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Liens socionumériques et Technologies (mobiles) de l’Information et de la Communication – LiSTIC

Liens Socionumériques et Technologies (mobiles) de l'Information et de la Communication

Comme les médias sociaux sont majoritairement consultés à l'aide des téléphones mobiles, il convient de prendre en compte les spécificités des téléphones et des applications mobiles pour comprendre les effets de ces médias sur les sociabilités, les réseaux sociaux et nos démocraties. LisTIC explore ces formes nomades de participation aux médias sociaux en développant des méthodes de recherche mixtes croisant des méthodes qualitatives avec des méthodes caractéristiques des humanités digitales.

Analyser les pratiques communicationnelles et relationnelles mobiles à l'aide de méthodes digitales

Le projet LisTIC propose de développer des méthodes relevant des humanités numériques pour étudier comment les smartphones et leur palette d'applications viennent accentuer la tendance contemporaine à la fragmentation des pratiques communicationnelles et relationnelles autour d'un nombre croissant de supports (ordinateurs, téléphones, etc.), de fonctionnalités (appels, SMS) et d'applications tels que les réseaux socionumériques (Facebook, Instagram, etc.) et les services de micro-blogging (Twitter, Tumblr, etc.). Il est fondamental de mesurer les effets de cette fragmentation continue des pratiques communicationnelles pour comprendre son influence sur nos sociétés en réseaux, pour restituer l'épaisseur des liens sociaux et la manière dont ils se structurent autour de diverses médiations et un éventail croissant de TIC. Le développement de ces méthodes forme un enjeu crucial pour les sciences humaines et sociales (SHS) qui peinent à analyser les usages contemporains des smartphones. <br />LisTIC cherche à atteindre cet objectif en nourrissant une ambition sociologique soucieuse d'articuler, sur un plan méthodologique, des corpus de données relevant des humanités numériques avec des méthodes classiques en sociologie (observations, entretiens, questionnaires). La levée de ce verrou scientifique est de taille car on ne peut avoir qu'une vision fragmentaire des sociabilités numériques si l'on ne cherche pas à recomposer cet entrelacement des pratiques et des usages à l'aide notamment de méthodes qualitatives. Les humanités numériques doivent être développées pour répondre à cet objectif afin que les diverses études de nos sociétés en réseaux puissent converger pour favoriser la cumulativité des connaissances et former un socle intellectuel qui soit à la fois réflexif et évolutif, qui articule l'historicité des pratiques à leur devenir.

LisTIC est structuré autour de plusieurs volets de recherches et de plusieurs dispositifs méthodologiques complémentaires :

1. L'analyse de la structuration des pratiques relationnelles nomades : Cette recherche articule une étude quantitative et qualitative. La première a été réalisée à l'aide de questionnaires en ligne permettant de collecter des données relationnelles auprès d'un échantillon (n = 133) de jeunes adultes (18 à 30 ans) pour mesurer les effets des téléphones mobiles et des médias sociaux sur la taille et la composition de leurs réseaux de relations. En parallèle, une étude qualitative a été réalisée pour analyser les patterns d'usages des applications mobiles de médias sociaux, notamment Facebook, et la manière dont elle crée de l'isolement social dans les lieux publics.

2. Analyse des formes nomades d'e-participation en France et au Brésil : Ce volet du projet cible les usages politisés des médias sociaux, notamment de Facebook et de Twitter. Il est structuré autour de deux recherches, l'une réalisée en France durant l'élection présidentielle française et l'autre relative aux mouvements sociaux au Brésil. Elles sont basées sur un protocole de recherche commun, articulant des méthodes qualitatives (observation, entretiens) et informatisées (collectes de données Facebook et Twitter), développé pour analyser les usages politisés de ces médias et la singularité des participations réalisées depuis les téléphones. Les données de pages Facebook ont été collectées avec l'application Netvizz (Rieder, 2013) et les données de Twitter avec DMI-TCAT. Les données textuelles sont analysées avec le logiciel Iramuteq.

