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10/11/2021

Obésité infantile : vers des stratégies de prévention ciblant les facteurs de risque au cours des 1000 premiers jours. Le projet EndObesity

Près de 40 millions d'enfants âgés de moins de 5 ans, et plus de 340 millions d’enfants et d’adolescents âgés de 5 à 19 ans, sont en surpoids ou obèses dans le monde selon l’OMS. L’obésité infantile entraîne des effets néfastes à court et à long termes sur la santé, une qualité de vie réduite et des coûts sociaux élevés. Afin d’identifier des leviers d’action, notamment au sein des populations les plus vulnérables, et d’élaborer des stratégies de prévention précoce de l’obésité infantile, l’équipe du projet EndObesity (2021-2024) étudie plus spécifiquement les facteurs de risque liés au mode de vie pendant la période périconceptionnelle, la grossesse et la petite enfance, que recouvre la notion des « 1000 premiers jours ». Entretien avec Barbara Heude, chargée de recherche en santé publique à l’Inserm et partenaire scientifique du projet EndObesity financé en partie par l’ANR, à l’occasion de la Fête de la science 2021.

Pourquoi les 1000 premiers jours de la vie sont une période cruciale dans le développement de l’obésité infantile ?

Barbara Heude : La période périconceptionnelle, la grossesse et la petite enfance, soit les 1000 premiers jours de la vie, constituent des fenêtres d’expositions au cours desquelles peut se mettre en place une prédisposition individuelle à l’obésité chez l’enfant en devenir. L’environnement auquel les futurs parents sont exposés au cours de la période précédant la conception influence directement la qualité des cellules reproductrices maternelles et paternelles et le développement embryonnaire et placentaire au cours de la grossesse (Fleming TP, et al, The Lancet, 2018). La croissance fœtale du premier trimestre semble cruciale pour le développement de la graisse corporelle de l'enfant et d'un profil cardiométabolique plus ou moins favorable, comme ont pu notamment le montrer les résultats de l'étude Generation R menée par l’équipe coordinatrice au centre de recherche Erasmus aux Pays-Bas (Jaddoe VW, et al., BMJ. 2014). Une croissance fœtale harmonieuse dépend de multiples facteurs et en particulier de l’environnement nutritionnel auquel le fœtus, et donc la maman, sont exposés pendant la grossesse. Un enfant né de mère avec une surcharge pondérale en début de grossesse, ou présentant une prise de poids excessive pendant la grossesse, aura un risque augmenté de développer un surpoids ultérieurement. Le tabagisme actif ou passif de la mère pendant la grossesse peut également jouer un rôle. Au cours de la petite enfance, une alimentation infantile adaptée et la mise en place d’habitudes de vie liées à la balance énergétique sont également des conditions essentielles pour entamer des trajectoires optimales de croissance du poids et de la taille.

Dans ce contexte, les 1000 premiers jours de vie sont reconnus par l’OMS comme une période cruciale dans la vie de l’individu, pour la mise en place de modes de vie familiaux les plus favorables pour un bon développement de la santé future de l’individu, et notamment prévenir le développement du surpoids et de l’obésité (OMS, 2016). On observe également une prise de conscience de l’importance des 1000 premiers jours au niveau national, en témoignent d’une part la commission des 1000 jours ayant donné lieu à un rapport fin 2020, et la campagne de prévention Santé Publique France lancée très récemment à travers le site 1000-premiers-jours.fr. Un renforcement de la recherche dans ce domaine est toutefois nécessaire afin d’apporter des évidences scientifiques solides en appui aux décisions de santé publique.

Étant donné l'origine multifactorielle de l'obésité infantile au début de la vie, les stratégies de prévention devraient cibler les multiples facteurs de risque liés au mode de vie familial au cours des 1000 premiers jours, afin d'obtenir des effets synergiques pour la prévention de l'obésité infantile. Ces facteurs de risque sont modifiables et représentent ainsi une opportunité de prévention précoce de l’obésité de l’enfant et des pathologies qui lui sont associées.

Quels sont les axes de recherche du projet EndObesity ?

