La Désindustrialisation en en Allemagne et en France: expériences et émotions des années 1960 jusqu’à nos jours : The Unmaking of the Working Class? – DesinEE
La Désindustrialisation en en Allemagne et en France: expériences et émotions des années 1960 jusqu’à nos jours
Défaire la classe ouvrière?
Expériences de la désindustrialisation
DesinEE est un projet innovant de micro-histoire comparée et transnationale de la désindustrialisation en France et en Allemagne au croisement de l’histoire des émotions et des expériences. Ce programme de recherche entend analyser la désindustrialisation comme un ensemble situé d’expériences économiques, socio-politiques et culturelles articulées à des communautés émotionnelles d’ouvriers et d’ouvrières depuis le début des années 1960 jusqu’à nos jours. <br />Structuré autour d’une problématique méthodologique directrice partagée – quelle est la plus-value heuristique de la micro-histoire comparée pour l’analyse d’un phénomène transnational ? – chaque sous-projet empirique se saisira de trois grandes questions qui constituent l’ossature commune de la recherche :<br />1. Comment la désindustrialisation reconfigure-t-elle l’expérience des ouvriers et des ouvrières concernés par ce processus et quelles émotions génère-t-elle ?<br />2. Comment ces expériences et ces émotions suscitées par la désindustrialisation produisent des effets sur le rapport au Politique, entendu au sens de représentation du monde, de préférences idéologiques et de pratiques militantes ?<br />3. Comment ces expériences de la désindustrialisation et les émotions inhérentes ont-elles reconfiguré voire détruit les liens sociaux et des réseaux de sociabilité structurés jusque-là par les mondes vécus du travail ?<br />En articulant les expériences et les émotions générées par un processus économique destructeur à l’échelle locale de communautés ouvrières, les coordinateurs de ce projet collectif entendent tirer parti à la fois des « vertus du bilatéral » franco-allemand - le croisement des traditions historiographiques, des méthodes et des outils conceptuels - et de la plus-value d’une micro-histoire comparée et transnationale.<br />DesinEE s’appuiera sur une grande diversité de sources d’histoire sociale (archives institutionnelles, associatives presse locale et régionale, documents d’ego-histoire) et produira des enquêtes orales associant entretiens individuels et collectifs avec des ouvriers et des ouvrières. Dans un contexte de dépolitisation et de montée de l’extrémisme de droite dans un certain nombres de régions touchées plus ou moins durement par des processus de désindustrialisation, ce projet possède une actualité et une dimension citoyenne très fortes. A rebours d’un discours médiatique « décliniste », nostalgique voire parfois stigmatisant, il s’agit de redonner toute sa place à la complexité des processus de reconfiguration des liens sociaux et politiques de milliers d’hommes et de femmes dans ces régions trop rapidement qualifiées dans le champ médiatique de post-industrielles.
La comparaison franco-allemande est au cœur du projet. Elle appartient à la famille des comparaisons d’identité pour reprendre la typologie d’Hartmut Kaelble (Kaelble, 1999 : 6). Une telle approche constitue une plus-value essentielle et inédite dans la mesure où nous souhaitons à cette occasion stimuler la culture comparatiste du champ de recherches sur la désindustrialisation. Comparer des cultures ouvrières à l’échelle micro doit permettre de sortir de l’ornière du nationalisme méthodologique et de faire apparaître des éléments de convergence et de divergence dans la trajectoire de ces communautés ouvrières en transformation. Notre démarche méthodologique vise à tirer parti des « vertus du bilatéral » (E. François) en confrontant et en croisant les jeux d’échelles, les historiographies, les sources, les outils conceptuels utilisés dans l’un des deux pays (comme betriebszentrierte Gesellschaft, Strukturwandel ou Eigen-Sinn en Allemagne ; résilience en France)
Ce double pas de côté – adopter une démarche franco-allemande de micro-histoire comparée d’une part et développer une pratique d’histoire croisée d’autre part – nous conduit à saisir la désindustrialisation en portant notre regard sur des communautés locales structurés jusque-là autour et par l’entreprise de type industrielle (qu’elle soit textile, sidérurgique, métallurgique, minière…) et désormais contraintes de procéder à une recomposition de leurs liens politiques, sociaux et culturels. L’étude parallèle d’un certain nombre de cas doit nous permettre de fournir une tentative d’explication générale à des phénomènes qui s’observent dans des espaces différents sans atténuer les spécificités et les contrastes.
