CE03 - Interactions Humains-Environnement

Les zoos, des lieux de rencontre entre primates: comment les connaissances sur l’autre influencent les perceptions croisées entre les primates non humains et les humains? – PRIMAZOO

Les zoos, des lieux de rencontre entre primates.

Comment les connaissances sur l’autre influencent-elles les perceptions croisées entre les primates non humains et les humains lors de rencontres furtives ? C’est à cette question que le projet PRIMAZOO se propose d’apporter des réponses, en développant une approche intégrative, combinant plusieurs disciplines, pour étudier les interactions entre singes et visiteurs dans les zoos.

Similitudes ou différences ? Proximité ou frontière ? Communication ou incompréhension ? Comment singes captifs et visiteurs de zoos se perçoivent-ils ?

Nombre de personnes sont amenées à interagir avec des animaux exotiques lors de leurs visites au zoo. L’existence des parcs zoologiques fait toutefois polémique en raison des enjeux éthiques liés à la captivité des animaux, et ce malgré l’implication croissante des zoos dans l’éducation du public et la conservation de la biodiversité. En outre, peu d’études se sont penchées sur l’influence que les comportements et attitudes des publics des zoos ont sur les animaux, y compris les primates qui nous sont si proches. De plus, il apparaît que les humains sont souvent incapables de percevoir correctement les états émotionnels des animaux non humains en raison d’une mauvaise compréhension de leurs signaux de communication. Il est donc primordial de comprendre comment les primates non humains captifs et les visiteurs se perçoivent mutuellement mais aussi d’identifier puis de promouvoir des outils pédagogiques qui pourraient améliorer les connaissances du public au sujet de ces animaux bien souvent menacés.<br />Le projet PRIMAZOO est porté par Audrey Maille, une jeune enseignante-chercheuse, et son équipe pluridisciplinaire composée de 25 personnes majoritairement affiliées au MNHN, dont 3 recrutées dans le cadre du projet. Ensemble, les membres de ce projet mobilisent des concepts théoriques et méthodologiques des sciences biologiques et sociales pour étudier le déroulé des interactions entre les singes et les visiteurs, qui se rencontrent furtivement dans les parcs zoologiques, et les effets potentiels de la médiation scientifique sur ces interactions. Le projet PRIMAZOO s’intéresse en particulier à mieux comprendre comment les visiteurs se représentent les singes et leur captivité, selon qu’ils ont participé à des ateliers de médiation interactifs impliquant des sciences participatives.

Le projet PRIMAZOO se décompose en six tâches, permettant l’édification des moyens logistiques (tâches 0 et 1) nécessaires à la mise en œuvre, d’une part, d’une approche interdisciplinaire où les singes et les visiteurs sont étudiés en « miroir » via des tests de perceptions (tâche 2) et des observations d’interactions spontanées (tâche 3) ou environnées d’activités de médiation (tâche 4) et, d’autre part, d’une approche purement anthropologique permettant de mieux appréhender les liens entre connaissances et perceptions en sondant les représentations sous-jacentes aux actions des visiteurs (tâche 5).
La tâche 1 consiste à adapter des infrastructures préexistantes dans deux zoos : La Ménagerie, le zoo du Jardin des Plantes (MNHN, Paris) et un zoo privé (identité confidentielle comme prévue dans une charte de partenariat signée avec cette entreprise). La tâche 2 évalue la compréhension interspécifique des signaux de communication. Les visiteurs sont invités à scanner un QR code avec leur smartphone afin d’accéder à une page internet qui leur proposera un quizz où ils devront indiquer quelle est la signification supposée de mimiques des singes. En parallèle, les singes sont exposés à un écran tactile, fixé sur les grilles de leur enclos, où sont affichées des photos/vidéos d’expressions humaines qu’ils doivent apparier en les touchant pour ensuite obtenir une friandise. La tâche 3 analyse le déroulé des interactions entre singes et visiteurs par une approche innovante mobilisant les méthodes de l’éthologie et de l’ethnographie. En amont de la collecte systématique des données, les comportements des singes et des visiteurs ont été répertoriés dans un éthogramme de gestes et les propos prononcés par les visiteurs sont en cours de catégorisation. La tâche 4 s’intéresse à la façon dont ces interactions peuvent être influencées par la participation des visiteurs à de nouvelles activités de médiation scientifique nouvellement créées. Ces activités de médiation se déclinent en différentes modalités qui offre toutes trois niveaux de complexité croissants (informatif, interactif, participatif) afin de faire varier l’implication des visiteurs. Enfin, la tâche 5 transversale étudie si les attitudes des visiteurs envers les singes sont liées à leurs connaissances de ces animaux, notamment celles acquises lors des activités de médiation. Nous nous entretiendrons avec des visiteurs puis nous analyserons ces échanges au regard de leurs réponses à un quizz et un questionnaire tous deux accessibles en ligne (voir tâche 2), mais aussi de leur participation antérieure à l’une ou l’autre des activités de médiation (tâches 3 et 4).

