CE37 - Neurosciences intégratives et cognitives 2021

Oscillations neuronales dans l'audition – OSCILL-A

Nous avons utilisé une combinaison de plusieurs méthodes pour atteindre nos objectifs, notamment la psychophysique, l'électroencéphalographie (EEG), la magnétoencéphalographie (MEG), la stimulation transcrânienne par courant alternatif (tACS) et le neurofeedback.

Nous avons découvert un "mode rythmique" dans la perception auditive qui s'applique aux stimuli qui ne sont pas au centre de l'attention (mais pas à ceux qui le sont). Ce mode était présent lorsque le timing des stimuli imminents ne pouvait être prédit. Il s'agissait de l'hypothèse principale sous-jacente à ce projet, qui a été confirmée dans cette étude. Cette découverte montre que les oscillations neuronales dans le système auditif sont effectivement différentes de celles du système visuel. Les oscillations auditives semblent représenter un filtre attentionnel qui repose sur la prédiction du timing des informations sensorielles et de leur pertinence, un filtre qui fonctionne parfois de manière rythmique, parfois de manière plus constante. De plus, nous avons montré que la phase des oscillations sous-tend la sélection des informations sensorielles dans le temps. Il est possible que les oscillations facilitent ainsi les réponses comportementales.

 

Nous avons également découvert que les signatures neuronales des prédictions temporelles pendant la perception de la parole origines du cervelet qui les dirige vers les régions corticales. Le cervelet est souvent considéré comme une région motrice et donc ignoré en neurosciences cognitives. Ce n'est que récemment qu'il a été proposé que le cervelet pourrait jouer un rôle majeur dans le traitement de la parole. Nos résultats, basé sur des données magnetoencéphalographiques, montrent comment cette contribution s'effectue sur le plan mécanique, créant ainsi un nouveau domaine de recherche.

 

Dans plusieurs études de ce projet, des réponses cérébrales rythmiques à un stimulus rythmique ont été observées, qui persistent après le stimulus. Ces « échos » constituent une preuve de l'implication des oscillations neuronales dans les réponses cérébrales synchronisées à un stimulus. Ce projet contribue donc à résoudre une question clé dans ce domaine.

 

Nous avons également démontré des fluctuations régulières dans l'attention qui sont présentes même pendant un stimulus parole nécessitant une attention maintenue pour être compris. De plus, ces fluctuations se produisaient à des échelles de temps (~0,06 Hz) très similaires à celles observées chez les primates non humains. Nous avons donc mis en évidence une propriété générale de l'attention qui est conservée chez plusieures espèces. La démonstration de la structure temporelle de l'attention a des implications importantes, non seulement pour notre compréhension de l'attention, mais aussi pour celle de la cognition humaine en général.

 

Enfin, nos résultats montrent que la tACS est une technique qui permet de manipuler les oscillations dans l'audition de façon reproductible et fiable. Ce résultat est important pour passer de la recherche fondamentale à la recherche appliquée et clinique.

Ce projet a permis d'identifier plusieurs mécanismes neuronaux majeurs sous-jacents à l'attention et à d'autres fonctions cognitives :

- La sélection attentionnelle basée sur la phase des oscillations neuronales

- La prédiction temporelle dans la parole provenant du cervelet

- Une alternance lente et régulière entre l'attention « externe » l'attention « interne »

 

Tous ces résultats sont fondamentaux pour de nouveaux domaines de recherche et ouvrent la voie à des études complémentaires visant à comprendre plus en détail les processus sous-jacents.

 

Nos résultats ont également un impact sur la recherche appliquée et clinique. Si un filtre attentionnel échoue, des informations non pertinentes peuvent être privilégiées ou des événements importants ignorés. En effet, une activité oscillatoire altérée est présente dans plusieurs conditions pathologiques, telles que les troubles liés à l'attention, la schizophrénie ou les déficiences auditives. La régularité dans l'attention peut contribuer au fonctionnement optimal du cerveau et entraîner des troubles cognitifs en cas d'absence.

 

Tous les principaux mécanismes neuronaux identifiés dans ce projet - l'attention basée sur la phase des oscillations, la prédiction "cérébelleuse" et les "modes d'attention" - peuvent donc contribuer à un cerveau sain et doivent être examinés d'un point de vue clinique.

Résumé de soumission

Le cerveau humain change rythmiquement entre des moments optimaux et non optimaux pour la perception. Cette "oscillation neuronale" est nécessaire au bon fonctionnement du cerveau : Les moments optimaux "ouvrent la porte" aux événements importants qui nécessitent une attention particulière, tandis que les moments non optimaux réduisent le traitement des informations non pertinentes qui peuvent être ignorées. Mais que se passe-t-il si des événements importants se produisent alors que la "porte est fermée" ? Cela pose un problème majeur pour le système auditif, car les stimuli typiques (par exemple, la parole) changent rapidement et peuvent avoir disparu lorsque la porte est à nouveau ouverte. La recherche actuelle sur les oscillations est dominée par le système visuel qui, en raison des informations plus stables dans le temps, n'est pas confronté à de tels défis. Ainsi, on ne comprend pas encore comment les oscillations peuvent fonctionner dans un système qui repose essentiellement sur des informations qui se déroulent dans le temps, comme le système auditif. Nous proposons ici l'hypothèse nouvelle que les « oscillations auditives » peuvent être utiles ou nuisibles, selon qu'une perte d'information - pendant des moments non optimaux - peut être évitée. En utilisant une combinaison de plusieurs méthodes (psychophysique, électroencéphalographie, stimulation transcrânienne à courant alternatif, neurofeedback), nous validons cette notion en construisant des scénarios expérimentaux dans lesquels nous nous attendons ou non à la présence d'oscillations, en fonction de leur "utilité" hypothétique. Nous présentons également de nouveaux protocoles pour améliorer la perception auditive et l'attention, via une manipulation des oscillations neuronales. Les résultats obtenus sont donc importants pour les conditions dans lesquelles ces fonctions sont altérées, mais aussi pour les scénarios de la vie quotidienne dans lesquels l'attention soutenue est critique (par exemple, pour les pilotes). Dans l'ensemble, ce projet vise à révéler des mécanismes neuronaux du système auditif qui peuvent être alloués de manière flexible au moment quand ils sont nécessaires, et à démontrer comment ils peuvent être manipulés pour modifier la perception et l'attention. Les résultats obtenus pourraient changer l'orientation du domaine scientifique et inspirer de futures applications cliniques et technologiques.

Coordination du projet

Benedikt ZOEFEL (CENTRE DE RECHERCHE CERVEAU ET COGNITION)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

CerCo CENTRE DE RECHERCHE CERVEAU ET COGNITION

Aide de l'ANR 340 164 euros
Début et durée du projet scientifique : février 2022 - 42 Mois

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