CE22 - Mobilité et systèmes urbains durables

Archipels, Territoires et mObilités famiLiaLeS – ATOLLS

Archipels, Territoires et mObilités famiLiaLes - ATOLLs

L’objectif est d’analyser la structure des migrations en Polynésie française en s’appuyant sur l'organisation territoriale des familles. La durabilité du système soutenue par l’ensemble des politiques publiques mises en œuvre ainsi que par les solidarités familiales est analysée. Cette organisation est caractérisée par un contexte insulaire ultra périphérique et une macrocéphalie urbaine. L’étude de l’implantation des services publics et des transports est également fondamentale dans ce projet.

Fonctionnement de la famille à distance et organisation territoriale : la continuité des services publics à l’épreuve de l’insularité

Dans ce territoire archipélagique, notre objectif est d’évaluer le rôle de l’implantation des services publics (éducation, santé, transports), des zones de développement économiques et plus généralement de l’organisation territoriale soutenue par l’ensemble des politiques sur le peuplement. Et d’autre part, en s’appuyant sur l’examen de l'organisation des familles et des trajectoires des individus qui les composent, nous souhaitons identifier les mécanismes à l’origine de la mobilité ou au contraire de l’immobilité des populations sur le territoire polynésien.<br />La Polynésie française est envisagée comme un système de peuplement réticulaire où les espaces intermédiaires n’existent pas. Il s’agit d’un espace ouvert où le réseau familial permet de franchir l’insularité. Un espace dont le solde migratoire reste déficitaire avec une polarisation intense dans la « métro-pôle » locale : au recensement de 2017 : 75% de la population réside dans les îles du Vent et 60% dans l’agglomération de Papeete à Tahiti où se situe le hub portuaire très densément peuplé de Papeete (1500 habitants au km2 contre 66 habitants au km2 pour l’ensemble de la Polynésie). Le territoire est peuplé d’une population jeune, en 2017 dix personnes en âge de travailler pour un retraité, et trois pour un « accompagné » (qui sont constitués par les personnes de moins de 15 ans et plus de 65 ans). De fait, si globalement la dépendance des séniors est faible, la charge parentale reste importante bien que l’indice de fécondité ait décru de 5 enfants par femmes à moins de 2 en 40 ans.<br />Dans cette collectivité d’outre-mer, la question de la continuité de l’État et de ses services avec son objectif d’équité territoriale pour les populations se pose de manière singulière. Les systèmes scolaire et sanitaire sont conçus de façon concentrique autour de l’île principale Tahiti (voire en lien avec la métropole -entendue ici comme cité-mère vis-à-vis de ses anciennes colonies).

Afin d’analyser la mobilité, les solidarités intergénérationnelle et l’organisation des services publics, la constitution de bases de données est primordiale. De nombreuses sources administratives sont mobilisées (concernant principalement les services publics), néanmoins les analyses quantitatives des fonctionnements familiaux reposent sur les données des recensements, des enquêtes du Ministère de l’Education Nationale, etc. mais également de façon innovante, sur la première enquête Famille collectée en 2019 en collaboration avec l’ISPF. Une approche qualitative portant sur les stratégies familiales et leurs motivations autant en Polynésie qu’auprès des étudiants et travailleurs à l’extérieur est également conduite.
Ainsi le système scolaire élémentaire est doté de 176 écoles, les deux-tiers des collèges et tous les lycées sont situés dans l’archipel de la Société et l’essentiel sur l’île de Tahiti. La poursuite de la scolarité, même obligatoire, exacerbe les problématiques rencontrées dans l’espace rural métropolitain (affectation du personnel qualifié –ici, souvent métropolitain expatrié dans le secondaire-, fermeture de classes). Cette organisation du système éducatif n’est cependant pas la seule à structurer l’espace et influencer les flux des individus sur le territoire. L’organisation du système de santé structurée autour de postes de soins, d’infirmeries, de dispensaires et un hôpital présente les mêmes particularités. La gestion des problèmes liés à la distance est difficile. S’il existe un dispositif d’évacuation sanitaire, le traitement de maladies chroniques ou les soins répétés demande le déplacement dans des foyers d’hébergement ou dans les familles à Tahiti pour l’hôpital de Papeete ou en Région parisienne pour les traitements plus spécifiques. Les analyses sont donc menées afin de mettre en cohérence ces données multiformes concernant les services et celles qui concernent les individus et les familles, quantitatives comme qualitatives.

