CE24 - Micro et nanotechnologies pour le traitement de l’information et la communication 2021

Nucléation et croissance de III-V sur Si explorées in situ – NUAGES

Epitaxie de couches de semiconducteurs III-V sur silicium

Compréhension des mécanismes de germination et croissance de couches de semiconducteurs III-V sur silicium. Croissance in-situ dans un microscope électronique en transmission.

Un des enjeux du projet est de suivre la croissance de couches de semiconducteurs III-V épitaxiées sur substrat silicium orienté (100). Les premiers stades de la croissance sont observés in-situ dans un microscope électronique en transmission, on est ainsi à même de suivre la germination puis la coalescence des ilots. Le désaccord de paramètre existant entre le semiconducteur III-V est accommodé par un réseau de dislocations d'interface. D'autre défauts peuvent se développer dans la couche épitaxiée comme les micromacles ou les domaines d'inversion. Les parois d'inversion entre domaines sont un défaut majeur dans l'épitaxie de matériaux semiconducteur III-V binaires, comme GaP, GaAs ou InAs sur substrat silicium. Une des raisons de l'existence de ces domaines est qu'il est possible de commencer à couvrir la surface de silicium par un élément III ou un élément V. On a alors systématiquement la formation d'une parois d'inversion (appelée aussi parfois "antiphase") à la jonction entre les deux domaines.

Afin d'étudier la germination/croissance nous avons utilisé le microscope électronique en transmission Nanomax. Ce microscope est équipé des cellules à effusion nous permettant d'émettre des flux élémentaires des différents matériaux (arsenic, gallium, phosphore, indium...) nécessaires à l'épitaxie de semiconducteurs III-V. Nous avons mis au point des nano-substrats de silicium formés par une membrane de silicium d'épaisseur environ 100nm et de quelques microns de coté. Cette membrane de silicium est donc transparente aux électrons, on peut donc directement observer la croissance des couches épitaxiés en vue plane. La nano-membrane est tenue au niveau des coins par un support MEMS, lui même inséré dans un porte-échantillon disposant d'amenés de courant. Le chauffage de la membrane est obtenu par effet Joule.

Pour étudier spécifiquement les défauts comme les parois d'antiphase, nous avons également réalisé des observations en microscopie électronique en transmission STEM en vue plane après retrait sélectif du substrat de silicium. L’intérêt de cette microscopie uniquement sur la couche III-V épitaxiée est de pouvoir réaliser une analyse chimique à l'échelle nanométrique et de s'affranchir du contraste des dislocations d'interface entre le substrat et la couche épitaxiée.

Les expériences de croissance in-situ dans un microscope électronique en transmission de couches de semiconducteur III-V sur substrat silicium ont démontré pour tous les semiconducteurs étudiés (GaAs, InP, InAs et GaSb) un mode de nucléation en ilots (croissance 3D) avec relaxation plastique du désaccord paramétrique avant la coalescence des ilots. Ces études de croissance in-situ ont été réalisées dans un microscope électronique équipé de cellules à effusion collimatées sur la membrane de silicium utilisée comme nanosubstrat afin de limiter la contamination de la chambre objectif du microscope par l'ensemble des éléments III (gallium, indium) et éléments V (phosphore, arsenic, antimoine) utilisés. Pour cela nous avons mis au point un microsystème constitué par une nano-membrane de silicium tenu sur un support de type MEMs. Le chauffage de la membrane est obtenu par effet Joule car la membrane de silicium est dopée pour la rendre résistive. En contrôlant le courant parcourant la membrane, on contrôle la température du nanosubstrat. On étalonne par spectroscopie Raman la température de la membrane en fonction du courant qui la traverse (avant utilisation). L'épaisseur type des nano-membranes est d'environ une centaine de naomètres, afin de rester transparentes aux électrons et de pouvoir observer la croissance in-situ sur ces membranes.

