CE36 - Santé publique 2019

Influence de l'alimentation infantile sur la croissance et le développement de l'enfant – InfaDiet

Liens entre l'alimentation infantile et la santé et le développement de l'enfant

Explorer des hypothèses nutritionnelles et comportementales

Objectifs

Les recommandations actuelles en matière d’alimentation infantile préconisent un allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois de vie, ou au moins pendant les 4 premiers mois. De plus, la plupart des sociétés savantes internationales et nationales recommandent de débuter la diversification alimentaire autour de l’âge de 6 mois. Nénamoins, plusieurs études ont montré des niveaux élevés de non-conformité à ces recommandations, notamment en France. Les nourrissons nourris avec des préparations infantiles sont souvent considérés comme un groupe homogène lorsqu’ils sont comparés aux enfants allaités. Cependant, une grande variété de préparations infantiles est disponible sur le marché, notamment en France, et la santé ainsi que le développement de l’enfant pourraient être influencés par leur composition nutritionnelle : teneur en protéines, niveau d’hydrolyse des protéines, enrichissement en acides gras polyinsaturés à longue chaîne (AGPI-LC), en probiotiques ou en prébiotiques (ou les deux). Ainsi, l’hétérogénéité des résultats de la littérature concernant les bénéfices de l’allaitement sur la santé de l’enfant (obésité, allergies, etc.) pourrait être partiellement expliquée par des variations interindividuelles dans la composition du lait maternel (liées à des facteurs génétiques ou environnementaux), mais aussi par une hétérogénéité de l’alimentation des nourrissons non allaités, comme la composition des préparations infantiles ou des aliments consommés pendant la diversification alimentaire. En effet, en dehors de la composante lactée, la diversification alimentaire pourrait aussi influencer la croissance et le développement des allergies chez l’enfant. Dans ce contexte, InfaDiet est un projet collaboratif qui visait à étudier l'influence de l’alimentation du nourrisson sur 1) la croissance, 2) les infections et symptômes allergiques et 3) le développement de l’enfant. Notre hypothèse principale était que l’effet bénéfique de l’allaitement sur la santé et le développement de l’enfant s’explique en partie par la composition nutritionnelle du lait maternel, mais également par le fait que l’allaitement est associé à d’autres pratiques relatives à la diversification alimentaire et à la qualité du régime alimentaire durant cette période. De plus, l’évolution récente de la composition des préparations infantiles (enrichissement en AGPI à longue chaîne ou en pré / probiotiques) offrait l’opportunité d’explorer des hypothèses spécifiques, indépendamment des pratiques liées à l’allaitement. Dans ce projet, nous avons étudié l’association de ces différents paramètres (composition du lait et des préparations infantiles, pratiques et alimentation au sevrage et à la diversification) avec le neurodéveloppement et la santé des enfants, définie par la croissance du poids et de la taille, la survenue d'infections et l'incidence de maladies liées aux allergies.

Le projet a été divisé en trois volets. Le premier volet a été consacré à l’analyse de l'influence spécifique des composants essentiels (protéines, lipides) du lait maternel et des préparations infantiles, puis nous nous sommes intéressés aux autres composants, récemment ajoutés dans les préparations infantiles (pré et probiotiques) ou uniquement présents dans le lait maternel (HMO, facteurs immunitaires et inflammatoires). Le dernier volet a permis d’étudier l’alimentation infantile dans sa complexité, au-delà de sa dimension lactée, en tenant compte des interrelations entre toutes les dimensions (allaitement, diversification alimentaire, type d’aliments utilisés pendant la période de diversification alimentaire, notamment aliments issus de l’agriculture biologique).

Le projet reposait sur deux cohortes de naissance françaises : la cohorte régionale EDEN (recrutement en 2003-2006, n = 2002) et l’étude nationale Elfe (recrutement en 2011, n = 18 329). Le recours à ces deux cohortes a permis d’analyser les liens avec la santé à court et à long terme, mais aussi de répliquer les analyses et d’évaluer la reproductibilité des résultats, afin de renforcer le niveau de preuve.

 

Nous avons constaté une diminution de la teneur en protéines des préparations infantiles entre l'étude EDEN (2003-2006) et l'étude ELFE (2011). La mise en commun des données de ces cohortes (Camier, 2021) a permis de confirmer, en conditions réelles, les résultats de l’essai CHOP de 2009.

