FRAL - Programme franco-allemand en SHS

les évacuations dans l'espace frontalier franco-allemand 1939-1945 – EDEFFA

Les évacuations dans l'espace frontalier franco-allemand 1939-1945

En septembre 1939, plus d’un million de Français et d’Allemands furent évacués préventivement par leurs États des zones frontalières de l'Alsace et de la Moselle côté français, et de Sarre, Palatinat et Bade côté allemand. Ce projet étudie l’histoire régionale et nationale de cette migration forcée dans une logique comparative et transnationale.

Histoire du phénomène de l'évacuation dans son ensemble

L’évacuation sera abordée dans son ensemble pour en traiter les différentes phases, aspects et zones géographiques: plans établis en amont, déroulement pratique des opérations, réinstallation et séjour des évacués dans les régions d’accueil, retour dans une patrie frappée par la dévastation et le pillage, mémoire de l’évacuation après 1945. Le travail permettra ainsi de préciser à la fois le déroulement et les conséquences économiques, sociales et sociétales des évacuations dans les diverses régions concernées. C’est ce phénomène d’ensemble que le projet se propose de reconstituer. Le programme se déclinera autour de trois axes principaux : conceptions et systèmes politiques (I), société et économie (II), régions frontalières et identités (III). Il s’appuiera sur la synergie des différents partenaires pour concevoir une véritable histoire transnationale des évacuations.

L’approche comparative de cet épisode de la Seconde Guerre mondiale met en évidence les caractéristiques des deux régimes politiques – dictature nazie / démocratie républicaine – à travers l’analyse des politiques publiques, du fonctionnement des acteurs administratifs, du rapport des États aux individus. Cette perspective intégrera les différentes méthodes et approches de l'histoire comparative (histoire transnationale, histoire croisée).
L'approche comparative portera également sur la comparaison des évacuations dans l'espace frontalier franco-allemand avec des expériences dans d’autres régions frontalières (Europe de l’Est).

- La réalisation d’un inventaire des sources françaises dans les départements, les ministères et les administrations centrales est en cours de réalisation (piloté par André. Savoye).
- La création en 2013 d’un serveur commun accessible à l’ensemble des membres du projet a constitué un atout majeur pour le partage des informations, mais également des données d’archive, des bibliographies et des textes méthodologiques (piloté par Nicholas Williams). Cet outil a ainsi permis l’accélération des travaux en cours tout en constituant un lien constant entre les différents participants au projet qui y déposent régulièrement certains résultats de leurs recherches.
- L’utilisation des outils informatiques de numérisation des données cartographiques a également permis la réalisation (en cours) de cartes répertoriant l’ensemble des lieux de départ et d’accueil des évacués dans les deux pays (piloté par Maude Fagot). Là encore, cet outil a fait l’objet d’une construction en commun par l’ensemble des membres du projet pour permettre l’identification la plus exhaustive possible de la géographie des évacuations.

L'année 2014/2015 sera consacrée à la préparation d'un colloque final et et d'une publication d'ensemble rassemblant l'ensemble des participants du programme.
Un 4e atelier préparatif réunissant les différents partenaires sera organisé à l'automne 2014.

Olivier Forcade, Johannes Großmann, Rainer Hudemann, Fabian Lemmes, Nicholas Williams (dir.), Les évacuations dans l’Europe des guerres mondiales, Berlin, Metropol Verlag, à paraître en septembre 2014 (actes du colloque de préfiguration du programme)

Nicholas J. Williams: Von „Saarfranzosen“ und „Zigeunervolk“. Saarbrücker Evakuierte als „Opfer“?, in: Hans-Christian Herrmann, Ruth Bauer (Hg.), Widerstand, Repression und Verfolgung. Beiträge zur Geschichte des Nationalsozialismus an der Saar, St. Ingbert: Röhrig, 2014

Maude Fagot, « La guerre des ondes en France et en Allemagne pendant la drôle de guerre », in: Revue historique, 2014, t. CCCXVII/3, n° 671, pp. 629-654.