3. Analyse des usages des smartphones et des applications des médias sociaux au travail : cette recherche est basée sur des méthodes qualitatives (des entretiens) et quantitatives (des observations quantifiées) pour mesurer les taux de prise en main des TIC et leur place dans les environnements professionnels.

LisTIC montre que les usages (mobiles) des médias sociaux favorisent l'hyperconnectivité (1), l'homophilie (2) voire la ségrégation sociale (3) :

1. A l'aide d'une application installée sur les smartphones, une recherche de LisTIC analyse les schémas d'utilisation de ces dispositifs et des applications des médias sociaux. Cette étude révèle comment les utilisations des téléphones sont organisées autour des dispositifs de notification des SMS et des applications mobiles des médias sociaux (Facebook). Ces dispositifs amènent les utilisateurs à situer ces sollicitations sociales, affichées par les écrans, au-devant de leurs usages et à développer des pratiques relationnelles que nous qualifions d'hyper-connectées.

2. L'analyse quantitative de la structure du réseau de relations des jeunes français (18 à 30 ans) montre qu'elle a peu évolué entre 2001 et 2017. Les médias sociaux n'ont pas bouleversé la taille et la composition des réseaux de relations. Cependant, ils renforcent un phénomène d'homophilie sociale et de ségrégation entre les classes sociales : les jeunes français communiquent de plus en plus avec des individus qui ont des caractéristiques sociodémographiques similaires, notamment du point de vue du niveau d'étude.

3. L'analyse des pages Facebook (n = 250) des réseaux de sympathisants des principaux candidats à l'élection présidentielle françaises de 2017 montre que Facebook est plus investit par ceux dont les opinions et les projets politiques sont les moins médiatisés par les médias. Ce phénomène génère un effet pervers au sein des groupes de l'extrême droite. L'étude détaillée des sources d'information partagées par les différentes communautés politiques dans Facebook montre que les sympathisants FN tendent, à la différence des autres groupes politiques, à former des enclaves idéologiques où ils font circuler un nombre plus importants d'informations peu vérifiées, voire fausses, souvent porteuses d'une critique sociale radicale, voire racialisante.

Les recherches de LisTIC analysent leurs résultats suivant différentes perspectives :

1. L'analyse de la structuration des pratiques relationnelles nomades : Les questionnaires vont permettre de documenter les effets des téléphones mobiles et des médias sociaux sur la composition des réseaux de relations des jeunes adultes. Ce riche corpus va être exploré en suivant d'autres perspectives : les effets du lieu de résidence (hypercentre, zone péri-urbaine) sur les pratiques relationnelles médiatisées ; la morphologie du cercle des correspondants avec qui les jeunes parlent de politique, etc. Ce corpus sera également exploré via des comparaisons internationales, via notamment une collaboration avec des chercheurs de UC Berkeley.

2. Analyse des formes nomades d'e-participation en France et au Brésil : La richesse des deux corpus de ces recherches permet de les explorer en suivant différentes perspectives : analyser la spécificité des usages nomades des médias sociaux dans les pratiques militantes, réaliser une analyse lexicale des thèmes des débats en identifiant la singularité des participations « mobiles «, analyser la singularité des publications nomades (origine des sources, etc.).
La complexité du corpus de données collectés depuis les pages Facebook (n = 600) de groupes de militants brésiliens, entre 2013 et fin 2017, nécessite de mettre en place des collaborations solides et stabilisées. Le dépôt d'un projet PICS du CNRS est envisagé pour aider les chercheurs de LisTIC à financer cette perspective de recherche.

3. Analyse des usages des smartphones et des applications des médias sociaux au travail : La multiplication des technologies de communication au travail et la prégnance de leurs sollicitations (sonneries, vibreurs, notifications) amènent des ergonomes et des designers à essayer d'optimiser l'intégration de ces TIC dans les environnements professionnels. Les chercheurs de LisTIC collaborent avec des designers autour de ces enjeux.

