CE43 - Bioéconomie : chimie, biotechnologie, procédés et approches système, de la biomasse aux usages 2020

Matériaux phononiques bio-sourcés – biophoNonics

Concevoir des dispositifs végétaux pour la microélectronique

Inventer les matériaux phononiques biosourcés.

Inventer les matériaux phononiques biosourcés.

De nombreux animaux manipulent la lumière visible à des fins fonctionnelles, comme les ailes des insectes, constituées de réseaux hexagonaux de nanopiliers coniques offrant un indice de réfraction variable pour le camouflage. De telles structures photoniques peuvent être imitées pour trouver des solutions innovantes pour le contrôle de la lumière dans des nanostructures et des microstructures. En revanche, aucune fonction biologique basée sur les phonons n'a été observée à l'échelle supramoléculaire, ce qui rend les stratégies phononiques bioinspirées inopérantes. Il est nécessaire de faire preuve d’imagination pour inventer ce que nous appelons dans ce projet des matériaux phononiques biosourcés (BPM). Nous avons récemment démontré que des composites biologiques sous forme d'échafaudages de cellules végétales décellularisées peuvent se comporter comme des matériaux phononiques, notamment en empêchant la propagation des ondes élastiques dans certaines gammes de fréquences (bandes interdites). Ces résultats préliminaires suggèrent que le matériel végétal pourrait être modifié et contrôlé en manipulant le phénotype des plantes, mais cette promesse reste à démontrer.

Nos résultats préliminaires démontrent pour la première fois que les BPM peuvent être conçus et contrôlés par la manipulation du phénotype végétal. Dans ce projet, nous avons amélioré la détection des ondes acoustiques de surface en mettant en œuvre des techniques ultrasons-laser permettant de générer des ultrasons à l’aide d’impulsions laser ultracourtes. Cette approche simplifie l'évaluation des BPM sur puce. Grâce aux connaissances acquises en biologie végétale, nous avons affiné notre contrôle des caractéristiques phononiques en modulant la topologie (géométrie, périodicité des parois cellulaires) et les propriétés mécaniques (adhérence, anisotropie) des tissus végétaux. Nous avons simulé tous ces effets à l'aide d'outils numériques, ce qui nous a permis de mieux comprendre le comportement des phonons et les mécanismes biologiques sous-jacents à la propagation inhabituelle des ondes. Nous avons également étudié l’impact de ce type de matériaux sur le métabolisme socio-écologique dans lequel ils pourraient être incorporés, en élargissant l’approche aux « matériaux de l’Anthropocène » et en sensibilisant ainsi diverses autres communautés.

En matière d'instrumentation, nous avons mis en œuvre plusieurs méthodes de détection des ondes acoustiques de surface, dont la transient grating (TG), initialement non prévue. Aujourd'hui, cette technique est un outil de référence pour l'étude des phonons dans les plantes et constitue une implémentation unique en France. Nous avons également mis en œuvre la diffusion Brillouin stimulée et nous développons actuellement cette technique et transférons cet outil sur la plateforme ILMtech. La combinaison des technologies TG et Brillouin devrait permettre de nombreux nouveaux projets dans le domaine des microstructures phononiques végétales.

Nous avons développé des modèles par éléments finis et analytiques, des techniques d'analyse d'images et des problèmes inverses permettant d'identifier les caractéristiques phononiques des BPM. Nous avons notamment observé l'influence de l'adhésion sur la formation des gap et l'influence de divers médicaments sur le comportement de ces gaps. De nombreuses applications découleront de ces résultats.

Enfin, nous avons démontré la capacité d'étudier les racines d'Arabidopsis, dans lesquelles nous avons observé une symétrie radiale des propriétés mécaniques à l'échelle cellulaire. Par étirement mécanique, nous étudions actuellement la possibilité de contrôler les caractéristiques phononiques de ces échantillons.

Sur le plan de la réflexion philosophique, les résultats se sont avérés significatifs tant sur le plan méthodologique (comment étudier un objet qui n'existe pas encore pleinement et décrire les interactions entre les disciplines qui l'entourent) que sur le plan conceptuel (avec les concepts de « bio-détournement » et de « détournement matériel »). Nous avons également élargi la réflexion à la question du métabolisme des matériaux entre nature et société à l'ère de l'Anthropocène. Ceci nous a permis de rassembler une petite communauté internationale et interdisciplinaire, d'initier de nouvelles collaborations et de sensibiliser un large éventail de communautés et de cultures.

