CE27 - Culture, créations, patrimoine

Le sublime et les expériences esthétiques – SublimAE

Résumé de soumission

SublimAE (« Le sublime et les expériences esthétiques ») est un projet de recherche interdisciplinaire, qui réunit des philosophes, des psychologues, des chercheurs en sciences sociales et des artistes, et dont l’objectif est le développement d’une nouvelle théorie cognitive de l’expérience du sublime et d’une construction émotionnelle apparentée, que l’anglais rend par « awe » et qui implique une forme de crainte mêlée à l’admiration et au respect. Le projet devrait clarifier les relations entre la catégorie du sublime, les expériences esthétiques et la conscience de soi, en intégrant étroitement l’analyse philosophique et l’expérimentation psychologique.
Le concept de sublime a des origines anciennes, mais il réapparaît au 18ème siècle comme une catégorie centrale de l’expérience esthétique, que les philosophes opposent à l’expérience de la beauté. Alors que la seconde expérience est globalement positive et procure du plaisir, la première se caractérise par des sentiments mêlés. D’une part, le sublime implique une grandeur ou une puissance écrasante, qui nous trouble et nous déstabilise. D’autre part, le sublime lance un défi à l’intellect, ce qui nous réjouit et nous élève. L’expérience globale du sublime est souvent associée au sentiment de l’insignifiance de la vie humaine, de notre petitesse au regard de l’immensité à laquelle nous sommes confrontés.
Notre hypothèse philosophique principale, que nous élaborerons en fonction de sa testabilité, est que le sublime donne lieu à une expérience esthétique qui, contrairement au beau, implique un sentiment diminué de soi. Nous nous proposons de clarifier cette hypothèse en introduisant une notion d’immersion expérientielle que nous considérons comme spécifique à l’expérience du sublime. Le sublime nous dérange à un point que la frontière entre nous-mêmes et le monde s’estompe. L’expérience du sublime est immersive au sens où le soi tend à s’effacer du champ d’expérience du sujet, alors que l’attention de celui-ci est entièrement absorbée par les entités ou scènes sublimes. Puisqu’il est par ailleurs connu que la conscience de soi implique plusieurs niveaux de représentation, dont le soi minimal et le soi narratif constituent deux espèces notables, un pan important de notre enquête sera de déterminer quel niveau est impliqué de manière prépondérante et de quelle façon. Nous pourrons ainsi différencier l’expérience du sublime d’autres expériences immersives ou impliquant une dissolution du soi, comme par exemple le « sentiment océanique ».
SublimAE s’articule sur trois lignes d’enquête, qui ont chacune une dimension théorique et une dimension expérimentale. Premièrement, nous allons créer de nouveaux matériaux expérimentaux, à commencer par ce qui a été défini comme l’un des déclencheurs centraux de l’expérience du sublime, à savoir l’immensité. Le défi central, ici, consiste à dépasser les approches expérimentales classiques sur le sublime, qui se sont souvent appuyées sur des présentations visuelles appauvries, et à introduire la réalité virtuelle et la musique comme deux sources de stimuli sublimes plus réalistes. Deuxièmement, nous allons utiliser les stimuli (visuels et/ou auditifs) ainsi créés pour identifier des différences pertinentes entre les expériences du sublime et d’autres expériences esthétiques, par exemple liées au joli ou à la beauté terrible. Enfin, nous comptons tester l’impact de l’expérience du sublime sur la conscience de soi et évaluer l’hypothèse selon laquelle cette expérience implique un sens de soi diminué, à l’aide de tâches d’incarnation, d’agentivité et d’épisodicité.

Coordinateur du projet

Monsieur Jérôme Dokic (Institut Jean-Nicod)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

IJN Institut Jean-Nicod
CRAL - UMR8566 Centre de recherche sur les arts et le langage
UMR_S894 CENTRE DE PSYCHIATRIE ET NEUROSCIENCES

Aide de l'ANR 371 558 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2018 - 36 Mois

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