Livre
Canu R., Datchary C., Chaulet J., Figeac J. (à paraître), « Critiques du numérique «, L'harmattan, coll. « Humanités numériques «.

Articles
Figeac J., Chaulet J. (2018), Video-ethnography of Social Media Apps' connection cu

Selon le Pew Research Center, les réseaux socionuémrique occupent une place de plus de plus centrale dans les pratiques média-culturelles des américains de moins de 30 ans et ces derniers privilégient dorénavant leurs smartphones pour s’y connecter et entretenir les multiples déclinaisons de leurs sociabilités médiatisées. Ces technologies mobiles viennent ainsi accentuer la fragmentation des pratiques communicationnelles et relationnelles contemporaines autour d’un nombre croissant de supports et de services. Il est fondamental de mesurer les effets de cette fragmentation continue des modalités d’échanges, ainsi que leurs entrelacements autour de divers dispositifs de communication, pour comprendre leur influence sur la structuration sociale de nos sociétés. Il s’agit d’un enjeu crucial pour les sciences humaines et sociales dont les méthodes s’avèrent de plus en plus inadaptées pour analyser la complexité des sociabilités numériques.

Pour cartographier ces pratiques, le projet LisTIC propose de développer les méthodologies des humanités numériques en exploitant les ressources offertes par les smartphones afin d’en documenter les usages, notamment les formes nomades de la participation aux réseaux socionumériques. L’objectif est de faire converger des protocoles de recherche susceptibles de nous livrer un aperçu exhaustif de l’appropriation contemporaine de ces technologies mobiles et de la manière dont elles infléchissent, voire renouvellent, nos structures sociales et relationnelles. Pour relever cet ambitieux défi sociologique, des méthodologies innovantes seront développées en lien étroit avec les méthodes classiques des SHS et leurs acquis théoriques pour favoriser au maximum la cumulativité des connaissances.

Pour travailler cette cumulativité, nous proposons de coupler la collecte de corpus de traces d’usage, en vue d’en faire des traitements statistiques, avec des entretiens et des ethnographies “augmentées” dans le but de convoquer le sens que les acteurs assignent à leurs pratiques numériques et d’ancrer nos analyses des sociabilités connectées dans leurs contextes sociaux. Les protocoles méthodologiques innovants de LisTIC ont été pensés pour étayer une hypothèse sociologique qui vient relativiser de manière constructive les solides acquis des théories sur la structuration sociale, sur la circulation du capital social ou la morphologie des réseaux sociaux, en suivant la perspective d’une sociologie de la communication et des usages des TIC.
L’hypothèse de ce projet revient à percevoir les smartphones et les déclinaisons nomades des réseaux socionumériques comme le creuset technologique où se forge la propagation d’une forme sociale qui tend à être dominante aujourd’hui, celle d’un « individualisme en réseaux » (Rainie, Wellman, 2012), soit une manière d’être et de tisser des liens sociaux de plus en plus travaillée de manière individualisée sous l’amplification des sollicitations sociales et relationnelles émanant des TIC. Cette hypothèse sociologique sera étayée à l’aide de protocoles méthodologiques mis en place pour analyser trois modes d’appropriation des smartphones :

1. la manière dont les usages nomades des réseaux socionumériques viennent s’articuler avec les pratiques téléphoniques et leurs effets sur la morphologie des réseaux de relations personnels ;

2. les formes nomades de la e-participation aux mouvements sociaux (un cas en France, un cas au Brésil) et la manière dont elles favorisent une hybridation des arènes publiques à l’interface entre les territoires urbains et numériques ;

3. l’inscription des usages des réseaux socionumériques dans l’écologie des activités professionnelles et la manière dont la disponibilité permanente des affinités relationnelles personnelles vient concurrencer les sociabilités professionnelles d’autant plus vécues comme « contraintes ».

Coordinateur du projet

Monsieur Julien Figeac (Centre National de la Recherche Scientifique/Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

CNRS/LISST Centre National de la Recherche Scientifique/Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires

Aide de l'ANR 299 592 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2016 - 48 Mois

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