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Qui gouverne la science ? Scientifiques, pouvoirs publics, acteurs économiques et sociaux dans la fabrique de la politique scientifique en France et en Grande-Bretagne (1961-2010). – GO SCIENCE

Qui gouverne la science ?

Une sociologie politique des transformations de la recherche en France et en Grande-Bretagne.

Comprendre les recompositions du gouvernement de la recherche

Les politiques scientifiques ont connu des évolutions importantes ces quinze dernières années un peu partout en Europe. La création des agences de financement et d’évaluation de la recherche, la montée en puissance des dispositifs concurrentiels de financement et la mise en place de politiques d’excellence ont considérablement modifié les conditions dans lesquelles les membres de la profession académique expérimentent, enquêtent, publient. Parfois louées comme une adaptation nécessaire à une compétition scientifique croissante, souvent dénoncées pour leurs effets délétères sur les chercheurs et la production scientifique, les recompositions récentes du gouvernement des politiques scientifiques n’ont cependant pas encore fait l’objet de travaux de sciences sociales à la mesure des débats qu’elles suscitent. L’objectif du projet Go science est de documenter l’évolution des acteurs et des dispositifs du gouvernement de la recherche depuis les années 1960. Centrée sur le cas français, l’enquête s’appuie également, pour la période contemporaine, sur une comparaison avec le cas britannique.

Pluridisciplinaire, le projet Go science associe des politistes, des sociologues et des historiens. Il repose sur une collecte très importante de données de première main : les membres du projet ont dépouillé un vaste corpus de sources écrites (archives, littérature grise, notices dans différents dictionnaires biographiques, titres et travaux scientifiques...). Ils ont réalisé de très nombreux entretiens avec les acteurs qui participent au pilotage de ces politiques publiques et effectué des observations. Des traitements quantitatifs et qualitatifs de ces données ont été réalisés. Au titre des premiers, des analyses de réseaux ont été effectuées pour cartographier l’évolution des configurations d’acteurs qui gouvernent la recherche. La trajectoire professionnelle de ces acteurs a également été étudiée par une analyse prosopographique. Trois moments historiques ont été plus spécifiquement étudiés (le milieu des années 1960, le milieu des années 1980, la fin des années 2000). L’analyse qualitatitive, quant à elle, a permis de comprendre les reconfigurations des instruments utilisés pour piloter la recherche. En se centrant sur le financement par projet, l’équipe a, cette fois privilégié une analyse longitudinale (des années 1960 aux années 2000) pour le cas français ; elle l’a mis en perspective, pour les années récentes avec les reconfigurations de la recherche en Grande-Bretagne. Deux domaines scientifiques qui, par leurs caractéristiques, sont au cœur d’enjeux politiques, économiques et sociaux, ont été plus spécifiquement étudiés : la biomédecine et les recherches sur l’atmosphère.

A l’issue de l’enquête, deux résultats majeurs peuvent être identifiés. Le premier montre que, si les scientifiques restent continûment associés au gouvernement des politiques de recherche, le profil et le rôle de ceux qui exercent ces fonctions se spécialisent et se professionnalisent au fil du temps. Le second résultat montre que c’est moins à un renouvellement des instruments du gouvernement de la recherche que l’on assiste qu’à une profonde transformation de leurs usages. Le financement par projet est un bon exemple de ces évolutions. Mis en place dès les années 1960 en France, la transformation de ses usages en reconfigure le projet politique : alors qu’il sert des objectifs précis dans les années 1960 et qu’il s’appuie sur un pilotage très personnalisé des projets de recherche, il devient, dans les années 2000, un instrument réglementé, générique et organisant une compétition forte entre les déposants.

Le projet Go Science est toujours en cours de valorisation. A ce jour, il a donné lieu à la publication de 3 articles dans des revues à comité de lecture, à la publication d’un numéro spécial de revue, à la réalisation de 6 communications dans des conférences internationales et nationales et à l’organisation de deux évènements scientifiques. L’équipe est, par ailleurs, engagée dans un projet de livre collectif, synthétisant les apports de l’enquête.

Le projet Go science est un projet de recherche fondamentale coordonné par Jérôme Aust (Sciences Po, CSO). Il associe également Martin Benninghoff (Université de Lausanne, OSPS), Pierre Clément (Sciences Po, CSO), Cécile Crespy (Sciences Po Toulouse, LaSSP), Mathieu Hauchecorne (Paris 8, Labtop), Boris Hauray (Inserm, Iris), Morgan Jouvenet (CNRS, Printemps), Etienne Ollion (CNRS, Sage) et Emmanuelle Picard (ENS Lyon, LARHA). Le projet a commencé en février 2011 et a duré 48 mois. Il a bénéficié d’une aide de l’ANR de 188 000 €, pour un coût global de l’ordre de 300 000 €.

Le projet Go Science questionne l’évolution de la fabrique des politiques scientifiques en France et en Grande-Bretagne depuis les années 1960. Il reprend la célèbre question « qui gouverne ? » pour l’appliquer à des politiques publiques peu étudiées par les sciences sociales. Pour y répondre, le projet s’intéresse plus précisément aux réseaux de scientifiques, d’administrateurs, d’hommes politiques, d’acteurs économiques et sociaux impliqués dans la définition des axes prioritaires de recherche d’un État.

En associant des politistes, des sociologues et des historiens, le projet cherche à mieux qualifier l’impact de deux transformations majeures. Il cherche, d’une part, à cerner l’impact de la restructuration des modes d’intervention de l’État sur le gouvernement des politiques étudiées. Il vise, d’autre part, à questionner l’emprise grandissante des mouvements sociaux et des intérêts économiques dans la définition des priorités de recherche. Pour caractériser les changements en cours, l’enquête propose de se centrer sur trois moments historiques d’institutionnalisation ou de réforme – les années 1960, les années 1980 et les années 2000 – des deux dispositifs de recherche et sur deux disciplines, la physique et la biologie. Elle procédera en deux temps. L’équipe de recherche questionnera, d’abord, l’hypothèse d’un renouvellement du profil des acteurs impliqués dans la définition des politiques scientifiques en s’intéressant à leur trajectoire biographique. Elle appréhendera ensuite ces acteurs « en action » pour comprendre comment la définition de la politique scientifique s’opère. Par-là, le projet Go Science fournira un observatoire renouvelé des relations entre science, État, marché et société et mettra à jour des dimensions peu connues des pratiques scientifiques.

Coordinateur du projet

Monsieur Jerome AUST (CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE - DELEGATION REGIONALE ILE-DE-FRANCE SECTEUR PARIS A) – j.aust@cso.cnrs.fr

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

CSO CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE - DELEGATION REGIONALE ILE-DE-FRANCE SECTEUR PARIS A

Aide de l'ANR 188 000 euros
Début et durée du projet scientifique : - 36 Mois

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