FRAL - Programme franco-allemand en SHS

Stabilisation des chocs macroéconomiques: Expériences sur l'interaction entre banque centrale et secteur privé – StabEX

StabEX

L’expérimentation en macroéconomie comme outil d’aide à la décision des banques centrales

Les politiques de communication et de stabilisation des banques centrales

Depuis une vingtaine d’années, les banques centrales sont devenues de plus en plus transparentes dans la conduite de leur politique monétaire. La politique monétaire, en tant que politique de stabilisation et politique de communication a un rôle dual : lorsqu’une banque centrale utilise un instrument monétaire, celui-ci révèle de l’information publiquement sur ce que pense la banque centrale de la situation fondamentale. Or l’information publique est susceptible de générer de la sur-réaction de la part des participants au marché, suggérant qu’une plus grande transparence peut dans certains cas être contre-productive. Les banques centrales doivent ainsi tenir compte de l’interaction entre ces deux facettes de la politique monétaire. <br />L’objectif du projet StabEX est d’étudier l’interaction entre politiques de communication et de stabilisation des banques centrales, en recourant à l’utilisation des outils théoriques standards des jeux de coordination et des modèles de politique monétaire, avec en outre comme spécificité principale l’utilisation d’expériences de laboratoire. <br />

D’un point de vue méthodologique, notre approche est novatrice car l’expérimentation en macroéconomie – qui consiste à appliquer les outils de l’économie expérimentale à des domaines macroéconomiques – demeure marginale. En effet, les hypothèses et prédictions des modèles macroéconomiques ont été largement testées historiquement en utilisant des données réelles. Etant données les micro-fondations des modèles macroéconomiques, l’approche empirique alternative que représente l’expérimentation avec son environnement contrôlé et ses sujets rémunérés selon une procédure incitative se développe. Si l’échelle des phénomènes macroéconomiques est souvent perçue comme trop vaste pour être testée par des expériences de laboratoire ne comportant qu’un nombre limité d’agents – impliquant qu’il faille être conscient du paradoxe de composition et donc prudent quant à la généralisation des résultats expérimentaux dans un cadre macroéconomique agrégé –, des expériences sur des domaines ciblés de la macroéconomie peuvent permettre d’évaluer les prédictions individuelles et agrégées des modèles macroéconomiques micro-fondés. En effet, l’explicitation et l’utilisation de micro-fondations dans les modèles macroéconomiques modernes permettent de programmer des économies dans lesquelles les sujets prennent le rôle de divers agents économiques, mais nécessitent également le test des modules microéconomiques qui composent ces modèles. Au sein de cette littérature, une part croissante mais encore relativement limitée de travaux s’intéresse aux questions de politique monétaire et plus largement aux thématiques qui intéressent de près ou de loin les banques centrales.

Le projet StabEX s’inscrit dans ce champ de recherche. Il a visé à développer l’expérimentation en macroéconomie comme outil d’aide à la décision. En effet, l’expérimentation permet de « soumettre au banc d’essai » différentes mesures concurrentes de politique. S’il est possible de faire des essais répétés de politiques alternatives spécifiques en laboratoire, il n’est pas envisageable d’effectuer un essai de politique monétaire ou de politique de communication dans la réalité. De plus, l’endogénéité de la politique dans le monde réel rend difficile l’analyse des données et la formulation d’inférences correctes sur les changements qui se sont produits. Dans le laboratoire au contraire, l’expérimentaliste détient un contrôle total sur les paramètres du modèle. L’expérimentation permet d’explorer et d’approximer les différents effets – anticipés et non anticipés – de mesures de politiques alternatives. Comprendre la façon dont les agents économiques interagissent avec les règles institutionnelles avant la mise en œuvre de la politique permettrait de réduire considérablement le coût d’implémentation de ces politiques. Ainsi, nous montrons par exemple que si une banque centrale cherche à stabiliser l’inflation et la production face aux chocs, communiquer sa cible d’inflation permet de réduire la volatilité de l’inflation, du taux d’intérêt et de la production sans affecter le niveau de ces variables, la pertinence de l’annonce de la cible étant due à la baisse de l’incertitude sur ses objectifs.