Le projet PRIMAZOO s’est enrichi de plusieurs collaborations afin de faciliter sa mise en œuvre. Premièrement, une collaboration fructueuse avec les services dédiés à la pédagogie dans le zoo privé partenaire a permis la création de nouvelles activités de médiation se déclinant en trois modalités : affichage sur des panneaux, animations par des conférenciers, site internet accessible sur smartphone. Chacune des modalités offre trois niveaux de complexité croissants afin de faire varier l’implication des visiteurs : un premier niveau informatif présente des photos de mimiques de singes et les labels utilisés en éthologie pour les décrire, un second niveau interactif demande aux visiteurs d’apparier des photos de chacune de ces mimiques au label correspondant parmi plusieurs labels proposés, et le dernier niveau participatif guide les visiteurs dans l’observation des mimiques, susceptibles d’être effectuées en temps réel par les singes qui se trouvent à proximité, en suivant un protocole éthologique pendant quelques minutes. Une collaboration avec l’unité de service Mosaic (MNHN et Sorbonne Université) a complété ce dispositif afin de permettre le déploiement des activités accessibles sur smartphone depuis un site internet. De cette collaboration a émergé un projet de plus grande envergure, temporairement intitulé « Animal Connect », qui vise à proposer un programme de sciences participatives pour mobiliser les visiteurs de zoos dans la collecte de données sur le comportement des animaux ; sont impliqués à ce jour 20 zoos et 15 chercheurs et chercheuses en éthologie. Ces développements ancrent davantage le projet PRIMAZOO dans le concept de « recherche-action ». Deuxièmement, une collaboration avec le LSCP (ENS et CNRS) a favorisé le montage d’un dispositif de test cognitif pour les primates non humains, facilement utilisable en zoo car amovible et peu volumineux. Ce dispositif est composé d’un coffrage métallique pouvant se fixer sur toute type de grillage et contenant un écran tactile, un distributeur de récompenses et une caméra. Troisièmement, l’encadrement de six étudiants en stage puis le recrutement d’un post-doctorant en anthropologie et d’une ingénieure en éthologie a permis l’élaboration de plusieurs protocoles d’observation des interactions entre singes et visiteurs puis la systématisation de la collecte des données en interdisciplinarité. De premières observations ont montré un effet du nombre et de l’agitation des visiteurs sur l’occupation des enclos et les activités des singes, chez plusieurs espèces de primates non humains. En parallèle, un effet des comportements des singes sur les attitudes des visiteurs a également été mis en évidence : plus les singes sont actifs plus les visiteurs, et en particulier les familles, passent de temps devant les enclos, tentent d’interagir avec les singes et parlent des singes entre eux ; cet effet est encore plus marqué lorsque les singes s’alimentent ou socialisent entre eux et avec les visiteurs.

Le projet PRIMAZOO, parce qu’il repose sur des outils issus des sciences biologiques et sociales, a de multiples implications scientifiques et sociétales. Ce projet contribue à accroître les connaissances scientifiques sur les relations entre les humains et les animaux puisqu’il vise à mieux caractériser les interactions entre primates non humains et humains via une approche multi-espèces innovante car interdisciplinaire. Ce projet apporte aussi un nouvel éclairage quant aux effets potentiels de la captivité sur les comportements des animaux sauvages, offrant une vision plus précise du bien-être des primates dans les zoos. De plus, ce projet évalue ce que les sciences participatives peuvent apporter, en tant que média pédagogique, pour sensibiliser le public aux comportements des animaux et, plus largement, aux enjeux environnementaux. Enfin, le projet PRIMAZOO s’inscrit dans le vaste champ de recherche de l’intelligence artificielle. En effet, une quatrième modalité de médiation scientifique viendra compléter le panel des activités de médiation proposées en fin de projet : une intelligence artificielle entraînée à assister les visiteurs en temps réel (traducteur MicMac), développée en partenariat avec les unités de recherche PRISME spécialisée dans la vision par ordinateur (Université d’Orléans) et LAPSCO spécialisée en sciences cognitives (Université Clermont Auvergne et CNRS) grâce à un soutien de la région Centre Val de Loire. En documentant la façon dont le public s’appropriera ou non cet outil, le projet PRIMAZOO sera vecteur d’éléments concernant l’utilisation des machines en contexte éducatif.