Les préparations infantiles à base de protéines partiellement hydrolysées (pHF) sont proposées dans un objectif de prévention allergique. Nos résultats (Adjibade et al., 2024) retrouvent, en conditions réelles d'utilisation, que la consommation de préparations infantiles pHF est associée à une probabilité plus élevée de multimorbidité allergique (eczéma, allergies alimentaires, sans asthme).

Avant 2020, l’enrichissement des préparations infantiles en AGPI-LC n’était pas systématique. Dans l’étude ELFE, aucune association n’a été retrouvée entre cet enrichissement avec les scores de développement cognitif, langagier ou moteur jusqu’à 3,5 ans (Martinot, 2022). En revanche, une association inverse a été observée entre cet enrichissement et la fréquence d’infections respiratoires basses (Adjibade, 2022).

Dans l’étude EDEN, environ 25% des enfants consommaient une préparation enrichie en pré ou probiotiques ; ils étaient 56% dans l’étude ELFE. Dans l’étude ELFE, la consommation à 2 mois d’une préparation enrichie en Bifidobacterium lactis était associée à un moindre risque de maladies respiratoires dans la petite enfance (Adjibade et al., 2022). Dans la cohorte EDEN, elle était associée à un risque plus faible d’allergie (Adjibade, 2024). Aucune association nette n’a été retrouvée pour les préparations enrichies en prébiotiques seuls.

Chez les enfants sans allergie à 2 mois, une diversification tardive (>6 mois) était associée à un risque d’allergie alimentaire plus élevé. De même, l’absence d’introduction d’au moins deux allergènes (parmi œuf, poisson, blé, lait) avant 10 mois était associée à un risque accru d’allergie alimentaire. Dans l’étude ELFE, une diversification précoce (<4 mois) était associée à un IMC plus bas dans l’enfance mais n’était pas associé au risque de surpoids (Camier, 2024). Concernant le neurodéveloppement, nous avons montré qu’une introduction tardive des morceaux (au-delà de 10 mois) était associée à des scores plus faibles de développement neurocognitif (Somaraki, 2024).

Dans l’étude nationale ELFE, 51 % des nourrissons n'avaient jamais consommé d'aliments issus de l’agriculture biologique pendant la période de diversification alimentaire (jusqu'à 10 mois), 24 % parfois, 15 % souvent et 9 % toujours ou presque toujours (de Lauzon-Guillain, 2021). La consommation d’aliments bio est plus fréquente chez les enfants allaités longtemps, issus de familles plus diplômées, et s’intègre souvent dans des pratiques alimentaires perçues comme « plus saines » (recours aux aliments faits maison, moindre consommation de boissons sucrées), mais aussi dans les familles avec des antécédents d’allergie (Payet, 2021).

Ces résultats ouvrent d’importantes perspectives pour la recherche, les politiques de santé publique et l’innovation industrielle. À court terme, ils renforcent la pertinence de recommandations telles que l’introduction des allergènes majeurs dès le début de la diversification (entre 4 et 6 mois révolus), et l’exposition précoce à une diversité de textures et d’aliments. À moyen terme, ils pourront nourrir des réflexions sur la reformulation de certaines préparations infantiles. Sur le plan de la recherche, les perspectives incluent l’intégration des données omiques, l’étude de l’influence de cette alimentation précoce sur le microbiote intestinal, un suivi à plus long terme (pré-adolescence, adolescence) et l’analyse de l’effet médiateur ou modérateur de l’alimentation à cette période de la vie sur les liens entre les expositions prénatales (dont l’alimentation maternelle) et la santé et le développement des enfants.

• Camier A, Chabanet C, Davisse-Paturet C, Ksiazek E, Lioret S, Charles MA, Nicklaus S*, de Lauzon-Guillain B* (2020) Characterization of infant feeding practices during the first year of life and associated familial characteristics in the nationwide ELFE birth cohort. Nutrients. 13:E33. doi: 10.3390/nu13010033.
• de Lauzon-Guillain B, Gaudfernau F, Camier A, Davisse-Paturet C, Lioret S, Nicklaus S, Charles MA, Kesse-Guyot E (2021) Characteristics associated with feeding organic foods during complementary feeding: the nationwide ELFE birth cohort. Br J Nutr. doi: 10.1017/S0007114520005097.
• Camier A, Davisse-Paturet C, Scherdel P, Lioret S, Heude B, Charles MA, de Lauzon-Guillain B. Early growth according to protein content of infant formula: results from the EDEN and ELFE birth cohorts. Ped Obes