Le projet a été ralenti par l'impact durable de la COVID-19 sur l'organisation de la recherche, par une réorganisation structurelle au sein de l'ILM qui nous a privés d'environnement opérationnel (déménagement, perte de régulation thermique) pendant une longue période, et par la démission de chercheurs non permanents engagés sur ce projet suite à leur recrutement comme chercheurs permanents dans d'autres laboratoires. De ce fait, les ressources humaines ont été fragmentées et non adaptées à la durée prolongée du projet. Cette situation a affecté tous les aspects du projet. Malgré ces difficultés, nous avons obtenu des résultats importants qui font progresser la recherche dans le domaine des BPM.

Nous évaluons actuellement l'impact de l'étirement sur la mécanique cellulaire et ses conséquences sur les propriétés phononiques. Pour cette recherche, nous avons obtenu des financements supplémentaires pour une bourse doctorale (bourse ministérielle) et du matériel (MITI, large spectre du son). Le projet ANR nous a également permis d'établir de nouveaux partenariats en biologie végétale sur ces thématiques.

Concernant le contrôle des paramètres phononiques, nous avons identifié l'importance de l'adhésion. Bien que ce facteur nous ait initialement freinés, car il nous a fallu du temps pour en saisir pleinement l'influence, il constitue aujourd'hui le paramètre principal de notre stratégie de conception de matériaux phononiques biosourcés. Nous étudions actuellement la possibilité de moduler l'adhérence afin de concevoir des guides d'ondes et d'exploiter le repliement de bande. Ce travail s'inscrit dans le cadre d'un projet ANR de suivi.

La préparation de l'ouvrage est en cours, donnant lieu à des échanges franco-allemands fructueux avec le pôle d'excellence « Matters of Activity » de l'Université Humboldt de Berlin, en vue de futures collaborations. Le lancement de la collection « Materials, Technology & Society Nexus » chez Word Scientific débouchera sur la publication, dans les prochaines années, d'un ouvrage sur « les matériaux et le temps » et d'un autre sur « les matériaux et l'intelligence ».

Au cours du projet, nous avons publié deux articles traitant de l'adhésion d’épidermes végétaux pour l’ingénierie de métasurfaces. D'autres publications exploitant l'anisotropie et la périodicité sont en cours de rédaction. Nous avons également organisé une conférence sur la bioconception et la bioéconomie des « matériaux à l'ère de l'Anthropocène », qui a réuni les principaux acteurs du domaine en physique, philosophie et économie. Un ouvrage collectif est en cours de rédaction sur ce sujet.

Résumé de soumission

Une stratégie rationnelle pour développer la bioéconomie consiste à remplacer les matériaux inorganiques par des matériaux biosourcés, biodégradables et recyclables. Dans ce contexte, le domaine des composites biologiques est en pleine expansion, avec des applications en photonique, en robotique molle et en augmentation humaine, mais n'a pas encore rencontré la phononique. Dans ce projet, nous voulons développer des matériaux phononiques à partir de structures végétales décellularisées. Nous ajusterons les caractéristiques phononiques avec le phénotype des plantes grâce à des outils génétiques et mécaniques. Cette approche devrait fournir une voie de fabrication plausible et évolutive pour les futurs matériaux phononiques. Les applications envisagées incluent les dispositifs d’imagerie intégrés au corps humain, la médecine régénérative assistée par ultrason, ou les technologies de communication.

Coordination du projet

Thomas DEHOUX (INSTITUT LUMIERE MATIERE)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

IRPhiL EA 4187 - INSTITUT DE RECHERCHES PHILOSOPHIQUES DE LYON
ILM INSTITUT LUMIERE MATIERE
LAUM LABORATOIRE D'ACOUSTIQUE DE L'UNIVERSITE DU MANS
RDP - CNRS REPRODUCTION ET DEVELOPPEMENT DES PLANTES

Aide de l'ANR 502 178 euros
Début et durée du projet scientifique : - 36 Mois

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