Une approche intégrée des tombes monumentales protohistoriques dans la péninsule arabique – ARABIANCAIRNS
Arabiancairns
Une approche intégrée des tombes monumentales protohistoriques dans la péninsule arabique
Caractériser les identités culturelles, les modes de vie, les stratégies de subsistance et les réseaux de circulation
Les tombes monumentales en pierre constituent l'un des vestiges archéologiques les plus emblématiques de la péninsule Arabique. Réparties par centaines de milliers sur un territoire immense, elles témoignent des profondes transformations économiques, sociales et culturelles qui ont accompagné le développement du pastoralisme, de l'agriculture et des premiers réseaux d'échanges entre le VIe millénaire av. J.-C. et les débuts de notre ère. Pourtant, ces monuments ont le plus souvent été étudiés à l'échelle de sites ou de régions isolés, empêchant toute vision d'ensemble de leur évolution. Le projet ARABIANCAIRNS vise à renouveler notre compréhension de ce phénomène monumental en proposant une approche globale, comparative et interdisciplinaire à l'échelle de l'ensemble de la péninsule Arabique. Son ambition est de reconstituer l'histoire de ces monuments et des sociétés qui les ont construits, d'identifier leurs traditions funéraires, leurs modes de vie, leurs stratégies de subsistance, leurs mobilités et leurs réseaux d'échanges. Le projet poursuit également deux objectifs structurants : établir un cadre chronologique fiable grâce aux datations absolues et développer une base de données géographique ouverte rassemblant les informations archéologiques, chronologiques, biologiques et environnementales disponibles. À terme, cette infrastructure de recherche doit constituer un outil de référence pour les chercheurs, les institutions patrimoniales et les programmes de protection et de valorisation de ce patrimoine exceptionnel.
ARABIANCAIRNS repose sur une approche intégrée combinant archéologie, bioanthropologie, géochimie isotopique, géoarchéologie et analyses spatiales. Cette interdisciplinarité permet d'aborder simultanément les dimensions chronologiques, culturelles, biologiques et environnementales des sociétés protohistoriques de la péninsule Arabique.
Le projet s'appuie sur plusieurs opérations complémentaires. Des campagnes de prospection et de fouille sont menées dans différents contextes géographiques afin d'acquérir de nouvelles données sur les monuments funéraires et leur environnement. Les restes humains et les vestiges archéologiques font ensuite l'objet d'études spécialisées (bioanthropologie, isotopes, datations radiocarbone), permettant de documenter les traditions funéraires, l'état sanitaire, les régimes alimentaires, les mobilités et l'organisation des populations anciennes.
Parallèlement, les données produites par le projet sont intégrées avec celles issues de la littérature scientifique et de collaborations internationales au sein d'une base de données relationnelle et géographique. Cette infrastructure permet de croiser les informations archéologiques, chronologiques et environnementales à différentes échelles spatiales et temporelles. Les analyses statistiques et spatiales actuellement en cours permettront de mieux comprendre la diffusion des traditions funéraires, les dynamiques d'occupation des territoires et les interactions entre les différentes régions de la péninsule Arabique.
Depuis le démarrage du projet, ARABIANCAIRNS a permis d'acquérir un corpus inédit de données à l'échelle de la péninsule Arabique, combinant recherches de terrain, analyses en laboratoire et développement d'outils numériques.
Plusieurs campagnes de prospection, de fouille et d'étude ont été réalisées dans différents contextes géographiques afin de documenter la diversité des monuments funéraires et des sociétés qui les ont édifiés. Les travaux de terrain se sont notamment appuyés sur la Mission archéologique franco-saoudienne à Dhabtiyah (Arabie saoudite), la mission française Arabian Seashores (Oman) et la mission française de Bisya (Oman). Ces opérations ont permis de documenter de nombreuses nécropoles, d'acquérir de nouvelles données sur les architectures funéraires, les pratiques d'inhumation et les contextes archéologiques, tout en produisant des relevés de terrain, des modèles 3D et une documentation normalisée.
L'un des résultats majeurs du projet est la création d'une base de données relationnelle consacrée aux monuments funéraires protohistoriques de la péninsule Arabique. Celle-ci recense désormais près de 100 000 tombes, issues de prospections satellitaires, complétées par des données de terrain, la littérature scientifique et des collaborations internationales. Cette infrastructure constitue aujourd'hui l'un des plus importants référentiels disponibles sur ce patrimoine à l'échelle régionale.
