CE28 - Cognition, éducation, formation tout au long de la vie

Sémantique et pragmatique probabilistes - Approximation, hyperboles, implicatures de quantité – ProbaSem

Résumé de soumission

L'interprétation des énoncés dépend à la fois de leur signification linguistique et des inférences pragmatiques qui découlent d'un raisonnement sur les intentions communicatives du locuteur. Au cours des dernières décennies, la pragmatique formelle a fait appel à deux approches correspondant chacune à des stratégies de recherches différentes, à savoir la sémantique formelle d’une part, et les approches probabilistes d’autre part, souvent liées à la théorie de la décision et à la théorie des jeux.

À l'aide d'outils issus de la logique, les chercheurs en sémantique formelle construisent des théories ayant une structure déductive transparente et dérivent certaines généralisations qualitatives, leur permettant d’être falsifiées par la construction de cas critiques. La sémantique et la pragmatique formelles ont permis une caractérisation empirique fine et une typologie riche des inférences sémantiques et pragmatiques. Toutefois, dans cette tradition, la dimension probabiliste des inférences pragmatiques est le plus souvent ignorée, et le domaine interagit peu avec les autres branches théoriques des sciences cognitives.

Les approches bayésiennes, quant à elles, sont en mesure de fonder une analyse des inférences linguistiques sur une théorie du raisonnement indépendamment motivée, et elles rendent compte de la nature probabiliste de ces inférences. Cependant, elles ont tendance à moins s’intéresser à la découverte de généralisations fines que les approches développées en sémantique et pragmatique formelles.

L'un de nos principaux buts est de réduire l'écart entre ces deux philosophies de recherche. Nous voulons tirer parti de la puissance des nouvelles approches bayésiennes de la pragmatique, tout en préservant et en élargissant ce qui est particulièrement précieux dans la culture et les résultats de la sémantique et de la pragmatique formelles.

Pour cela, nous nous appuyons sur le ‘Rational Speech Act Model’ (RSA, Goodman & Stühlmuller 2013), un modèle de la pragmatique en plein essor, qui jouera un rôle pivot dans notre projet. Ce cadre repose sur une théorie interactive des inférences que le locuteur et l'auditeur font l'un sur l'autre. Dans cette approche, le locuteur choisit un message en fonction d'un modèle de l'auditeur, avec pour objectif de maximiser l'informativité du message tout en minimisant son coût. L’auditeur, quant à lui, utilise la règle de Bayes pour mettre à jour ses croyances, en utilisant à la fois ses croyances antérieures et la probabilité que l'orateur ait choisi tel ou tel message dans diverses situations. Bien que cette approche ait été utilisée pour modéliser de nombreux phénomènes pragmatiques, les modèles traitent bien souvent de cas relativement simples, sans s’intéresser à la phénoménologie complète des domaines étudiés. De plus, ces modèles ont beaucoup de paramètres libres, rendant difficile la formulation de prédictions claires et falsifiables.

Le projet porte sur trois domaines empiriques pour lesquels l'intégration des approches issues de la sémantique formelle et des approches probabilistes devrait conduire à des progrès significatifs : l'expression de l'approximation (signification et usage d’expression comme « environ »), les hyperboles (signification et usage de l’exagération, comme dans « cette chemise m’a coûté cent-mille euros »), les implicatures de quantité (renforcement pragmatique, comme de « quelques » à « pas tous »). Dans chacun de ces trois domaines, le projet comporte une dimension théorique et une dimension expérimentale. Le fil conducteur du projet sera le rôle des 'priors' dans la production et l’interprétation des énoncés.

Coordinateur du projet

Monsieur Benjamin Spector (Institut Jean-Nicod)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

IJN Institut Jean-Nicod

Aide de l'ANR 191 100 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2019 - 42 Mois

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