CE26 - Innovation, Travail

La production et la perception de la voix et de la parole comme sites de (de)catégorisation du genre: vers l’émergence d’un paradigme non-binaire – NoBiPho

Dans le protocole proposé nous évaluons la possibilité de décrire le genre selon des modèles avec deux, trois, quatre ou plus de catégories, ou même d’éliminer le genre comme critère pertinent et opérationnel dans les descriptions.

Nous employons des méthodes mixtes pour étudier la catégorisation de soi, les discours portant sur son propre genre et sa propre voix ; nous croisons ces analyses avec les résultats de l'observation acoustique de la production de la voix ainsi qu'avec ceux de l'observation de la perception, scalaire ou catégorielle, de la voix par autrui sur la base de l'écoute de brefs échantillons audio.

Comment les individus choisis au hasard acceptent-ils l'idée d'une non binarité du genre, au moins pour les voix humaines genrées ? Que font (linguistiquement) les individus lorsqu’ils perçoivent les catégories de genre comme fluides, composites ou non-pertinentes ? Comment les individus accomplissent-ils une performance de genre non-binaire ? Quelles sont les bases empiriques de la non-binarité dans le champ de la production/performance et de la perception de la parole et voix humaine ?

Plus largement nous analysons comment le langage (ici, voix et parole) pourrait être un vecteur de nouveaux paradigmes du genre.

Les langues choisies pour explorer les effets à large échelle des changements de paradigme dans le domaine du genre sont le français et l’anglais.

En cours.

Ce projet aura un impact important non seulement dans le domaine scientifique mais également dans le domaine social, à travers des apports solides, aptes à servir de bases aux futures politiques publiques et approches sociétales du genre affranchies de la biologie.

Nos données actuelles ne concernent que les cultures nord américaine et française mais nous avons l'ambition de collaborer à l'avenir avec des chercheurs et chercheuses d'autres horizons culturels et d'autres langues.

1.A. Arnold, J.Abbou, L.Brown, M. Candea, 2018 aug., Étudier la voix humaine comme site de prolifération ou fluidité des genres, Congrès International des Recherches Féministes Francophones, Paris-Nanterre.
2.L. Brown, A. Arnold, M. Candea, J. Sneed-German, O. Reid-Collins, 2019, Non-binary speakers, phonetic variation and gender perception: Investigating indexicality through emerging identities, Social Meaning Symposium, Berlin.
3.L. Brown, A. Arnold, M. Candea, O. Reid-Collins, J. Sneed-German, 2019, « Gender : it’s complex » Including non-binary gender identities in experimental linguistic research, ExAPP Workshop, Munster.
4.LeAnn Brown, Maria Candea, Julie Abbou, James Sneed-German, 2019, Non-binary speakers and mixed research methods: interpreting multiplex gender identity in language research, Lavender Languages & Linguistics 26, Goteborg, Sw.
5.Maria Candea, Aron Arnold, LeAnn Brown, 2019, Pratiques vocales hyper-viriles, hyper-féminines ou queer au prisme de la « race », Congrès du Réseau Francophone de Sociolinguistique, Ottawa.
6.Maria Candea, LeAnn Brown, Aron Arnold, juin 2020, [conf. cancelled because of Covid19] How can the non-binarity of gender challenge human voice perception and categorization?, IGALA 2020, London.
7.Maria Candea, mai 2020, [cancelled because of Covid19] Exprimer la non binarité en français : forger un troisième genre ou abolir le genre ? Enquête sur des pratiques émergentes en phonétique et morphologie, conférence invitée pour « Variation et innovation linguistique : les phénomènes ‘émergents’ en français », Univ. Fribourg.
8. Maria Candea, Aron Arnold, Julie Abbou, LeAnn Brown & James German, 2019, Etudier la voix humaine comme site de contestation de la binarité du genre, Congrès « Genre et émancipation », GIS Genre, Angers.
9. J. Abbou, 2019, «Reformulations normatives et reformulations déviantes du genre (masculin/fe´minin). Une expérience in vitro«, Colloque international « Reformuler, une question de genres ? », Porto.

