CE35 - Maladies infectieuses et environnement

Combattre les infestations de punaises de lit : Guider l'usage des traitements insecticides et développer des méthodes de lutte alternatives – FBI

Résumé de soumission

Les punaises de lit se nourrissent de sang exclusivement pendant la nuit. Les réactions aux piqûres peuvent être graves, et l'impact psychologique des punaises de lit est important. Malgré leur capacité limitée de dispersion active, les punaises de lit colonisent de nouvelles zones extrêmement rapidement en raison des mouvements humains. Une résurgence des infestations de punaises est observée aux États-Unis, en Europe, en Asie, en Afrique et en Australie depuis les années 1990. En France, plus de 700 000 sites sont infestés et ce nombre augmente de façon spectaculaire chaque année depuis dix ans (près de 5 millions de français infestés depuis 2016). Les logements personnels mais également collectifs (maisons de retraite, hôpitaux, crèches ou prisons) sont particulièrement sujets aux infestations, ce qui fait des punaises de lit un problème de santé publique. Les hôtels ou les cinémas ne sont pas épargnés, ce qui fait des infestations de punaises de lit un problème économique majeur pour l'industrie du tourisme.
Leur récente résurgence est principalement liée à l'évolution de la résistance aux insecticides, notamment aux pyréthrinoïdes. Des mutations affectant les canaux sodiques, les mécanismes de détoxication ou de séquestration des insecticides et l'épaississement des cuticules sont décrites, mais leur contribution relative au phénotype de résistance global et leurs bases moléculaires restent mal résolues, ce qui nuit à leur suivi et à la gestion des insecticides sur le terrain. Nous prévoyons donc d'analyser la diversité, la distribution et la contribution phénotypique des déterminants génétiques qui sous-tendent la résistance aux pyréthrinoïdes chez les punaises de lit à l’échelle européenne. Ces résultats nous permettront de développer des outils de diagnostic rapide des gènes de résistance sur le terrain, afin de cibler l'utilisation de pesticides spécifiques. Cette utilisation ciblée des insecticides permettra ainsi de préserver leur efficacité en attendant que des méthodes plus respectueuses de l'environnement soient mises au point.
Il est donc urgent de développer des méthodes alternatives et complémentaires afin de contourner l'utilisation des insecticides. Cela est particulièrement vrai pour les punaises de lit, dont le traitement insecticide doit être effectué dans les maisons, ce qui augmente l'exposition humaine à ces produits et leurs effets non ciblés. Il est intéressant de noter que les punaises de lit hébergent un symbiote nutritionnel : les bactéries intracellulaires du genre Wolbachia. Ces bactéries approvisionnent les punaises en vitamines B - qui sont rares dans le sang - à tel point que ni l'insecte ni le symbiote ne peuvent désormais survivre indépendamment. Le développement de méthodes de contrôle spécifiques fondées sur la perturbation de cette symbiose obligatoire ne sont pas encore possible, car la biologie de cette interaction reste relativement mal comprise. Nous proposons donc de caractériser précisément le dialogue entre les punaises de lit et leur symbiote obligatoire, par des approches de transcriptomique et de métabolomique, complétées par la validation fonctionnelle des candidats. Nous étudierons en particulier les mécanismes impliqués dans le maintien et le contrôle de la population symbiotique, et les mécanismes moléculaires et métaboliques impliqués dans la dépendance nutritionnelle. Ces études viseront à développer à plus long terme des prototypes de méthodes de contrôle spécifique, basées sur la rupture de l'association symbiotique.
Enfin, parce que les insecticides peuvent avoir un impact direct sur les populations de Wolbachia, et que réciproquement les symbiotes peuvent avoir un impact sur la survie des punaises en présence d’insecticides (ex : détoxication des insecticides), nous caractériserons l'interférence entre Wolbachia et les insecticides dans le cadre de l'optimisation de l'efficacité des deux méthodes de contrôle, seules ou en combinaison.

Coordination du projet

Natacha KREMER (LABORATOIRE DE BIOMÉTRIE ET BIOLOGIE EVOLUTIVE)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

LECA LABORATOIRE D'ECOLOGIE ALPINE
LBBE - UCBL LABORATOIRE DE BIOMÉTRIE ET BIOLOGIE EVOLUTIVE
BF2I - INSA Lyon Biologie Fonctionnelle, Insectes et Interactions

Aide de l'ANR 499 674 euros
Début et durée du projet scientifique : novembre 2021 - 48 Mois

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