Conservation et mise en valeur de l'architecture de terre des sites archéologiques de la vallée du Nil – NilesEarth
Nile's Earth
Étude et conservation de l’architecture de terre de l’ancienne vallée du Nil
Enjeux et objectifs généraux
Depuis la naissance de l'égyptologie au XIXe siècle, puis de la soudanologie, l'intérêt des chercheurs travaillant sur les sociétés antiques de la vallée du Nil s'est principalement porté sur l'architecture de pierre, tandis que l'architecture de terre n'a été étudiée que dans ses manifestations monumentales (murs d'enceinte, forteresses) ou complexes (voûtes et dômes). De plus, la plupart des sites étudiés se trouvent en Égypte. Par ailleurs, la première et unique synthèse sur la construction en briques crues dans l'Égypte ancienne (SPENCER 1979) est malheureusement peu illustrée et plus à jour. En effet, des contributions plus récentes donnent un aperçu précis de l'état de l'art de la recherche dans le domaine égyptologique, mais les analyses spécifiques des techniques de construction sont encore rares. En soudanologie, il n'existe aucun ouvrage de référence général, seulement des études et des descriptions de techniques de construction. De façon générale, une spécificité des études antérieures est qu'elles ont été menées à l'initiative de missions archéologiques , afin d'approfondir leurs connaissances sur leur propre site, donc isolées et confrontées au problème du manque de données comparatives. Tout en reconnaissant la valeur de ces travaux antérieurs, le projet Nile’s Earth visait donc à lancer un processus pour combler ces manques y compris dans une perspective étiologique questionnant le rôle des facteurs environnementaux, sociaux, économiques et culturels dans le choix des matériaux et des techniques de construction. Concernant la théorie et la pratique de la conservation des sites archéologiques d'architecture de terre la situation était identique, voire encore plus préoccupante en terme de manque de travaux de synthèse.
Le projet Nile's Earth a été mené en croisant les méthodes de recherche. IL a compris :
. Revue de littérature et extraction des questions clé méritant des attentions particulières
. des missions de terrain visant divers objectifs allant de l'observation visuelle, à des participations à des fouilles (pour questionner les problématiques d'identification), des observation de l'environnement (géomorphologie, des interviews d'acteurs, et enfin des travaux concrets
. des essais sur les matériaux prélevés avec, quand cela a été possible des essais en laboratoire, permettant de faire des analyses comparatives entre les deux types de pratique
. la conception puis mise en oeuvre de travaux de conservation à caractère plus ou moins innovant, essentiellement à vocation préventive
Dans la perspective d'initier un débat plus large, plusieurs séminaires et une grand conférence internationale ont été organisés.
Enfin, dans une perspective de diffusion des résultats, des efforts tout particuliers de publication et de formation ont été réalisés. Outre des activités formelles, chaque action menée dans le cadre du projet a aussi été l'occasion d'échanges et de transfert de connaissances entre experts locaux et internationaux.
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Près de 30 missions de terrain ont été organisées qui ont permis de :
• compléter et préciser la documentation de structures en terre, avec, pour le site de Plinthine, la préparation d’un catalogue de modes constructifs.
• mettre au point un protocole de documentation, y compris concernant le prélèvement de matériaux en vue de leur analyse en laboratoire.
• mener des enquêtes de terrain (essentiellement au Soudan) permettant de faire la relations entre les techniques de construction antiques et celles toujours utilisées ;
• faire un constat de l’état de conservation des sites (ou mises à jour : Sai, Karnak) et identifier les circonstances et processus de dégradation sur une diversité de sites ainsi que les menaces et les risques, les aspects communs et les particularités (climats, niveaux de nappe phréatique et sels).
• mettre en œuvre des travaux de conservation sur 4 sites (Kerma, Medamoud, Trésor de Chabaka, Pepy 1er) en intégrant des innovations, puis de constater leur comportement et en tirer de premières conclusions. Cela a permis d’identifier les pistes de recherche et d’expérimentation à poursuivre dans le futur.
