Approche eìco-eìvolutive de la seìnescence de reproduction en milieu naturel – EVORA
La sénescence de reproduction - le déclin des performances de reproduction avec l'âge - est un processus biologique très répandu dans la nature et associé à de profondes implications biologiques, démographiques et sociales. Pourtant, nos connaissances sur les causes et les conséquences évolutives de la sénescence de reproduction restent particulièrement fragmentées. Ce manque de connaissances prend sa source dans l’absence d’études empiriques réalisées chez les mâles, alors qu’une compréhension fine du processus de sénescence de reproduction nécessite de prendre en compte la complexité des interactions liant la sénescence de reproduction des mâles à celle des femelles. L'objectif d’EVORA est d'obtenir une compréhension intégrée des causes évolutives de la sénescence de reproduction chez les mâles et de ses conséquences pour les femelles, à différents niveaux d’organisation biologique et dans des conditions environnementales contrastées.
Tout d'abord, nous effectuerons une recherche bibliographique approfondie afin de compiler les données de reproduction âge- et sexe-spécifiques publiées chez les mammifères. Nous quantifierons ensuite la diversité des patrons de sénescence de reproduction observés en estimant pour les mâles et les femelles de chaque espèce l'âge de début de sénescence ainsi que le taux de sénescence de reproduction. Nous déterminerons ensuite les facteurs écologiques et les traits d'histoire de vie qui influencent l'apparition de la sénescence de reproduction et façonnent la diversité des trajectoires observées, en utilisant des analyses comparatives prenant en compte la phylogénie.
Nous analyserons ensuite les causes évolutives de la sénescence de reproduction des mâles par l’étude de deux populations sauvages et non chassées de chevreuils (Capreolus capreolus). Ces deux populations présentent des conditions environnementales contrastées et les individus qui les composent sont suivis individuellement depuis plus de 40 ans. Nous organiserons des captures estivales afin de collecter de nouvelles données sur les traits pré-copulatoires (ex : sécrétions des glandes odorantes, morphologie des bois) et post-copulatoires (ex : quantité et la qualité des spermatozoïdes) pendant la période du rut. Nous testerons ensuite des prédictions issues des théories évolutives du vieillissement, en examinant, toujours chez les mâles, si une forte allocation à la croissance et à la reproduction en début de vie est associée à une sénescence de reproduction plus précoce ou plus intense. De plus, nous explorerons si ces associations sont modulées par les conditions environnementales et médiées par une dégradation de la condition somatique (évaluée par divers marqueurs de la sénescence, tel que l'âge épigénétique ou la longueur des télomères).
Enfin, nous identifierons les conséquences évolutives de la sénescence de reproduction des mâles pour les femelles. Dans un premier volet, nous quantifierons le coût pour les femelles de s'accoupler avec des mâles d’âge avancé en analysant la santé et la survie des faons. Dans un second volet, nous testerons l’hypothèse que des contre-adaptations permettant aux femelles de diminuer les coûts associés à la sénescence de reproduction des mâles ont évolué chez les femelles. Dans ce contexte, nous testerons si les femelles peuvent identifier les mâles souffrant d’une sénescence de reproduction marquée par le biais d’odeurs émises par ces mâles (en utilisant les sécrétions des glandes recueillies chez les mâles des deux populations sauvages).
Basé sur une combinaison unique de données comportementales, physiologiques, génétiques et de traits d’histoire de vie chez les deux sexes, le projet EVORA permettra d’obtenir une compréhension fine des causes et conséquences évolutives de la sénescence de reproduction. Ces travaux menés chez un mammifère longévif et en milieu naturel ouvriront de nouvelles perspectives de recherches aussi bien pour la biologie évolutive que pour la biogérontologie.
Coordination du projet
Jean-François LEMAITRE (Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
LBBE Laboratoire de Biométrie et Biologie Evolutive
DRAS Office Français de la Biodiversité
INRAE - CEFS Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement - Comportement et Ecologie de la Faune Sauvage
Aide de l'ANR 468 907 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2022
- 42 Mois