DS06 - Mobilité et systèmes urbains durables

Les constructions socio-territoriales des inégalités : diagnostic territorial et aide à la décision – COheSIoN

Les COnstructions Socio-territoriales des INégalités : diagnostic territorial et aide à la décision

L’urbanisation touche désormais fortement l'Afrique, puisque plus de la moitié de sa population sera urbaine d’ici 2030, mais elle reste mal contrôlée ce qui n’est pas sans conséquence sur le bien-être des populations. Les villes sont le berceau d'inégalités de tous genres. Proposer un diagnostic territorial de Bouaké, seconde ville de Côte d’Ivoire, au sortir de la décennie de crise socio-politique, permet d’approcher la question des inégalités de santé.

Le paludisme, un indicateur d'une urbanisation inégale

La question du développement durable des villes et celle du bien-être des citadins se posent avec acuité. Alors que les villes portent en elles l’idée d’un certain modernisme, et ambitionnent souvent d’être les vitrines du pays, elles semblent aujourd’hui tirées vers le bas, emblèmes de maux plutôt que de progrès. Or, il existe peu d’études en santé urbaine dans les pays du sud qui aillent au-delà des classiques analyses soulignant combien la pauvreté est présente, notamment dans des zones précaires, vite qualifiées de bidonvilles. L’idée reçue selon laquelle la santé des citadins serait meilleure que celle des ruraux du fait de la concentration des services sanitaires pourrait expliquer ce hiatus. Si le lien entre l’environnement et la santé est avéré de longue date, l’on sait aussi que les modes d’organisation, d’agencement, de gestion et d’appropriation des territoires, la manière dont les acteurs, les habitants, les autorités locales agissent, s’approprient et transforment leurs territoires peuvent aussi avoir un effet sur la santé. Mais, au plan politique, les relations entre la ville et la santé sont loin d’être formalisées: les aménageurs de l’espace urbain tiennent peu compte des besoins de santé des populations tandis que les politiques de santé délaissent la ville.<br />Proposer un diagnostic territorial de Bouaké, seconde ville de Côte d’Ivoire, en pleine mutations après la crise socio-politique de la décennie précédente, apparaît ainsi comme un moyen d’approcher la question des inégalités urbaines, sous l’angle de la santé dont on sait qu’elle est cause et conséquence du développement.

Les travaux s’appuieront sur l’analyse du processus d’urbanisation de la ville de Bouaké au regard du paludisme, utilisé comme indicateur de santé. Le choix de la ville est justifié par sa place dans le réseau urbain (seconde ville du pays), l’impact de la crise socio-politique, sa situation environnementale et sa dynamique actuelle.
Les outils, techniques et méthodes du projet OpenStreetMap seront mobilisés pour la création des données géographiques. Nous utiliserons l’imagerie satellite à haute résolution pour caractériser le bâti, l’occupation du sol, le linéaire routier et le réseau hydrographique. Des données de terrain (équipement, voirie, bâti) collectées par des techniques innovantes (applications Android OSMand et OpenDataKit) complèteront la description urbaine. Le recours à des images de très haute résolution (drone) permettra une approche fine du terrain, au niveau de l’urbanisation récente et de l’écologie du paludisme.
Les états de santé des populations et le risque vectoriel seront caractérisés par des enquêtes mettant en relation à un temps t, l’exposition à la maladie et l’environnement permettant ainsi un meilleur ajustement avec les métriques utilisés (prévalence, immunité, indicateurs entomologiques, variables socio-environnementales).
Des enquêtes qualitatives complèteront les mesures quantitatives. Des entretiens seront conduits auprès de la population et des acteurs (structures de soins, directions sanitaires, ONG, société civile, municipalité, responsables de quartiers). Les entretiens sur la santé seront structurés autour de questions visant à interroger les personnes sur leur « bonne santé », leur connaissance du paludisme (sémiologie, étiologie, entités nosologiques populaires), les défis qu’ils affrontent en termes sociaux, économiques et sanitaires pour faire face à la maladie (recours aux soins et prévention, satisfaction des soins, coût de la maladie).

Une hétérogénéité de la transmission du paludisme a été mise en évidence pour le passage de début saison des pluies, en termes de prévalence et d’exposition aux piqures des vecteurs. La pression vectorielle est également inégale en fonction des quartiers avec l’identification d’une espèce jusque-là absente de Côte d’Ivoire dont l’émergence est généralement associée à l’urbanisation. L’impact de la gestion de l’espace (agriculture urbaine) est également mis en évidence. La moustiquaire imprégnée d’insecticide (MII) est apparue moins utilisée que ne le montraient les chiffres nationaux, et de façon inégale selon les quartiers. Une transmission résiduelle en réponse à l’utilisation des MII semble en outre se dessiner, posant la question de l’efficacité de ces outils de prévention à moyen terme.
Les résultats obtenus valident l’hypothèse d’une inégale transmission du paludisme et la typologie urbaine produite au regard de cet indicateur, par des enquêtes de terrain couplées à des analyses d’imagerie à haute et très haute résolution qui apparaissent ainsi pertinentes pour appréhender l’inégalité du processus d’urbanisation.