Les études bibliographiques ont été nombreuses, menant au constat de la difficulté d’en tirer une synthèse, mais qui, pour certaines, liées à l’organisation de 2 séminaires ont résulté en une publication originale sur les Bâtiments de stockage
En ce qui concerne l’étude des matériaux, après avoir partagé une diversité de protocoles et de possibilité d’essais, des analyses ont été réalisées permettant d’avancer sur la caractérisation des matériaux, le choix des terres et de mise en œuvre de certains essais. Des avancées ont aussi été faites sur la comparaison entre essais de terrain et de laboratoire qui ont et vont encore faire l’objet d’articles scientifiques.
En ce qui concerne plus particulièrement les études de géomorphologie, une meilleure connaissance des relations sociétés-milieu (société-fleuve) a été amorcée ouvrant de nouvelles pistes de recherche.
Le résultat majeur de notre projet est la conférence Nile’s Earth 2023 avec 130 participants issus de 18 pays qui ont échangé sur la base de 32 communications (trois thémes). Cette conférence a abouti à une « déclaration » et il est envisagé de la reconduire en 2027, en Egypte.
Enfin, les efforts de formation ont résulté en deux actions plus particulières : la formation de 5 professionnels à Grenoble pendant 2,5 mois et la préparation de cours dématérialisés (5) adaptés au contexte soudanais mis à disposition de la SFDAS.
Malgré les difficultés rencontrées et des résultats pour certains en deçà de ce qu’espéré, l’impact du projet Nile's Earth apparaît réel et les perspectives sont nombreuses, à divers niveaux et à échéances qui dépendent beaucoup pour le Soudan de la situation sécuritaire.
A court terme (dans les 6 mois après la clôture du projet) sont prévus:
• La valorisation des données acquises, notamment par la rédaction de nombreux articles scientifiques, y compris sur l’environnement et sur les terres utilisées;
• Le déroulement d’une thèse (C. Venton) encadrée au sein d’Hisoma qui va poursuivre les travaux engagés à Plinthine et Taposiris et les élargir à sept autres sites égyptiens ;
• La poursuite de travaux sur diverses structures du site de Karnak (mur d’enceinte, chapelles, …)
• Intégration des données liées au patrimoine architectural en terre contemporain du Soudan dans le cadre du projet de la SFDAS intitulé IMAHP (Innovative Monitoring Approaches for Heritage Protection in Sudan), financé par le MEAE et la fondation ALIPH.
A moyen terme (1 à 2 ans):
• Poursuite de travaux de conservation à Medamoud et sur le site de la nécropole de Pepy 1er
• poursuite des recherches sur les questions de conservation, notamment celles liées à la problématique de la prolifération de plantes (focus sur l’alpha) et pour les sites affectés par des concentrations de sels
• Une formation sur la conservation du patrimoine archéologique en terre est aussi en cours de montage (financement MEAE obtenus avec co-financement CNRS à confirmer).
• A Plinthine et Taposiris, croisement de données (cartes issues de télédétection des sources en argile, données géomorphologiques et les résultats des analyses de composition des briques) pour tenter de localiser les argilières antiques, selon les périodes.
A plus long terme (2 à 5 ans)
• Montage de dossiers pour l’organisation de formations pour le MoTA, potentiellement organisées à Karnak avec le soutien du CFTEEK
• Le CFTEEK pourrait piloter ou participer à l'organisation d'un nouveau colloque à Louqsor sur l'étude et la préservation des constructions en briques crues, possible date : 2027 (60eme anniversaire du CFTEK)
• Réutilisation des méthodologies dans d’autres contextes ayant des climats similaires (p.e. Asie Centrale).
Dès que la situation au Soudan sera améliorée : Reprise des fouilles à Kerma avec en parallèle la poursuite des études sur les architectures vernaculaires et des travaux géomorphologiques afin de perfectionner la compréhension de l’organisation spatiale du site, des relations entre les implantations humaines, les dépôts sédimentaires et le déplacement du cours d’eau.