Le projet StabEX est un projet de recherche fondamentale coordonné par Camille Cornand côté français et Frank Heinemann côté allemand. Il associe le laboratoire GATE L-SE et la Chaire de macroéconomie de l’Université Technique de Berlin. Le projet a commencé en mars 2013 et a duré 48 mois. Il a bénéficié d’une aide de l’ANR de 49000 €.

1) Camille Cornand et Cheick M’baye (2016a), «Does inflation targeting matter? An experimental investigation«, à paraître dans Macroeconomic Dynamics.

2) Camille Cornand et Cheick M’baye (2016a), «Band or Point Inflation Targeting? An Experim

Les macroéconomistes supposent souvent que les fluctuations de l'inflation et l'emploi sont associées à des coûts en matière de bien-être social. Une banque centrale peut contenir les fluctuations de l'inflation et du taux d'emploi d'un pays grâce à sa politique monétaire. Cependant, dans une économie affectée par des chocs d'offre, la banque centrale est confrontée à un arbitrage entre stabilisation de l'inflation et stabilisation de l'emploi. D’une part, le secteur privé peut théoriquement absorber les chocs d'offre par des ajustements appropriés des salaires et des prix. Les réponses privées à des chocs d'offre devraient être plus efficaces, parce qu'elles permettent de faire face aux chocs asymétriques et évitent à la banque centrale de stabiliser l’emploi, de sorte que celle-ci parvienne à stabiliser efficacement l'inflation. Mais, les ajustements de prix et de salaires sont liés à un problème de coordination dans la mesure où les prix dans différents secteurs représentent des compléments stratégiques et où la réponse optimale à un choc exogène dépend ainsi des réponses des autres agents privés. Au contraire, les banques centrales ont la capacité de résoudre ce type de problème de la coordination en jouant sur la demande par le biais du taux d'intérêt. Cependant, la politique monétaire peut seulement faire face à des chocs agrégés et risque d'évincer les réponses privées qui sont toutefois nécessaires pour converger vers l’équilibre après l’occurrence de chocs asymétriques.

Nous identifions par conséquent deux sources d'interactions:
- de la substitution stratégique entre la politique de stabilisation de la banque centrale et la réaction du secteur privé: bien que les deux parties bénéficient de la stabilisation de l'emploi, il existe un conflit entre la banque centrale et le secteur privé, dans la mesure où une politique de stabilisation active est coûteuse.
- des complémentarités stratégiques entre les actions des agents du secteur privé: les ajustements de salaire ou de prix face à des chocs macro-économiques dans un secteur accroissent les incitations à ajuster les salaires ou les prix dans d'autres secteurs de l'économie.

Dans ce projet de recherche, nous proposons d‘utiliser des expériences de laboratoire pour générer des données sur un jeu qui rend compte d‘un modèle macroéconomique standard. L'avantage d‘une telle approche est de pouvoir mettre en œuvre des régimes de politique monétaire différents au moyen de différents traitements et, par conséquent, d'isoler les effets de la transparence, de l’envoi de signaux gratuits (cheap talk) et de l’engagement.
La principale question est de savoir quels sont les régimes de politiques monétaire les mieux adaptés pour résoudre le conflit d'intérêt entre une banque centrale et un secteur privé décentralisé en matière de stabilisation de l'emploi et pour minimiser les coûts sociaux liés à l’occurrence de chocs exogènes.


Coordinateur du projet

Groupe d'Analyse et de Théorie Economique, Centre National de la Recherche Scientifique (Laboratoire public)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

Technische Universität Berlin
Groupe d'Analyse et de Théorie Economique, Centre National de la Recherche Scientifique

Aide de l'ANR 49 899 euros
Début et durée du projet scientifique : février 2013 - 36 Mois

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