Nous avons en particulier étudié la formation et le développement des parois d'inversion entre deux domaines de semiconducteurs III-V, ces parois d'inversion sont un défaut majeur dans les hétérostructures de semiconducteurs III-V épitaxiés sur substrat silicium orienté (100). Pour ce faire, nous avons réalisé des expériences de croissance in-situ mais également étudié des couches minces de semiconducteurs après retrait sélectif du substrat silicium. En effet le contraste du réseau de dislocations d'accommodation à l'interface (lié au désaccord paramétrique entre le semiconducteur III-V et le silicium) est très important et empêche/gène l'étude des parois de domaine pouvant s'étendre dans la couche. Notre but était de décrire aussi précisément que possible la structure atomique des parois d'inversion afin d'en modéliser les propriétés opto-électronique à l'aide de calculs DFT (Density Functional Theory). Nous avons également observé l'enrichissement en indium des parois d'inversion dans le cas de l'épitaxie de couche d'alliage InGaP comme d'InGaAs. On note que cet enrichissement est uniquement localisé aux deux plans cristallins placés de part et d'autre de la parois d'inversion (en particulier dans le cas des parois verticales orientées <110>).

Nous montré que les parois d'inversion dans les couches de semiconducteur GaP étaient systématiquement non stoechiométrique et apparaissait enrichies en gallium. On trouve d'ailleurs des segments de parois verticales orientées selon un plan cristallographique {110} et dans ce cas observer la formation d'une reconstruction de la parois avec des liaisons Ga-Ga. Cet enrichissement systématique en gallium explique le conducteur métallique tel que mesuré par microscopie AFM conducteur. Ces propriétés expliquent les excellents rendements observés lorsque ces hétérostructures GaP/Si sont utilisées pour fabriquer des cellules électrochimiques pour l'hydrolyse de l'eau (projet PEPR Nautilus). Les charges électriques (électrons-trous) générées dans la couche de semiconducteur après absorption d'un photon sont dirigées par les parois conductrices aux deux électrodes de la cellule électrochimique. Il reste à vérifier les propriétés structurales au niveau des parois d'inversion des autres alliages comme GaAs et GaSb pour être certain que ce qui a été démontré pour GaP et l'alliage InGaP est généralisable.

Par ailleurs, le fait de maîtriser la formation et la croissance de parois d'inversion en particulier grâce à la vicinalité des substrats de silicium doit rendre possible la réalisation de composants avancés comme le fabrication de guide d’onde en phosphure de gallium à orientation structurée

aux longueurs d’onde télécom pour la génération de second harmonique.

Résumé de soumission

L’épitaxie de semiconducteurs III-V sur Si (001) est hautement stratégique, mais les nombreux défauts cristallins créés dès l’étape de nucléation, sont un obstacle au développement de la photonique sur Si. Nous proposons d’explorer in situ et à l’échelle atomique, la formation de ces défauts, de suivre en temps réel leur évolution structurelle et d’identifier des stratégies pendant la croissance pour les rendre moins nuisibles. Nous configurerons NanoMAX (un microscope électronique en transmission équipé de sources de jets moléculaires) pour atteindre ces objectifs. Les conditions initiales reproduiront celles utilisées dans les bâtis MBE conventionnels et à leur tour, les conditions optimisées dans NanoMAX seront appliquées à la croissance d’hétérostructures pour dispositifs. L’interprétation des observations in situ sera accompagnée de calculs DFT, de caractérisations ex situ et de la mesure des performances des dispositifs fabriqués avec des conditions de nucléation optimisées.

Coordination du projet

Gilles Patriarche (Centre de Nanosciences et de Nanotechnologies)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

C2N Centre de Nanosciences et de Nanotechnologies
Inst.FOTON Institut Fonctions Optiques pour les Technologies de l'informatiON
IES Institut d'Electronique et des Systèmes

Aide de l'ANR 424 905 euros
Début et durée du projet scientifique : novembre 2021 - 48 Mois

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