DS01 - Gestion sobre des ressources et adaptation au changement climatique

Des usages traditionnels à une valorisation intégrée des sédiments dans le bassin versant de l'Usumacinta – VAL-USES

VAL-USES

Des usages traditionnels à une valorisation intégrée des sédiments dans le bassin versant de l'Usumacinta

Objectifs et hypothèses scientifiques

Le projet propose d’aborder la complexité du bassin versant du fleuve Usumacinta par le biais des sédiments : à la fois composante du milieu fluvial et ressource naturelle pour les populations humaines, ils sont utiles à appréhender l’état d’un écosystème comme l’évolution des usages sociaux. Par cette entrée, l’adaptation d’un territoire dans le contexte d’évolutions globales et de transition écologique sera traitée : comprendre le socio-écosystème de l’Usumacinta par les sédiments fluviaux, déterminer leurs caractères et fonctions, connaître leurs usages et représentations, proposer une valorisation intégrée au bénéfice des populations locales. L’analyse pluridisciplinaire contribuera au développement durable du territoire face au changement climatique.<br />Le caractère parcellaire des connaissances à l’échelle du bassin versant, du fait de l’étendue géographique et des difficultés d’accès de certaines zones constitue un important verrou scientifique à lever. La recherche doit par conséquent être calibrée en fonction de l’existant et ciblée sur le terrain pour être efficace. La diffusion des données entre chercheurs de disciplines différentes, travaillant dans des langues distinctes, est surmontée par l’élaboration d’un Glossaire terminologique. La covalorisation des sédiments, permettant de créer des matériaux à forte valeur ajoutée et à faible impact environnemental constitue un verrou technique : le comportement physique des sédiments combinés aux déchets locaux (bois, fibres végétales) afin de produire des matériaux bio-sourcés, doit être caractérisé.

La méthodologie est élaborée afin de réaliser un projet pluridisciplinaire et participatif.
1. Les recherches sont effectuées sur des sites pilotes, communs et pertinents pour plusieurs tâches, permettant une couverture géographique équilibrée et représentative du bassin versant et déterminés suivant les paramètres : intérêt scientifique multidisciplinaire, contacts solides avec des acteurs locaux, accessibilité et sécurité. Les sites de Tenosique et Jonuta (Tabasco) sont commun à tous les chercheurs.
2. Une tâche dédiée au Project management, animée par les coordinateurs du projet contribue à construire l’interdisciplinarité : ateliers méthodologiques (en présentiel ou à distance) afin que les choix scientifiques soient opérés en commun, en amont des missions de terrain et des expérimentations, puis en aval afin d’assurer un partage et une confrontation des résultats (Task 0).
3. Le travail de recherche se fait par principe dans la langue de meilleure expression des chercheurs, la plupart d’entre eux comprenant le français et l’espagnol. L’anglais est utilisé pour les échanges entre les équipes si nécessaire.
4. Sur le terrain, les relais locaux sont systématiquement utilisés : ONG ou associations, autorités locales et responsables divers, universités, étudiants… La prise en compte du savoir profane permet de co-construire le travail des chercheurs.

Le principal risque scientifique est celui de la difficulté à collecter des données de terrain pour des raisons de sécurité. La présence et la mobilité de réseaux clandestins de migration et de narcotrafiquants doivent en permanence être prises en compte. Sur la période du projet, il n'a pas été possible aux équipe françaises de se rendre au Chiapas. Les relais locaux permettent la remontée d’information, le choix d’un travail sur des sites pilotes favorise la réactivité et le repli vers des sites alternatifs et sûrs. Les missions de terrain sont toujours groupées, mêlant chercheurs français et mexicains.