InfaDiet est un projet collaboratif qui vise à étudier l'influence de l’alimentation du nourrisson sur 1) la croissance de l'enfant, 2) les infections et symptômes allergiques de l'enfant et 3) le développement cognitif. Notre hypothèse principale est que l’effet bénéfique de l’allaitement maternel sur la santé et le développement de l’enfant s’explique en partie par la composition nutritionnelle du lait maternel mais également par le fait que l’allaitement maternel est associé à d’autres pratiques relatives à la diversification alimentaire et à la qualité du régime alimentaire durant cette période. L’évolution récente de la composition des préparations infantiles (enrichissement en AGPI à longue chaîne ou en pré / probiotiques) offre l’opportunité d’explorer certains mécanismes potentiels, indépendamment des pratiques liées à l’allaitement. Par ailleurs, nous proposons d’explorer la composition du lait maternel, avec des méthodes non ciblées à grande échelle, déjà développées, pour mettre en évidence des composants spécifiques liés à la santé et au développement cognitif de l’enfant. Dans ce projet, la santé des enfants sera définie par la croissance du poids et de la taille, la survenue d'infections et l'incidence de maladies liées aux allergies.

Multidisciplinaire, InfaDiet associe des expertises complémentaires (4 partenaires académiques issus de l'épidémiologie, l'immunologie, la pédiatrie, la nutrition et les sciences des aliments).

Le projet est divisé en 5 volets. La première partie sera consacrée à l'influence spécifique des composants essentiels (protéines, lipides) du lait maternel et des préparations infantiles, puis nous nous intéresserons aux autres composants du lait maternel (pré et probiotiques, facteurs immunitaires et inflammatoires), dont certains ont été récemment introduits dans les préparations infantiles. La dernière partie permettra d’étudier l’alimentation infantile dans sa complexité, au-delà de sa dimension lactée, en tenant compte des interrelations entre toutes les dimensions (allaitement, diversification alimentaire, type d’aliments utilisés pendant la période de diversification alimentaire). Une attention particulière sera portée au recours aux aliments issus de l’agriculture biologique. Deux volets additionnels seront dédiés à la coordination du projet et à la dissémination des résultats.

Le projet repose sur deux cohortes de naissance françaises. Ces deux cohortes sont complémentaires, dans la mesure où la cohorte EDEN (recrutement en 2003-2006, n = 2002) est une étude régionale bicentrique qui bénéficie d’un long suivi (jusqu’à 12 ans) et d’une grande banque de données biologiques, alors que l’étude ELFE est une étude nationale, plus récente (recrutement en 2011, données déjà disponibles jusqu'à l'âge de 3,5 ans), plus grande (n = 18 329), bénéficiant d’une banque de données biologiques pour un sous-échantillon. Le recours à ces deux cohortes permettra d’analyser les liens avec la santé à court ou à long terme, mais aussi de répliquer les analyses et d’évaluer la reproductibilité des résultats, afin de renforcer le niveau de preuve.

Ce projet sur l’alimentation infantile aura un impact majeur dans la mesure où les connaissances scientifiques dans ce domaine sont largement insuffisantes par rapport aux fortes attentes sociétales. Le projet est innovant et transdisciplinaire car il prévoit d’aborder pour la première fois l’ensemble des dimensions de l’alimentation des nourrissons, des pratiques d'alimentation au contenu nutritionnel du lait maternel et des préparations infantiles, ainsi que leurs interrelations, en conditions réelles d'utilisation. Il permettra d’apporter des données originales pour améliorer les recommandations nutritionnelles actuelles concernant cette période clé de la vie et d’évaluer pour la 1ère fois le lien entre le recours aux aliments issus de l’agriculture biologique, durant cette période particulièrement sensible de la vie, et la santé de l’enfant.

Coordination du projet

Blandine de Lauzon Guillain (Centre de Recherche Epidémiologiques et Bio Statistiques de Sorbonne Paris Cité)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

CRESS-EAROH Centre de Recherche Epidémiologiques et Bio Statistiques de Sorbonne Paris Cité
CSGA CENTRE DES SCIENCES DU GOUT ET DE L'ALIMENTATION - UMR 6265 - UMR A1324 - uB 80
DevAH DÉVELOPPEMENT, ADAPTATION ET HANDICAP. RÉGULATIONS CARDIO-RESPIRATOIRES ET DE LA MOTRICITÉ
SPI Institut des sciences du vivant FRÉDÉRIC-JOLIOT
CRESS-EREN Centre de Recherche Epidémiologiques et Bio Statistiques de Sorbonne Paris Cité

Aide de l'ANR 583 264 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2019 - 48 Mois

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