Résumé de soumission

Ce projet se situe dans le domaine encore sous-exploré de l’étude des relations entre langage et cognition humaine.
Nous avons l’ambition d’élaborer une approche expérimentale capable de prendre en compte la complexité des enjeux idéologiques qui traversent tout comportement langagier, y compris les métadiscours scientifiques, sur le terrain des controverses actuelles autour des nouvelles identités de genre. Le consortium réunit des (socio)linguistes cognitivistes, sociophonéticiens et experts en études sur le genre et analyse des idéologies, basés dans les universités Sorbonne Nouvelle et Aix-Marseille. Il bénéfice en outre de la participation d’Aron Arnold comme expert externe (Univ. Catholique de Louvain). Nous travaillons en collaboration avec des personnes qui se déclarent queer ou non-binaires (et un groupe de contrôle de personnes cisgenre au hasard).

L’étude de la production de la voix et de la parole prendra en compte la performativité du genre, dont la binarité ne sera pas considérée comme allant de soi, afin d’éviter la description des données selon une logique circulaire. La cognition de la parole genrée étant peu décrite, nous proposons d’utiliser des méthodes expérimentales pour explorer les pratiques de production et perception de la voix et de la parole, en mettant en regard les dimensions sociale et cognitive du genre. Le premier objectif du projet est de mettre à l’épreuve les paradigmes émergents qui envisagent le genre comme un système non-binaire, affranchi du postulat de dimorphisme sexuel. Le second objectif est de proposer des modélisations nouvelles susceptibles de rendre compte de la diversité humaine ainsi que des capacités à s’adapter à de nouveaux paradigmes.
Dans le protocole proposé nous évaluons la possibilité de décrire le genre selon des modèles avec deux, trois, quatre ou plus de catégories, ou même d’éliminer le genre comme critère pertinent et opérationnel dans les descriptions. Cette démarche méthodologique sera utilisée pour proposer de revisiter les nombreuses études précédentes qui ont mis en avant une bi-partition genrée de différents marqueurs ou paramètres phonétiques, afin de réinterpréter les résultats obtenus dans un paradigme binaire.

Des méthodes mixtes seront utilisées pour étudier l’autocatégorisation et le contrôle des voix ainsi que la perception catégorielle de la voix et la parole d’autrui à travers l’écoute des stimuli audio. Que font (linguistiquement) les individus lorsqu’ils perçoivent les catégories de genre comme fluides, composites ou non-pertinentes ? Comment les individus accomplissent-ils une performance de genre non-binaire d’un ? Quelles sont les bases empiriques de la non-binarité dans le champ de la production/performance et de la perception de la parole et voix humaine ? Ou encore, plus largement, comment le langage (ici, voix et parole) peut-il être un vecteur de nouveaux paradigmes ? Les langues choisies pour explorer les effets à large échelle des changements de paradigme dans le domaine du genre sont le français et l’anglais.

Ce projet aura un impact important non seulement dans le domaine scientifique mais également dans le domaine social, à travers des apports solides, aptes à servir de bases aux futures politiques publiques et approches sociétales du genre affranchies de la biologie.

La demande de financement consiste essentiellement dans le recrutement d’une personne en contrat post-doctoral pour 24 mois et d’une autre comme ingénieur de recherche à mi-temps pendant 10 mois. La ou le post-doc partagera son temps entre Aix et Paris pour bénéficier des ressources des deux laboratoires et de l’expertise de tous les membres.
En outre le projet repose sur la collaboration à des tâches imposées d’un grand nombre de personnes aux profils divers (francophones et anglophones, avec ou sans expérience des locuteurs non-binaires, avec ou sans entrainement dans des tâches précises) ; d’où un besoin précis de financement pour les dédommager du temps accordé.

Coordination du projet

Maria Candea (CLESTHIA)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

CLESTHIA CLESTHIA
LPL Laboratoire Parole et Langage
Université Catholique de Louvain / Institut Langage et Communication

Aide de l'ANR 179 228 euros
Début et durée du projet scientifique : octobre 2018 - 36 Mois

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