Barbara Heude : Le projet européen EndObesity propose deux axes de recherche, un premier dit « observationnel » visant à identifier les facteurs les plus importants qui, au cours des 1000 premiers jours, prédisent le développement de l’obésité de l’enfant. Nous nous appuyons pour cela sur les études de cohorte, telles que les cohortes EDEN et Elfe dont l’objectif est de suivre le développement et la santé de l’enfant depuis la vie intra-utérine jusqu’à la fin de l’adolescence. A partir des données recueillies, nous élaborerons des modèles dynamiques de prédiction du risque de développer un surpoids ou une obésité en intégrant des facteurs sociodémographiques, géographiques, de style de vie, médicaux, psychologiques et environnementaux, qui permettront d’identifier les familles susceptibles de bénéficier de stratégies de prévention adaptées. Nous déclinerons ces modèles en outils web simples d’usage pour une mise en œuvre dans les services de santé, les maternités et pourquoi pas la médecine de ville.

Nous proposons également un axe dit « interventionnel » à travers l’étude en santé publique ECAIL actuellement en cours de mise en œuvre. Celle-ci permettra d’évaluer un programme nutritionnel dont le but est d’améliorer les comportements favorables à la santé au sein de familles en situation de vulnérabilité sociale. En effet, des inégalités notamment vis-à-vis des comportements liés à la balance énergétique se traduisent par un taux de surpoids supérieur au sein des familles de milieux défavorisés, et ce, dès la petite enfance. Plus précisément, le programme évalué par l’étude ECAIL adapte les messages clés de nutrition infantile du Programme national nutrition santé (PNNS) à la culture et aux contraintes de la population ciblée, en promouvant par exemple l’allaitement maternel et en accompagnant la diversification alimentaire. Ce programme propose également un accompagnement des familles et un soutien social leur permettant d’acquérir une plus grande auto-efficacité pour l’appropriation des messages nutritionnels et leur mise en œuvre au quotidien. En complément, leur est offert un accès hebdomadaire à des paniers de fruits et légumes frais à cout réduit (issus de circuits courts), et ce, dès la grossesse. A partir des 6 mois de l’enfant, les familles auront également à disposition des bons de réduction pour des produits adaptés à l’alimentation infantile et familiale.

Le projet EndObesity apporte une dimension internationale à ces études d’observation et d’intervention françaises. Il permettra de comparer les résultats entre les pays partenaires du projet, à savoir la France, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Espagne et l’Irlande, et d’enrichir les interprétations au regard de contextes socio-culturels diversifiés, dans l’objectif de contribuer à la mise en place de stratégies et d’actions de prévention de santé publique efficaces.

Dans quelles mesures les résultats du projet pourront contribuer à la mise en œuvre de stratégies de prévention à grande échelle ? 

Barbara Heude : A moyen terme, les résultats de l’étude ECAIL permettront d’apporter des éléments de preuve scientifique quant à l’efficacité d’un programme nutritionnel proposé aux femmes enceintes ou jeunes mamans en situation de vulnérabilité sociale. A plus long terme, les modèles de prédiction de l’obésité que nous développerons pourront être proposés comme outils d’accompagnement aux acteurs de la périnatalité, afin de les aider à cibler et d’adapter des messages de prévention à différentes périodes et auprès de populations les plus à risque. Enfin, à l’issue des trois années du projet, le consortium proposera une déclaration de consensus sur les stratégies de prévention efficaces de l’obésité infantile, ainsi que des outils de communication scientifique facilitant leur compréhension, leur mise en œuvre et leur adoption par le plus grand nombre. Les solutions proposées devront inclure des modifications de l’environnement susceptibles de faciliter l’évolution des comportements favorables, mais n’engageant pas uniquement la responsabilité individuelle. Nous prêterons particulièrement attention à la communication des résultats qui ne devra être ni stigmatisante pour les populations les plus vulnérables ou les plus à risque, ni culpabilisante pour les mamans ou futures mamans, à qui s’adressent une grande partie des messages de prévention autour des 1000 jours.

Le projet EndObesity (2021-2024) financé dans le cadre de l’ERA-NET HDHL-INTIMIC regroupe 6 partenaires européens de recherche, dont l’Inserm pour la France, et associe deux organisations de parents et d'enfants.

Retrouvez l’intervention de Barbara Heude dans l’émission « Science en Direct » lors de la Fête de la science 2021 (à 1h12) :

En savoir plus :

Le projet EndObesity

La cohorte Elfe

L’étude EDEN

Le site des 1000 jours de Santé Publique France

Références :

Fleming TP, et al. Origins of lifetime health around the time of conception: causes and consequences. Lancet. 2018; 391:1842-1852

Jaddoe VW, et al. First trimester fetal growth restriction and cardiovascular risk factors in school age children: Population based cohort study. BMJ. 2014; 348:g14

World Health Organization. Report of the Commission on Ending Childhood Obesity. WHO. Geneva, 2016

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