Depuis la naissance de l'égyptologie au XIXe siècle, puis de la soudanologie, l'intérêt des spécialistes travaillant sur les sociétés anciennes de la vallée du Nil s'est principalement porté sur les édifices en pierre, tandis que les constructions en terre n'ont été étudiées que dans leurs manifestations les plus monumentales (murs d'enceinte) ou complexes (voûtes et dômes). Ainsi, les efforts de conservation menés jusqu’à présent, ont aussi été presque exclusivement réservés à ces architectures en pierre.
Pourtant, la terre a été le principal matériau de construction en Égypte et au Soudan dès les plus hautes époques et jusqu’à l’époque contemporaine et, en tant que tel, il fait l’objet d’un important regain d’intérêt depuis plusieurs années. De surcroît, les autorités égyptiennes et soudanaises exigent de plus en plus d’actions spécifiques pour préserver et présenter au public cette facette importante de leur patrimoine culturel.
Ce constat a donné lieu à de premières tentatives de conservation. Cependant, ces travaux de consolidation, parfois liés à des propositions de reconstruction partielles, sont souvent discutables tant en termes de durabilité que d'authenticité. Les problèmes rencontrés sont multiples. Tout d'abord, lors des fouilles, pour la bonne identification des structures et la caractérisation des matériaux et des techniques de construction. Puis après la fouille, pour la préservation des vestiges mis à jour et qui restent souvent exposés. Enfin, pour assurer la visibilité et la bonne compréhension de leur nature et de leur valeur historique.
L'objectif du projet Nile’s Earth est de définir des solutions pertinentes pour répondre à la demande croissante d'une meilleure conservation et valorisation des architectures de terre des sites archéologiques de la vallée du Nil. Pour ce faire, il proposera des compléments d’intervention, pendant et juste après la fouille et, à plus long terme, des actions spécifiques pour la conservation et la présentation au public. Ces solutions impliquent de nouvelles méthodologies et pratiques à expérimenter et à développer : identification et caractérisation; protocoles d'enquête sur l'état des sites; techniques de restauration; conservation préventive pendant les fouilles; entretien régulier et modalités de planification et de gestion des sites.
Le projet rassemble des spécialistes de disciplines complémentaires : Égyptologues, architectes, archéologues, archéobotanistes, géomorphologues, conservateurs et physiciens. Le projet exploitera le potentiel des connaissances fournies par les études architecturales et l’archéologie, combinées à des études géomorphologiques, des analyses géotechniques, archéométriques et archéobotaniques effectuées sur des échantillons de terres et de briques provenant de plusieurs sites en Égypte et au Soudan. Ces derniers sont bien répartis sur le territoire étudié et représentatifs de ses divers environnements (désert, vallée, marges de l'Égypte, côte méditerranéenne). Cette approche pluridisciplinaire permettra d'obtenir une connaissance précise de la variété des matériaux et des différentes techniques de construction utilisées.
L'étude d’expériences de conservation récentes qui a conduit au projet sera approfondie grâce à des missions sur le terrain et à des tests in situ. Les résultats des recherches récentes sur la conservation de l'architecture en terre menées sur des sites archéologiques dans la péninsule arabique, en Iran et en Asie centrale seront également utilisées par le projet.
Une conférence internationale sera organisée à mi-parcours (2023). L'ambition ultime est de publier une synthèse des résultats scientifiques du projet qui restera longtemps une référence dans le domaine. Celle-ci comprendra deux volumes, l'un sur les techniques de construction et l'architecture en terre, et l'autre sur l'approche méthodologique et les techniques de conservation à long terme de ce patrimoine exceptionnel.
Coordination du projet
Architecture, Environnement et Cultures Constructives (Autre établissement d’enseignement supérieur)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
AE&CC Architecture, Environnement et Cultures Constructives
HiSoMa UMR 5189 - HISTOIRE ET SOURCES DES MONDES ANTIQUES
O&M Orient et Méditerranée, textes - archéologie - histoire
IFAO IFAO - Services archéologiques
CRAterre CRAterre / Patrimoine
SFDAS SFDAS / Section française de la direction des antiquités du Soudan
CFEETK CFEETK / Centre Franco-Egyptien d'Etude des Temples de Karnak
Aide de l'ANR 492 181 euros
Début et durée du projet scientifique :
octobre 2021
- 36 Mois