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Archéologie différentielle du signe linguistique – SEMAINO

SEMAINO

Archéologie différentielle du signe linguistique

Semaino (T+18): Dire et vouloir dire dans les arts du langage anciens et tardo-antiques: objectives

Un complexe de questions dont on peut retracer l’origine dans un certain nombre de textes où Aristote s’interroge sur ce qu’est le langage et à quoi il sert, oriente encore aujourd’hui les enjeux fondamentaux de la réflexion sur les signes linguistiques langage. Au fil de débats au très long cours, l’étude des signes linguistiques s’est déclinée en une variété de manières de comprendre ce que, pour une expression donnée, « signifier » veut dire. Pour peu que l’on aborde philosophiquement cette diversité, une prise en charge des résultats, même les plus récents, en linguistique, en sciences cognitives ou encore en sciences de l’information, tout indispensable qu’elle soit par ailleurs, n’est pas suffisante. Ce qu’il faut c’est avant tout un paradigme permettant de répertorier, classer et analyser les modèles théoriques mis en place au cours de l’histoire pour rendre compte du phénomène complexe de la signification comme propriété des expressions linguistiques, corrélat d’un contenu de pensée ou encore en tant que produit d’une pratique de communication. Le programme de recherche SÊMAINÔ se propose de développer un tel outil méthodologique par une analyse comparative de la matière historique à travers un parcours indexé sur ses étapes les plus marquantes. Utilisé comme un “filtre heuristique”, cet outil contribuera à la découverte et à l’évaluation des analogies et des différences entre les auteurs et les doctrines à l’étude. Un regard synoptique sur leurs éléments et leurs solutions de continuité permettra non seulement d’identifier des structures récurrentes mais aussi de mieux apprécier leurs marges de développement au sein du débat contemporain.

Comme son intitulé l’indique, le Projet « SEMAINO. Archéologie différentielle du signe linguistique » est une entreprise archéologique et comparative. Son principal objectif est de répertorier, classer et analyser les modèles théoriques mis en place au cours de l’histoire pour rendre compte du phénomène complexe de la signification comme propriété des signes linguistiques, corrélat d’un contenu de pensée ou encore en tant que produit des pratiques de communication. Cette approche différentielle est susceptible de se décliner de deux manières qui ne sont pas antagonistes mais dont la mise en œuvre diffère sensiblement. Dans un cas, il s’agit d’étudier dans un premier temps une par une et pour elles-mêmes (horizontalement) les principales doctrines linguistiques de l’Antiquité à nos jours afin de restituer la figure singulière de chacune. Il s’agit ensuite de confronter les différentes manières de concevoir les signes linguistiques pour obtenir une cartographie, en relief, des éléments que chaque théorie – ancienne, médiévale, moderne ou contemporaine – met explicitement en avant et, en creux, de ceux qu’elle relègue plutôt à l’arrière-plan. Dans l’autre cas, il s’agit plutôt de privilégier un modèle – en l’occurrence, celui qui, traditionnellement, a été le plus influent – et de l’utiliser ensuite comme un « filtre heuristique » pour dégager la commensurabilité, voire la parenté de tous les autres en procédant moins dans l’abstrait d’une comparaison systématique que dans le concret d’une intrigue historiquement déterminée. Pour des raisons d’expédience et surtout dans un souci d’adhérer au devenir effectif de la matière historique, c’est la deuxième alternative qui a été retenue. D’où l’importance que la détermination d’un paradigme aristotélicien de la nature et du fonctionnement des signes linguistiques ainsi que l’identification de marqueurs aristotéliciens pertinents et significatifs sont venues revêtir dans l’économie du Projet.

MANIFESTATIONS SCIENTIFIQUES. Le 15 et 16 juin 2016, deux mois à peine après le démarrage du Projet, le WORKSHOP INTERNATIONAL « S?µa??? a' » (https://semaino.hypotheses.org/179) réunissait à Lille dix spécialistes autour du thème : « Aristote et le langage ». Au cours de l’année 2016-2017, un SÉMINAIRE DE RECHERCHE, « La philosophie du langage d’Aristote » (https://semaino.hypotheses.org/71), a achevé l’étude des faits de langage dans le corpus aristotélicien. Le COLLOQUE INTERNATIONAL « S?µa??? ß' : Théories anciennes de la signification » (Lille, les 5, 6, 7 et 8 décembre 2016 semaino.hypotheses.org/142), a constitué le point d’orgue de cette première période d’activité du Projet, en renforçant ultérieurement le noyau aristotélicien et en l’inscrivant dans la perspective des théories linguistiques de l’Antiquité aussi bien classique que tardive.
PRODUCTION SCIENTIFIQUE. Les travaux engagés aboutiront notamment à la publication – d’ores et déjà programmée à l’horizon 2019 dans la collection « Aristote – Traductions et Etudes », chez Peeters – d’un VOLUME COLLECTIF, le premier en son genre, qui réunira un corpus de lecture micrologiques de textes aristotéliciens sur le langage, précédés d’une introduction générale signée par le coordinateur du Projet. A l’actif du bilan intermédiaire on inscrira une autre réalisation, officiellement sur les rails depuis que, sur proposition du coordinateur français, le comité scientifique de la REVUE INTERNATIONALE METHODOS (ISSN 1769-7379) a confié à l’équipe « SEMAINO » la DIRECTION SCIENTIFIQUE de la LIVRAISON 19 (2019), qui sera consacrée à la période ancienne et tardo-antique qui a vu naître le vocabulaire (aussi bien grec que latin) de même que les matrices théoriques de la réflexion sur ce que « dire » et « vouloir dire » signifient.