Ainsi, en dépit de processus inscrits dans des cadres nationaux, nous formulons l’hypothèse selon laquelle la désindustrialisation produit à l’échelle de chaque territoire des communautés émotionnelles qui peuvent parfois former une communauté transnationale au sens où des communautés ouvrières sont frappées sur une période de moyenne durée par un profond bouleversement de leur identité ouvrant à la voie à une palette d’émotions partagées. Ce projet de recherche entend donc placer l’histoire des émotions au cœur de l’histoire sociale et politique dans une démarche comparée à partir de l’étude de collectifs ouvriers clairement identifiés et inscrits dans des espaces industriels variés (petite et moyenne ville industrielle, bassin minier)
Depuis février 2023, l’équipe franco-allemande de recherche DesinEE a institué des réunions mensuelles de travail en ligne. Elle a aussi organisé trois workshops et développé des synergies avec un projet de recherche germano-luxembourgeois très proche de ses problématiques. Le projet “Confronting Decline: Challenges of Deindustrialisation in Western Societies since the 1970s” (CONDE), coordonné par l’Institut d’histoire du temps présent de Munich (Institut für Zeitgeschichte München) et neuf autres institutions telles que l’Université de Luxembourg, est en quelque sorte un projet jumeau de notre projet DesinEE. Il s’intéresse aux processus de la désindustrialisation actifs depuis les années 1970 en Europe de l’Ouest. À travers une approche historique, il s’agit de questionner les conséquences de la désindustrialisation sur des domaines variés tels que la politique, la culture, le genre. Ainsi, le but est de permettre une compréhension historique plus profonde de l’ère ayant succédé au boom industriel, à travers des études comparatives d’exemples locaux dans plusieurs pays d’Europe de l’Ouest, notamment l’Allemagne, le Luxembourg, la France et le Royaume-Uni.
Cette coopération s’est traduite par des invitations respectives à participer à nos manifestations scientifiques. Ainsi, deux membres de l’équipe de Conde (P. Ghose et H. Schwinghammer ont présenté leurs travaux au sein de notre équipe. De plus, une manifestation commune est prévue dans le courant de l’année 2025.
Sur le plan des enquêtes individuelles, Emmanuel Droit est sur le point d’achever sa phase d’entretiens qualitatifs sur le terrain français. Ses recherches lui ont permis de mettre la main sur des données de santé en lien avec la dimension sanitaire de la désindustrialisation, à savoir les maladies professionnelles (cancer de l’amiante). Raphaël Pernoud a désormais bien cadré son enquête et s’apprête à lancer sa campagne d’entretiens. Du côté allemand, Birgit Metzger a bien avancé son travail d’histoire orale et de collecte de données de terrain. Julia Wambach est actuellement en congé parental, mais elle participe activement à toutes les manifestations de l’équipe.
Pour l’année universitaire 2024-2025, un workshop est prévu à Sarrebruck les 6 et 7 février 2025. Une rencontre avec les collègues du projet Conde est également prévue à Berlin à la fin du mois de juin. Un article théorique sera proposé par Fabian Lemmes et Emmanuel Droit au cours du 1er semestre 2025 et l’équipe de recherche a été sélectionné pour animer un panel à l’European Social Science History Conference qui se déroulera à Leyden du 25 au 29 mars 2025.
Le travail photographique de Frédéric Mougenot va démarrer cet automne sur le site lunévillois et sarrebruckois.
Dans l’ensemble, depuis 2023, le projet avance à un bon rythme comme l’attestent les premiers livrables (publications de J. Wambach et d’E. Droit).
L’équipe de recherche DesinEE a organisé trois workshops entre février 2023 et mai 2024. A deux reprises, elle a pu organiser sur le site strasbourgeois une conférence grand public qui a trouvé un écho : la conférence de l’historien allemand Lutz Raphaël à la MISHA à Strasbourg le 2 février 2023, celle du sociologue français Henri Eckert à Strasbourg le 16 mai 2024.
L’autre fait marquant a été la capacité d’Emmanuel Droit à nouer un lien fécond avec l’association des victimes de l’amiante (ADEVA 54) à Lunéville. Cela lui a permis non seulement de réaliser des entretiens avec d’anciens salariés de l’usine Trailor, mais aussi et surtout d’accéder aux archives de l’association. Il en résultera la production d’une base de données qui sera livrée à l’association à l’été 2025. De son côté, B. Metzger s’est bien immergé dans le tissu associatif et syndical de Völklingen, ce qui lui permet de mener une efficace campagne d’entretiens.