Les principaux faits et résultats marquants à mi-parcours du projet :
- L’activité artisanale d’extraction des sédiments dans le lit du fleuve se développe en général en saison sèche (accentuée par le changement climatique), elle est quantitativement plus importante qu’observée initialement en raison de la forte sécheresse début 2019.
- L’extraction des sédiments est une activité récente, qui s’est renforcée au cours des 30 dernières années en raison des besoins croissants (travaux publics, voies de communication) et du changement dans les matériaux de construction des maisons des habitants du bassin.
- Cette extraction est une activité très structurée socialement, à l’échelon local, malgré son caractère informel et souvent en marge de la réglementation nationale applicable.
- Les activités artisanale et industrielle entrent parfois en compétition, ce qui crée des tensions dans certains contextes locaux.
- L’analyse des contaminants dans les sédiments a mis en évidence une pollution aux métaux lourds (plomb, mercure et cadmium), importante en certains points de prélèvements.
- L’usage agricole des sédiments du fleuve est très répandu, les utilisateurs locaux ayant développé une connaissance fine de cet apport offert par le fleuve, mais la sécheresse a des impacts très marqués sur cet usage.
- Afin d’évaluer les potentialités de co-valorisation des sédiments avec des déchets disponibles des matériaux bio-sourcés, une usine de production d’huile de palme et un rancho d’éco-agriculture ont été visités.
- Les populations locales ont exprimé un intérêt pour ce travail scientifique réalisé : participation aux ateliers organisés sur le terrain et à l’extraction des sédiments.
- Malgré les relations étroites des habitants avec le fleuve, très rares sont ceux connaissant le terme de « sédiments/sedimentos ». Ils pratiquent en revanche une terminologie variée pour les nommer, selon les usages.

Les travaux en cours vont être approfondis : cosmovision et symbolique des sédiments, rôle de certains groupes sociaux particuliers, analyse des contaminants et de l'influence des sédiments sur les communautés de poissons, exploration des différentes filières de valorisation, recherche d'une gouvernance participative, construire un Observatoire.

Workshop « Comprendre le socio-écosystème du bassin versant de l’Usumacinta », 3e conférence internationale I.S. Rivers, 4 juin 2018, Lyon, direction scientifique Pierre CHARRUAU et Isabelle MICHALLET www.graie.org/ISRivers/n_prog_workshops.php
Irini DJERAN-MAIGRE, Pierre CHARRUAU, Daniel LEVACHER, Andry-Rico RAZAKAMANANTSOA, Les sédiments de l’Usumacinta : réalités du terrain et prélèvements
Pierre CHARRUAU, Pollution et réseau trophique: des sédiments jusqu'au crocodile
Victoria CHIU, La gestion des bassins versants en droit de l’eau mexicain
Claire HARPET, L’Usumacinta : un fleuve, une terre, un monde. Approche ethnologique d’un territoire
Anne RIVIÈRE HONEGGER et Ana GONZÁLEZ BESTEIRO, Passé et présent du fleuve Usumacinta à Tabasco (Mexique) : transformation d’un espace sous l’égide des protecteurs de la nature
Edith KAUFFER MICHEL, Les usages sociaux du fleuve Usumacinta entre Estapilla et les rapides de San José El Grande, état du Tabasco: la frontière de la conservation
Isabelle MICHALLET, Droit international et bassins versants d’Amérique latine
Lucile MEDINA, Réflexions sur les méthodes de terrain et la construction d'un regard partagé : les enjeux d'un programme international et pluridisciplinaire
Claudia MONZÓN ALVARADO, Les observatoires socio-environnementaux au Mexique : application à l’échelon d’un bassin versant
Jean-Philippe PIERRON, Réflexions éthiques sur la vulnérabilité du bassin versant de l’Usumacinta
Hans VAN DER WAL, Agroecology in the river basin : the case of the Usumacinta Canyon

Situé en zone tropicale, le bassin versant du fleuve Usumacinta constitue un territoire transfrontalier vulnérable, très exposé aux changements issus des activités humaines et du climat. De cet ensemble complexe, une composante essentielle demeure mal connue : les sédiments du fleuve. Ni leurs propriétés physiques ou la présence de polluants, ni la réglementation, les savoirs, les représentations, la symbolique de cet élément peu perceptible n’ont été étudiés. La démarche interdisciplinaire retenue vise à comprendre les enjeux de ce socio-écosystème et ses capacités d’adaptation en situation de transition écologique, par l’analyse des interactions entre milieux et pratiques des acteurs. Une approche temporelle liera les usages des populations aux filières de valorisation intégrée en devenir. Ethique, cette recherche sera structurée au sein d’un observatoire co-construit avec les acteurs locaux ; innovante, elle proposera une stratégie de gestion territoriale et durable.

Coordination du projet

Isabelle MICHALLET (Environnement, ville, société - UMR 5600)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

CIESAS
SMSID Sols Matériaux Structures Integrité Durabilité
CCGSS
ECOSUR
EVS Environnement, ville, société - UMR 5600

Aide de l'ANR 280 000 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2017 - 36 Mois

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