Le démarrage du projet s’est fait lors de la première réunion du 18 janvier 2019. Cette première année a été consacrée à engager la dynamique collaborative des équipes qui se sont réunies régulièrement et ont poursuivi ou démarré les travaux d’analyses des sources de données disponibles.
Au démarrage du projet ANR, les tests de l’enquête Famille, logement et relations familiales à distance (Feti’i e fenua) et les terrains qualitatifs sont déjà avancés ; les financements conjoints du gouvernement de la Polynésie française et du Haut-Commissariat sécurisés. Le rassemblement des données de cadrage est en cours et l’exploitation des sources secondaires (recensements de la population de la Polynésie française 1983-2017) a donné lieu à deux publications de l’ISPF. D’octobre à décembre 2019 (1ère vague) et de février à mars 2020 (2ème vague interrompue par l’épidémie de covid-19) collecte de l’enquête Feti’i e fenua auprès de 5 141 habitants de la Polynésie française.
De plus, de l’expertise de l’équipe ANR sur la question de l’éducation, un projet d’enquête auprès des 4 000 élèves scolarisés en classe de 3e (dans l’enseignement public et privé) a très vite été mis en place avec la Direction Générale de l’Education et l’ISPF : l’enquête Le collège et moi. La collecte a été effectuée dans l’ensemble des collèges en mai 2019 (taux de réponse 86%) ; un premier retour aux établissements a été fait en novembre 2019, un Point fort de l’ISPF ainsi qu’une Note de recherche sont à paraître.
Du point de vue de la constitution de bases de données : outre l’homogénéisation des données des recensements de 1983 à 2017, constitution d’une base de données géolocalisées intégrant les différents types d’offre de soins pour l'ensemble de la Polynésie Française sur la période 2011-2019 et d'une base de données cartographiques pour l’ensemble des iles et communes de la Polynésie Française ainsi qu’une base de données intégrée sur les réseaux de transports (maritime, routier, aérien).

Au 1er octobre 2020, l’équipe s’agrandit de deux chercheurs en contrat post-doctoral ainsi qu’une doctorante afin de compléter les forces d’analyse des bases de données constituées jusqu’à alors.

SIERRA-PAYCHA Celio, TRABUT Loïc, LELIEVRE Eva, 2018, « Le fa’a’amura’a : Confier et recevoir un enfant en Polynésie française », Points forts de la Polynésie française, ISPF, 1, 12p
SIERRA-PAYCHA Celio, LESAGE Alexandre, 2019, « Les mobilités résidentielles », Points forts de la Polynésie française, ISPF, 4, 10p.
CHAGNE Annick, ESCOUFLAIRE Alexandre, PASQUIER Julie, 2019, « Les logements en 2017 », Point Etudes et Bilan de la Polynésie française, ISPF, 4p.
Communication à colloque international
SIERRA-PAYCHA Celio, TRABUT Loïc, LELIEVRE Eva, 2019, “Islands and Family: the making of a Family survey in a Small Island State”, The Australian sociological association conference, Sydney, novembre 2019
Organisation d’une séance au Colloque international du CIST (16-17nov 2020) :
« le temps l’île. Les territoires insulaires au prisme des multiples temporalités » - 2 sessions