Articles and Chapters
1. Julia Wambach, Pride & Prejudice. A history of Gelsenkirchener Barock furniture Special Issue «Changing the Feeling Rules«, Social Science History, à paraître
2. Emmanuel Droit, « La fin d’un monde tel que nous l’avons connu. Lunéville et Zeitz deux villes moyennes désindustralisées », in C. Zimmermann, G. Clemens et K. Thielen (dir.),Industriestädte. Historische Herausforderungen und aktuelle stadtpolitische Strategien, Leyden, Brill Verlag, 2024.
3. Julia Wambach, « Sport als emotionaler Anker regionaler Identität nach der Kohle, der Fall des FC Schalke 04“, in: Florian Bock, Julia Czierpka et Sarah Thieme (éd.), Identitätskonstruktionen im Ruhrgebiet seit den 1970er Jahren, Göttingen, Vandenhoeck&Ruprecht ,2024.
4. Julia Wambach, Deindustrialization, Leisure & Feeling Communities, in: Jackie Clarke, Tim Strangleman, Steven High, Sherry Linkon, Stefan Berger und David Nettleingham (dir.), Routledge Handbook of Deindustrialization Studies, Londres, Routldge, 2024.
5. Julia Wambach, Key-Note Forum Industriekultur, Berlin 14.11.2024. Emotionen und Industriekultur
DesinEE est un projet innovant de micro-histoire comparée et transnationale de la désindustrialisation au croisement de l’histoire des émotions et des expériences. Ce programme de recherche entend analyser la désindustrialisation comme un ensemble d’expériences économiques, socio-politiques et culturelles articulées à des communautés émotionnelles d’ouvriers et d’ouvrières depuis le début des années 1960 jusqu’à nos jours.
Structuré autour d’une problématique méthodologique directrice partagée – quelle est la plus-value heuristique de la micro-histoire comparée pour l’analyse d’un phénomène transnational ? – chaque sous-projet empirique se saisira de trois grandes questions qui constituent l’ossature de la recherche :
1. Comment la désindustrialisation reconfigure-t-elle l’expérience des ouvriers et des ouvrières concernés par ce processus et quelles émotions génère-t-elle ?
2. Comment ces expériences et ces émotions suscitées par la désindustrialisation produisent des effets sur le rapport au Politique, entendu au sens de représentation du monde, de préférences idéologiques et de pratiques militantes ?
3. Comment ces expériences de la désindustrialisation et les émotions inhérentes ont-elles reconfiguré voire détruit les liens sociaux et des réseaux de sociabilité structurés jusque-là par les mondes vécus du travail ?
En articulant les expériences et les émotions générées par un processus économique destructeur à l’échelle locale de communautés ouvrières, les coordinateurs de ce projet collectif entendent tirer parti à la fois des « vertus du bilatéral » franco-allemand - le croisement des traditions historiographiques, des méthodes et des outils conceptuels - et de la plus-value d’une micro-histoire comparée et transnationale.
Pour saisir la diversité et donc la richesse de ces expériences de désindustrialisation, différents espaces socio-économiques en France et en Allemagne vont être étudiés, permettant de mesurer les effets de trois principaux facteurs :
1. le type d’espace industriel
2. le type de branche
3. la structure salariale genrée des entreprises étudiées
DesinEE s’appuiera sur une grande diversité de sources d’histoire sociale (archives institutionnelles, associatives presse locale et régionale, documents d’ego-histoire) et produira des enquêtes orales associant entretiens individuels et collectifs avec des ouvriers et des ouvrières..
Dans un contexte de dépolitisation et de montée de l’extrémisme de droite dans un certain nombres de régions touchées plus ou moins durement par des processus de désindustrialisation, ce projet possède une actualité et une dimension citoyenne très fortes. A rebours d’un discours médiatique « décliniste », nostalgique voire parfois stigmatisant, il s’agit de redonner toute sa place à la complexité des processus de reconfiguration des liens sociaux et politiques de milliers d’hommes et de femmes dans ces régions trop rapidement qualifiées dans le champ médiatique de post-industrielles.
Coordination du projet
Emmanuel Droit (LinCS Laboratoire interdisciplinaire en études culturelles)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
LinCs LinCS Laboratoire interdisciplinaire en études culturelles
RUB Ruhr-Universität Bochum Institut für soziale Bewegungen – Historisches Institut
Aide de l'ANR 189 214 euros
Début et durée du projet scientifique :
août 2022
- 36 Mois
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