Une fois développé les volets Ancien (2016-2017, sous la direction de Leone Gazziero à Lille) et Médiéval (2017-2018, sous la direction de Laurent Cesalli à Genève), « SEMAINO » se poursuivra en 2018-2019 avec le dernier des trois volets annoncés dans le programme du Projet (sous la direction de Claudio Majolino à Lille). Celui-ci portera sur les prolongements Modernes et Contemporains de la réflexion philosophique sur les signes et les phénomènes de signification. Il gravitera notamment autour des phénoménologies du signe post-brentaniennes et, tout particulièrement, autour de la réflexion sémiotique d’Edmund Husserl. Comme dans les cas d’Aristote et de Bacon, la réflexion sur les signes de Husserl n’a pas encore fait l’objet d’une étude systématique et approfondie visant à l’exhaustivité. Tout comme Aristote à Lille (https://semaino.hypotheses.org/71) et Roger Bacon à Genève (https://semaino.hypotheses.org/253), Husserl aussi fera l’objet d’un séminaire de recherche : « Depuis les Modernes. Ontologies et phénoménologies des signes » (https://semaino.hypotheses.org/375). Les travaux de ce séminaire, ainsi que la journée d’études qui s’en suivra, auront une tâche double. Il s’agira d’un côté de reconstruire les traits fondamentaux de la théorie des signes (linguistiques, mathématiques, somatiques etc.) dans une tradition « phénoménologique » qui n’a jamais fait secret de son inspiration « aristotélicienne » ou, du moins, du caractère structurel de sa confrontation avec Aristote ; mais il sera également question de reconstruire à terme, et d’une manière la plus complète possible, la place des signes dans les « quatre phénoménologies » (Brentano, Husserl, Heidegger, Peirce) en commençant par une étude systématique des deux premières. La production scientifique du Projet s’enrichira notamment d’un collectif en anglais « Phenomenologies and Signs » (à paraître dans la collection « Phaenomenologica », Springer).

L. Gazziero, « Présuppositions linguistiques et enjeux philosophiques des paralogismes liés à la forme de l’expression dans les Réfutations sophistiques d’Aristote », dans B. Wendling-Godard et L. Raïd (éd.), A la recherche de la presupposition, Londres,

« Pourquoi y a-t-il des signes linguistiques ? »
« Qu’est-ce qu’un signe linguistique et en quoi consiste sa signification ? »
« Quels sont les effets qu’il produit et quelles sont les contraintes que l’on doit respecter et les précautions qu’il convient de prendre lorsqu’on s’en sert ? »

Ce complexe de questions, dont on peut retracer l’origine dans un certain nombre de textes de Platon et d’Aristote, oriente encore aujourd’hui les enjeux fondamentaux de la philosophie du langage, à savoir l’élucidation du sens des expressions linguistiques ainsi que des conditions concrètes de leur utilisation. Au fil des débats logiques, grammaticaux, théologiques ou encore rhétoriques et littéraires, cette philosophie du langage s’est déclinée en une variété de manières de comprendre ce que, pour une expression linguistique donnée, « signifier » veut dire. Pour peu que l’on aborde philosophiquement cette diversité, une prise en charge des résultats, même les plus récents, en linguistique, en sciences cognitives ou encore en sciences de l’information, tout indispensable qu’elle soit par ailleurs, n’est pas suffisante. Ce qu’il faut c’est avant tout un paradigme conceptuel diachronique permettant de répertorier, classer et analyser les modèles théoriques mis en place au cours de l’histoire pour rendre compte du phénomène complexe de la signification comme propriété des expressions linguistiques, corrélat d’un contenu de pensée ou encore en tant que produit d’une pratique de communication.

Le programme de recherche SÊMAINÔ se propose de développer un tel outil méthodologique par une analyse comparative de la matière historique à travers un parcours indexé sur ses étapes les plus marquantes. Utilisé comme un “filtre heuristique”, cet outil contribuera à la découverte et à l’évaluation des analogies et des différences entre les auteurs et les doctrines à l’étude. Un regard synoptique sur leurs éléments et leurs solutions de continuité permettra non seulement d’identifier des structures récurrentes mais aussi de mieux apprécier leurs marges de développement au sein du débat contemporain.

Coordinateur du projet

Monsieur Leone GAZZIERO (UMR 8163 « Savoirs, Textes, Langage » (STL), Université de Lille 3)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

UMR 8163 "STL" UMR 8163 « Savoirs, Textes, Langage » (STL), Université de Lille 3
UNIGE Département de Philosophie, Université de Geneve

Aide de l'ANR 200 000 euros
Début et durée du projet scientifique : mars 2016 - 36 Mois

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