L’objectif de cette proposition est d’analyser la durabilité de l’organisation territoriale polynésienne en se focalisant sur les migrations, les familles et les politiques. En s’appuyant sur l’examen de l'organisation des familles, de leurs ancrages et des trajectoires de mobilité des individus qui les composent, nous souhaitons identifier les mécanismes à l’origine de la mobilité ou au contraire de l’ancrage des populations sur le territoire polynésien. Dans ce territoire archipélagique, notre objectif est d’évaluer le rôle de l’implantation des services publics (éducation, santé, transports), des zones de développement économique, plus généralement de l’organisation territoriale soutenue par l’ensemble des politiques sur les dynamiques de peuplement. Il conviendra aussi de prendre en compte la position de ce territoire de l’Océanie en lien avec d’autres espaces (l’Hexagone, la Nouvelle Calédonie, l’Asie, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, le Canada, etc.) destinations potentielles en particulier des mobilités d’éducation et de santé.
La Polynésie française est ici envisagée comme un système de peuplement réticulaire où les espaces intermédiaires n’existent pas. Il s’agit d’un espace ouvert où le réseau familial et ses solidarités permettent de franchir l’insularité. Un espace dont le solde migratoire négatif s’accentue et où l’on observe une polarisation intense dans la « métro-pôle » locale (l’île de Tahiti et sa capitale Papeete) où se situe le hub portuaire et aéroportuaire. Mais aussi un espace constitué de 118 îles regroupées en 5 archipels et réparties sur un territoire vaste comme l’Europe dont les îles les plus éloignées sont séparées de près de 2000 km.
Le développement économique et la concentration de services publics dans la capitale expliquent la densification de la zone urbaine de Papeete au cours des 50 dernières années. Cette concentration a abouti aujourd’hui à une importante crise du logement doublée d’une crise économique pouvant être à l’origine du reflux vers les archipels, observé actuellement. Le rôle et l’implantation des services publics (éducation, santé, transports) soumis à l’obligation de continuité territoriale doivent alors faire preuve d’une forte résilience dans une société ou près d’un individu sur deux a changé de logements en l’espace de cinq ans.
Ce projet présente une occasion unique d’analyser la durabilité des systèmes territoriaux à partir d’une triple entrée : les lieux et les territoires ; les familles et les liens ; les individus et leur parcours. Les analyses envisagées, qu’elles soient quantitatives ou qualitatives, vont donc explorer les fonctionnements familiaux, les dispositifs publics et les caractéristiques individuelles qui permettent de transcender l’insularité. Autrement dit, l’analyse multi scalaire envisagée permettra de comprendre le tiraillement qui peut exister entre l’accès aux services, les solidarités familiales, les ancrages territoriaux et plus généralement le maintien de populations sur un territoire si vaste.
Porté par une équipe pluridisciplinaire (géographes, démographes, sociologues, statisticiens et politiste), notre projet repose sur un double partenariat avec l’UMR SAGE de l’université de Strasbourg et UMR IDEES de l’université de Rouen et l’Institut de statistique de Polynésie française (ISPF) qui participe au projet dans le cadre de différentes collectes déjà programmées et financées (l’enquête emploi 2018, l’enquête sur la famille, le logement et les relations à distance en 2019).
Ce projet, original à bien des égards, articule collecte et analyse de matériaux quantitatifs et qualitatifs. Il s’inscrit dans un renouveau des questions autour de la famille et propose une analyse quantitative inédite sur un territoire jusque-là peu décrit. Il permet plus généralement de réinterroger les travaux sur la durabilité des territoires à partir d’un archétype géographique.

Coordination du projet

Eva LELIÈVRE (Parcours et territoires des populations)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

ITAC Parcours et territoires des populations
IDEES IDENTITE ET DIFFERENCIATION DE L'ESPACE, DE L'ENVIRONNEMENT ET DES SOCIETES
SAGE Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (UMR 7363)
ISPF Institut de la statistique de la Polynésie Française
CRIDUP Centre de recherche de l’institut de démographie de l’Université Paris 1

Aide de l'ANR 442 908 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2018 - 48 Mois

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