Le projet a été présenté dans trois conférences scientifiques organisées respectivement par les jeunes chercheur·euses du MNHN, la Société Francophone de Primatologie et la Société Française pour l’Etude du Comportement Animal. La coordinatrice du projet a également été invitée à mettre en lumière les objectifs du projet dans un workshop organisé par la Paris School of Economics portant sur la notion de bien-être multi-espèces. Enfin, la dimension interdisciplinaire du projet a fait l’objet d’une communication dans un colloque portant sur l’ethnographie des recherches participatives organisé par l’Université de Lyon II.

Les sociétés humaines interagissent avec des animaux exotiques lors de visites dans des zoos. Malgré leur implication croissante dans la conservation de la biodiversité, l’existence des parcs zoologiques fait toutefois polémique en raison des enjeux éthiques liés à la captivité des animaux. Peu d’études se sont néanmoins penchées sur l’influence que les comportements et attitudes des publics des zoos ont sur les animaux, y compris les primates qui nous sont si proches. En outre, il apparaît que les humains sont souvent incapables de percevoir correctement les états émotionnels des animaux non humains, leurs représentations d’une espèce animale donnée étant dictées par la biologie mais aussi la culture. Il est donc primordial pour les zoos de comprendre comment les primates non humains captifs et les visiteurs se perçoivent mutuellement et d’identifier puis de promouvoir des outils pédagogiques qui pourraient améliorer les perceptions du public.

Le projet PRIMAZOO propose de développer une approche intégrative afin d’étudier les perceptions croisées et les représentations sous-jacentes aux interactions entre primates non humains et humains dans les zoos. Nous mobiliserons des concepts théoriques et méthodologiques des sciences biologiques et sociales pour comprendre (i) comment les primates non humains et humains se perçoivent mutuellement en fonction d’une diversité de facteurs individuels et environnementaux et (ii) comment les visiteurs humains se représentent les primates non humains et leur captivité, selon qu’ils ont participé à des ateliers de médiation interactifs impliquant des sciences participatives. La coordinatrice scientifique, Audrey Maille, et son équipe pluridisciplinaire composée de 18 membres (dont 5 recruté·es dans le cadre du projet), vont mener cinq tâches de recherche et une tâche de coordination afin de répondre aux objectifs du projet PRIMAZOO. La tâche 1 consistera à adapter des infrastructures préexistantes à la Réserve Zoologique de la Haute-Touche (MNHN, Indre) afin d’y réaliser des études, portant aussi bien sur des macaques (Macaca tonkeana) que sur des visiteurs, dans le premier Centre d’Etude des Primates basé dans un zoo public. La tâche 2 évaluera si les macaques et les humains sont capables d’attribuer des émotions à des membres de l’autre espèce à partir du traitement d’indices multimodaux tels que des expressions faciales, des postures corporelles ou des vocalisations. La tâche 3 analysera comment le comportement d’une espèce influence celui de l’autre espèce lors d’interactions se produisant pendant une visite du zoo. La tâche 4 s’intéressera à la façon dont les représentations que les visiteurs ont des primates non humains peuvent être influencées par leur participation à des activités de médiation impliquant des sciences participatives. Enfin, la tâche 5 transversale étudiera si les comportements et attitudes des participants humains envers les macaques peuvent être liés à leurs connaissances et représentations de ces primates.

Le projet PRIMAZOO contribuera à accroître les connaissances scientifiques sur les interactions entre les humains et l’environnement puisqu’il vise à mieux caractériser les relations entre primates non humains et humains via une approche innovante et holistique de la captivité animale. Ce projet apportera un nouvel éclairage quant aux effets potentiels de la captivité sur les comportements des primates, offrant une vision plus précise du bien-être des primates dans les zoos. Ce projet proposera également des outils issus des sciences biologiques et sociales pour évaluer ce que les sciences participatives pourraient apporter, en tant que média pédagogique, pour sensibiliser le public à la conservation de la biodiversité (notamment dans les zoos) et, plus largement, aux enjeux environnementaux. Le projet PRIMAZOO aura ainsi des implications scientifiques et sociétales, en aidant la communauté des zoos dans ses prises de décisions.

Coordination du projet

Audrey Maille (Eco-Anthropologie)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

EA Eco-Anthropologie

Aide de l'ANR 356 065 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2021 - 48 Mois

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