directeur d’études, histoire, EHESS.
Session animée par
Elsa Courant, chargée de recherche, poésie et histoire littéraire du XIXème siècle, CNRS
Grégoire Mallard, directeur de recherche et professeur, anthropologie et sociologie, Institut de hautes études internationales et du développement, Genève
16h00 à 17h30
Avec
- Tiphaine Raffier, actrice, dramaturge et metteuse en scène
Communications scientifiques :
Faut-il sauver la mort ? L'absence définitive et universelle est non substituable.
Par Marie-Frédérique Bacqué, professeure des universités, psychopathologie clinique, Université de Strasbourg.
Hors-champ : sculpter le non-dit
Par Marie Kondrat, professeure, littérature générale et comparée, Université de Lausanne
Session animée par
Tiphaine Karsenti, professeure des universités, études théâtrales, Université Paris Nanterre
Sabine Forero-Mendoza, professeure des universités, esthétique et histoire de l’art contemporain, Université de Pau et des Pays de l’Adour
VENDREDI 10 JUILLET
Histoires de familles
Vendredi 10 juillet de 14h à 17h30 | Salle des colloques du Cloître Saint-Louis
14h00 à 15h30
Avec
- Muriel Imbach, metteuse en scène de Nous ou le paradoxe du hérisson ;
Communications scientifiques :
Comment recueillir la parole des enfants ? Retour sur deux enquêtes sur la socialisation politique enfantine
Par Julie Pagis, chargée de recherche en science politique, CNRS.
Audrey Célestine, maîtresse de conférences, histoire et sociologie politique, New York University
Session animée par
Anne Besson, professeure des universités, littérature générale et comparée, Université d’Artois
Frédéric Sawicki, professeur des universités, sciences politiques, Université Paris I Panthéon-Sorbonne
16h00 à 17h30
Avec
- François Gremaud, auteur, comédien et metteur en scène de Mon Frère
- Christian Gremaud, comédien
- Jennifer Lesage-David, autrice, metteuse en scène, réalisatrice et codirectrice de l’International Visual Theatre
Communications scientifiques
L’International Visual Theatre (IVT), une scène d’expérimentations esthétiques et politiques à l’origine du « Réveil Sourd » en France.
Par Andrea Benvenuto, maîtresse de conférences en philosophie, EHESS
Le Regard du sourd de Robert Wilson : un théâtre d’images
Par Emeline Jouve, professeure des universités, littérature et théâtre étatsunien, Université Toulouse 2 Jean Jaurès.
Session animée par
Patrick Boucheron, professeur des universités, histoire, Collège de France
Laurent Lombard, professeur, littérature italienne contemporaine, Avignon Université
Forum « La création comme liberté(s) »
Le forum « La création comme liberté(s) » invite à une réflexion partagée entre artistes, scientifiques, professionnelles et professionnels, et public. Il est organisé par l’Agence nationale de la recherche, le Festival d’Avignon, l’Onda, Thalie Santé en collaboration avec l’Afdas, Audiens et la SACD.
Vendredi 10 juillet de 9h30 à 12h30 | Salle des colloques du Cloître Saint-Louis
L’émergence de nouvelles formes d’entraves et les controverses sur la légitimité de certaines œuvres met en tension les conditions de création, de diffusion et de réception, tout en questionnant le rapport à la représentation et le statut même des œuvres artistiques.
Quelles sont les spécificités des entraves à la liberté de création ? Comment les comparaisons historiques et géographiques peuvent-elles nous aider à comprendre celles de l’époque contemporaine ? Quels sont les arguments mobilisés pour contraindre ou interdire les œuvres ? En quoi le contexte social, politique et culturel favorise-t-il le renforcement de ces contraintes ?
Comment protéger celles et ceux qui créent, programment et accueillent les œuvres ? Comment le droit, les politiques culturelles, les institutions (festivals, lieux, …), y compris les institutions sociales protectrices, peuvent-ils soutenir et garantir les conditions des libertés de création, de diffusion et de réception ? Quelles seraient les nouvelles mesures possibles ?
Ce forum invite à une réflexion partagée entre artistes, scientifiques, professionnelles et professionnels, et le public autour de deux grands thèmes :
- Les évolutions du contexte social, politique et culturel et les nouvelles tensions qui traversent les sociétés contemporaines et les formes de protection de la liberté de création ;
- La création comme singularité, comme imprévu : comment préserver les dynamiques de la création et échapper aux risques de stéréotypes produits par les contraintes extérieures au processus de création ?
Avec les interventions de :
Olivier Alexandre, sociologue, chargé de recherche au CNRS ; Marie-Pia Bureau, directrice de l’ONDA ; Sandrine Caroly, professeure en Ergonomie, Laboratoire PACTE, Université Grenoble Alpes ; Catherine Corsini, scénariste et réalisatrice, membre élue au conseil d’administration de la SACD ; Robert Darnton, historien, professeur émérite Université d’Harvard ; Ghislain Gauthier, secrétaire général de la CGT Spectacle ; Yann Hilaire, directeur de Thalie Santé ; Romain Huret, historien, président de l’EHESS ; Mina Kavani, comédienne, metteuse en scène ; Eve Lombard, administratrice générale, Festival d’Avignon ; Phia Ménard, artiste pluridisciplinaire, metteuse en scène et directrice artistique de la Compagnie Non Nova ; Christopher Miles, directeur général de la création artistique, ministère de la Culture ; Thomas Perroud, professeur de droit public, Panthéon Assas Université, secrétaire de l’Observatoire de la liberté de création ; Tiago Rodrigues, auteur, metteur en scène, directeur du Festival d’Avignon ; Stéphane Segreto-Aguilar, directeur Relais Culture Europe ; Frederic Sawicki, professeur, science politique, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne ; Thierry Teboul, directeur de l’Afdas ; Jean-Claude Yon, historien, directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études-PSL, titulaire de la chaire “Histoire des spectacles à l’époque contemporaine”…
Animation Romain de Becdelièvre, producteur à France Culture