Parallèlement, plusieurs séries de datations radiocarbone (¹⁴C) ont été réalisées afin de consolider le cadre chronologique des monuments étudiés. Ces nouvelles données permettent de mieux préciser les périodes de construction, d'utilisation et de réutilisation des tombes, tout en renouvelant la compréhension de l'évolution des pratiques funéraires à l'échelle de plusieurs millénaires.
Des études bioanthropologiques et isotopiques ont également été conduites sur les restes humains provenant de plusieurs sites. Elles apportent de nouvelles informations sur les populations ayant construit et utilisé ces monuments, notamment concernant leur état sanitaire, leur alimentation, leur mobilité et certaines dimensions de leur organisation sociale.
Enfin, les analyses spatiales sont actuellement en cours. Elles visent à intégrer les données archéologiques, chronologiques et environnementales afin de reconstituer l'évolution des paysages funéraires, les dynamiques d'occupation du territoire et les réseaux de circulation et d’échange ayant structuré la péninsule Arabique au cours de la Protohistoire.
Ces premiers résultats confirment la pertinence de l'approche interdisciplinaire développée dans ARABIANCAIRNS et fournissent déjà un renouvellement important des connaissances sur les sociétés protohistoriques de la péninsule Arabique.
Les prochaines étapes du projet seront consacrées à l'exploitation croisée de l'ensemble des données désormais disponibles. Les analyses spatiales et statistiques permettront de reconstituer les trajectoires de diffusion des traditions funéraires, d'identifier les facteurs environnementaux influençant l'implantation des nécropoles et de mieux caractériser les réseaux d'échanges ayant relié les différentes régions de la péninsule Arabique.
Les nouvelles séries de datations radiocarbone, combinées aux données archéologiques et bioanthropologiques, permettront d'affiner le cadre chronologique du phénomène mégalithique et de proposer une synthèse renouvelée de son évolution sur plusieurs millénaires.
Le projet donnera également lieu à plusieurs publications scientifiques internationales, à la poursuite de l'alimentation de la base de données et au développement du WebGIS en accès ouvert prévu par le projet.
Ces outils contribueront à renforcer les collaborations internationales, à faciliter le partage des données et à soutenir les politiques de protection, de gestion et de valorisation du patrimoine archéologique de la péninsule Arabique. Les résultats constitueront enfin une base solide pour le développement de nouveaux projets de recherche internationaux consacrés aux sociétés protohistoriques d'Arabie.
ARABIANCAIRNS vise à analyser le phénomène mégalithique à large échelle des tombes à cairn, emblématiques de l’Arabie protohistorique (c. 5500-300 BCE). Considérées comme des marqueurs territoriaux, elles sont encore visibles actuellement par centaines de milliers sur un territoire immense. Elles apparaissent dans un contexte d'aridification climatique après l’Optimum Climatique Holocène et semblent reliées au développement d'économies de production (pastoralisme puis agriculture). En raison de la quasi-absence de sites d’habitat pour cette période, ces tombes constituent des archives essentielles pour comprendre les sociétés qui ont occupé l'Arabie pendant des millénaires, à des moments aussi cruciaux de leur évolution. Surtout, ces monuments témoignent d'une profonde reconfiguration socioculturelle car ils marquent le développement de réseaux économiques et culturels interrégionaux qui s'épanouiront par la suite en Arabie. Pourtant, le caractère morcelé des recherches menées jusqu’ici interdit une appréhension globale de ce phénomène tout comme la compréhension des interactions régionales.
Basé sur un corpus important et bien distribué, sur l'acquisition de données nouvelles, et s'appuyant sur une solide expertise de ces monuments, ARABIANCAIRNS vise à reconstruire l'histoire de ces tombes monumentales et de leurs bâtisseurs par une approche intégrée, multiscalaire et interdisciplinaire combinant archéologie, anthropologie biologique, géochimie isotopique, paléoprotéomique, géoarchéologie et analyses spatiales. Nos objectifs sont (1) de caractériser les identités culturelles, les stratégies de subsistance, les modes de vie et les interconnexions des sociétés qui ont érigé ces tombes ; (2) définir un cadre chronologique fiable pour comprendre la diffusion temporelle de ce phénomène mégalithique ; (3) créer un SIG pour les nécropoles et les métadonnées associées dans toute la péninsule arabique en relation avec leur environnement et fournir un cadre géoarchéologique pour retracer les réseaux d'échanges.
Coordination du projet
Olivia Munoz (TRAJECTOIRES)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
TRAJECTOIRES
Aide de l'ANR 349 173 euros
Début et durée du projet scientifique :
- 48 Mois