Plus d'un million d'Allemands et de Français furent évacués dès septembre 1939 par les Etats allemand et français des villes de Karlsruhe, Sarrebruck et Strasbourg, plus largement de l'Alsace et de la Moselle côté français et de Sarre, Palatinat et Bade côté allemand. Fort de l'expérience des déplacements massifs de population en 1914-1918, cette évacuation de populations à la frontière franco-allemande à l'entrée en guerre inaugurait une expérience étatique originale. Ces migrations forcées sont d'abord appréhendées dans un cadre diachronique et international comparatif. Il s'agit d'une part d'analyser les implications directes d'ordre politique, économique, sociétale qui prenaient en compte par ailleurs des plans stratégico-militaires et administratifs établis à long terme depuis 1914, le déroulement pratique des évacuations, l'installation et le séjour conflictuel des déplacés dans les zones de transit puis d'accueil à l'arrière du front avant leur retour dans une (petite) patrie frappée par la dévastation et le pillage. D'autre part, ce programme ambitionne de caractériser, de manière comparative, le vécu des évacués et la mémoire relative aux évacuations, en utilisant les sources écrites et orales des survivants. L'approche comparative s'efforce de repérer les caractéristiques des actions et des décisions publiques prises dans deux régimes politiques distincts opposant une société pluraliste, démocratique bâtie sur l'idée de l'Etat-nation, à une société nationale-socialiste totalitaire et construite sur le projet de Volksgemeinschaft ("communauté du peuple" allemande) ; autrement dit, il s'agira d'analyser les politiques publiques, les relations des individus aux administrations, au droit et aux migrations contraintes en situation d'état de siège, dans la longue durée de la Seconde Guerre mondiale.
Il y a, en second lieu, l'examen des conséquences de ces déplacements forcés sur les transferts culturels, leurs impacts enfin sur la conception et la projection d'un avenir politique dans la région ou dans la nation. Il s'agit alors de repérer, dans le socle d'une histoire commune transfrontalière, les ressorts des identités politiques régionales/nationales, en écartant les catégories des déportés, des prisonniers, des réfugiés ou des émigrés. Ce sont ces types d’effets que le présent projet se propose de distinguer, de replacer dans une typologie et de comparer avec des expériences dans d’autres régions frontalières – comme par exemple en Europe de l’Est. Le projet de recherche vise donc à apporter sa contribution à une histoire régionale transnationale qui considère non seulement la relation entre la nation et la région, entre le centre et la périphérie, mais aussi les rapports transfrontaliers entre les différentes régions ainsi que les multiples interactions entre les différentes sphères spatiales et socioculturelles. Dans la mesure où une telle étude se propose d’analyser la forte interaction entre l’identité, la mémoire et la politisation, celle-ci doit nécessairement s’inscrire dans un large contexte historique et prendre en compte aussi bien l’avant 1939 que l’après 1945. Elle comprend non seulement les régions frontalières évacuées, mais aussi les zones d’accueil à l’intérieur des deux pays respectifs. Les évacuations constituent de ce fait un exemple particulièrement pertinent des expériences hautement conflictuelles de la population des deux côtés de la frontière qui se ressemblèrent sur certains aspects fondamentaux et laissèrent des traces comparables dans la mémoire individuelle et collective des populations concernées en dépit de contextes politiques antagonistes. Ce sont ces types d’effets que le présent projet se propose de distinguer, de replacer dans une typologie et de comparer avec des expériences dans d’autres régions frontalières – comme par exemple en Europe de l’Est.

Coordination du projet

Olivier FORCADE (UNIVERSITE DE PARIS IV) – olivier.forcade@paris-sorbonne.fr

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

IRICE UNIVERSITE DE PARIS IV

Aide de l'ANR 160 000 euros
Début et durée du projet scientifique : mars 2012 - 36 Mois

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