Les plastiques marins comme vecteurs de pathogènes humains – VectoPlastic
Les plastiques marins sont-ils un risque microbiologique pour les humains ?
Il est urgent de se demander si les bactéries potentiellement pathogènes (BPP) pour les humains associés aux plastiques peuvent être transférées vers les animaux marins qui ingèrent ces plastiques, et in fine, vers les humains qui consomment ces animaux.
Évaluer le risque sanitaire que pose les plastiques marins
Une fois en mer, les plastiques suivent les courants marins et certains perdurent en zones côtières, lieux de la pêche artisanale. Les plastiques peuvent héberger des BPP dont certaines peuvent être impliqués dans des épidémies humaines. Il est urgent de se demander si ces BBP) peuvent être transférés vers les animaux marins qui ingèrent des plastiques, et in fine, potentiellement vers les humains qui les consomment. Les plastiques joueraient ainsi un rôle de vecteur. VectoPlastic met en place une approche pluridisciplinaire pour estimer l’importance de cette problématique dans un socio-écosystème dépendant de la pêche artisanale à Madagascar. Les objectifs sont (i) d’explorer le transfert potentiel des BBP associés aux micro- et macroplastiques (MIP et MAP respectivement) marins à l’aide d’un suivi annuel in situ, (ii) d’évaluer le transfert effectif des BBP vers 2 espèces commercialisées localement (le poisson lapin Siganus sutor) et en Asie (le concombre de mer holothuria scabra) à l’aide d’une approche expérimentale, (iii) d’évaluer la persistance des BBP depuis la capture jusqu’à la vente sur les étals, (iv) de caractériser la perception qu’ont éventuellement les populations locales d’une menace sanitaire liée aux plastiques & BBP, et (v) d’estimer un risque microbiologique intégré pour définir des actions de sensibilisation et de gestion adaptées au contexte socioculturel.
Les résultats nécessaires à cette démonstration sont obtenus par des prélèvements de plastiques marins en mer et par l’identification des bactéries qui y sont fixées. Il est aussi nécessaire de faire consommer des microplastiques contaminés par des pathogènes humains à des animaux marins commerciaux pour caractériser l’éventuel transfert des BBP vers des organes vitaux (intestin, chair, cœur, branchie, foie). Enfin, il est nécessaire de comprendre comment les populations humaines se représentent les (micro-)plastiques et dans quelle mesure elles les considèrent comme posant problème pour la santé environnementale et/ou humaine, à l’aide d’entretiens qualitatifs. Les différentes données produites via ces différentes méthodes seront intégrées dans une modélisation du risque sanitaire potentiel posé par les microplastiques marins dans le Sud-Ouest de Madagascar.
• Il y a plus de bactéries potentiellement pathogènes pour les humains sur les plastiques marins que dans l’eau de mer qui héberge ces plastiques.
• Nous avons observé le transfert d’un pathogène humain associé à du plastique vers l’intestin d’un poisson tropical commercial.
• Explorer les représentations des populations locales relatives à cet enjeu est particulièrement complexe dans un contexte où les microplastiques sont invisibles dans leur quotidien, plus généralement l’identification des matières plastiques ne va pas de soi, les risques de tomber malade en ingérant des produits de la mer (et tout simplement de tomber malade) sont multiples, et les interprétations des causes de maladies n’incluent pas uniquement des facteurs biologiques.
• Les personnes interviewées de différentes catégories sociales envisagent les plastiques au prisme de leur utilité au quotidien et/ou de leurs impacts négatifs sur l’environnement, notamment marin. A part les scientifiques, peu d’entre elles envisagent un risque microbiologique.
• La méthode « follow the thing » appliquée à un objet en plastique (le bidons jaunes, omniprésents dans le S-O de Madagascar), identifie le point de basculement entre objets utiles/utilisés et déchets tout en décalant la focale de la responsabilisation de l’individu qui est incité à « bien jeter le déchet » vers la considération de l’usager qui prend soin, transforme, réutilise des objets indispensables au quotidien.
• Le cheminement du poisson depuis le lieu de pêche / capture par un pêcheur de Saint-Augustin ou de Sarodrano, vers les mpanao kinanga (mareyeuses) de Toliara, est variable en termes de durée, de moyens de transport et de procédé (température, récipient).
Intégrer le risque sanitaire à la liste des risques qui sont imputés aux plastiques en mer.
Fournir un outil simple (modèle) pour estimer le risque sanitaire de consommer un produit de la mer (poisson et holothurie) en fonction du nombre de microplastiques dans ces animaux.
Apppréhender le « plastiscape » dans le contexte duquel ce risque est enchevêtré.
Colloques :
Fache Elodie, Marie Toussaint, Ahamada Saïd Djahere, Fereta Rodin Manjaka, Angela Fabiola Randrianomenjanahary, Espérant Flaubert Veriza. 2023. « Plastiques & transmission de pathogènes vers les poissons et les humains à Madagascar : Une approche interdisciplinaire. » Colloque BiodivOc « Biodiversité et pollutions plastiques : Des impacts aux solutions » (Banyuls-sur-Mer, 11-12 janvier 2023).
Publications :
Fache Elodie, Marie Toussaint, Ahamada Saïd Djahere, Fereta Rodin Manjaka, Angela Fabiola Randrianomenjanahary, Espérant Flaubert Veriza. Accepté – Sous presse. Suivre les bidons jaunes à Toliara, ville du Sud-Ouest de Madagascar : Contribution exploratoire au développement d’une écologie globale des plastiques. Natures Sciences Sociétés (2024, 32, 3). Version «manuscrit auteur accepté« disponible sur HAL : univ-montpellier3-paul-valery.hal.science/UMR-SENS/hal-04341847v1.
Transportés par les courants, les plastiques s’échouent sur les zones côtières, lieux de la pêche artisanale. Les plastiques peuvent héberger des agents pathogènes qui sont impliqués dans des épidémies humaines. Il est légitime de se demander si ces pathogènes et leurs gènes de virulence & résistance (PVR) peuvent être transférés vers les animaux marins qui ingèrent des plastiques, et in fine, potentiellement vers l’homme qui les consomme. Les plastiques joueraient ainsi un rôle de vecteur. VectoPlastic met en place une approche pluridisciplinaire pour évaluer ce rôle dans un socio-écosystème dépendant de la pêche artisanale à Madagascar. Les objectifs sont d’évaluer le transfert des PRV vers 2 espèces commerciales, leur persistance depuis la capture jusqu’à la vente sur les étals, la perception des populations de la menace sanitaire lié aux plastic & PRV, et l’estimation d’un risque intégré ; pour définir des actions de sensibilisation et de gestion adaptées au contexte socioculturel.
Coordination du projet
Thierry Bouvier (Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
MARBEC Centre pour la biodiversité marine, l'exploitation et la conservation
MIVEGEC Maladies Infectieuses et Vecteurs : Ecologie, Génétique, Evolution et Contrôle
CHU Hôpital Arnaud-de-Villeneuve, Pôle Biologie-Pathologie
SENS Savoirs, ENvironnement, Sociétés
LEMAR LABORATOIRE DES SCIENCES DE L'ENVIRONNEMENT MARIN
LERPAC-ODE-UL Unité Littoral
Université de Toliara / Institut Halieutique et des Sciences Marine (IH.SM)
Département de Géographie Département de Géographie
Aide de l'ANR 510 451 euros
Début et durée du projet scientifique :
juin 2022
- 42 Mois