L'approche adoptée inscrite dans le paradigme de la Science Ouverte (OpenScience) a permis un renouvellement de la recherche en géographie urbaine pour le développement au sud. La mobilisation d’outils et méthodes du projet OpenStreetMap permet une efficacité accrue en matière de création, de partage et de communication de données de base et de données thématiques ainsi que de produits cartographiques. Les données sont actuellement accessibles sur ifl.francophonelibre.org/mapstore/
Des techniques de traitement d’image à très haute résolution plus rapides sont en phase de validation ainsi que l’utilisation de métriques paysagères pour mieux prédire le risque de paludisme à une échelle très fine.
Une collaboration avec DirectMairie (France) pour le développement d’une application dédiée à la collecte d’informations sur la ville de Bouaké (décharges sauvages, feux tricolores en panne, caniveaux obstrués, défauts sur la voirie, etc.) est en cours de montage.

Un article sur la géographie du système de soins sera prochainement accessible dans la revue Espace Populations Sociétés. Des résultats sur la méthode de collecte des données géographiques ont été présentés à 2 State Of The Map (Bordeaux 2018 et Abidjan 2019) et discutés lors d’un atelier organisé dans le cadre de la conférence Understanding Risk (Banque mondiale, Abidjan 2019).
Deux thèses (géographie et entomologie) sont en cours et le projet a permis d’accueillir 4 masters (géographie, entomologie, sociologie).
Plusieurs formations ont été organisées pour la production de données géographiques.
Plusieurs ateliers de travail ont été tenus avec la mairie de Bouaké et la Direction régionale de la santé du Gbeke qui ont permis aux acteurs de faire remonter certains de leurs besoins (carte sanitaire, carte scolaire).

L’urbanisation est l’un des phénomènes les plus marquants de ces dernières décennies et touche fortement le continent africain, puisque plus de la moitié de sa population devrait vivre en ville d’ici 2030. Dans le contexte économique actuel difficile, cette tendance à l’urbanisation inéluctable reste mal contrôlée ce qui n’est pas sans conséquence sur le bien-être des populations. De fait, les villes sont devenues le berceau des inégalités de tous genres. Les citadins des villes d’Afrique affrontent des difficultés de logement, de transport ou encore de travail, ils habitent dans des lieux où ils s’exposent à des risques inhérents au manque d’assainissement, aux difficultés d’approvisionnement en eau potable, au manque de structures de soins, etc.
Si le lien entre l’environnement et la santé est avéré de longue date, l’on sait aussi que les modes d’organisation, d’agencement, de gestion et d’appropriation des territoires, la manière dont les acteurs, les habitants, les autorités locales agissent, s’approprient et transforment leurs territoires peuvent aussi avoir un effet sur la santé. Mais, au plan politique, les relations entre la ville et la santé sont loin d’être formalisées: les aménageurs de l’espace urbain tiennent peu compte des besoins de santé des populations tandis que les politiques de santé délaissent la ville.
Proposer un diagnostic territorial de Bouaké, seconde ville de Côte d’Ivoire, en pleine mutations après la crise socio-politique de la décennie précédente, apparaît ainsi comme un moyen d’approcher la question des inégalités urbaines, sous l’angle de la santé dont on sait qu’elle est cause et conséquence du développement.
En s’appuyant sur une approche pluridisciplinaire et des méthodologies innovantes (données ouvertes, cartographie collaborative OpenStreetMap et géomatique libre), le projet vise à (1) décrire le processus d’urbanisation passé et en cours de Bouaké avec un regard particulier sur les questions de santé, (2) rechercher les facteurs de risque du paludisme et leurs combinaisons dans des sous espaces illustratifs de la diversité urbaine de la ville, (3) étudier les constructions socio-territoriales de la santé dans les mêmes sous espaces urbains pour comprendre comment elles agissent sur la dynamique de la maladie.
Les attendus du projet sont doubles avec d’une part, la compréhension des combinaisons locales des déterminants de la santé, et d’autre part l’identification des freins et des leviers pouvant aider décideurs et acteurs locaux à élaborer des plans d’action permettant de réduire les inégalités socio-spatiales.

Coordination du projet

Florence Fournet (INSTITUT DE RECHERCHE POUR LE DEVELOPPEMENT)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

IRD/MIVEGEC INSTITUT DE RECHERCHE POUR LE DEVELOPPEMENT
Clark University
IPR/CEMV/CRD INSTITUT PIERRE RICHET

Aide de l'ANR 428 238 euros
Début et durée du projet scientifique : janvier 2018 - 48 Mois

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