CE28 - Cognition, éducation, formation tout au long de la vie 2019

Repenser les tâches d'élicitation du risque – RETRISK

Repenser la mesure des attitudes face au risque

Les tâches utilisées en économie expérimentale pour mesurer les attitudes face au risque des personnes produisent des résultats souvent pas fiables, difficiliment reproductibles, et pas homogènes d'une tâche à l'autre. Pourquoi? Peut-on faire mieux?

Repenser et reconstruire les outils d’élicitation des attitudes face au risque.

Le risque est un des facteurs les plus importants de la prise de décision. Les attitudes face au risque jouent un rôle crucial dans plusieurs domaines, de l’assurance à la finance, de l’éducation aux choix de carrière, du développement aux politiques publiques. Plusieurs études expérimentales ont montré que les outils de mesure de risque existants ne sont pas à la hauteur de la tâche que leur est demandée. Ces outils, en particulier tels qu’ils sont utilisés par les économistes et les psychologues, 1. montrent une corrélation faible avec les préférences pour le risque déclarées par les sujets, 2. introduisent un biais qui est spécifique à chaque outil, et 3. ne sont pas robustes à leur répétition dans le temps. Ce projet présente une tentative ambitieuse et structurée de repenser et reconstruire les outils d’élicitation des attitudes face au risque.

Dans ce projet, nous nous concentrons sur l'erreur de mesure, la perception du risque, et le rôle de l'ignorance des probabilités et des résultats potentiel des actions sur la prise de risque.

En particulier, nous cherchons à déterminer si les corrélations entre les mesures, ainsi qu'entre les mesures et le comportement de terrain — deux facettes différentes de la validité externe — peuvent être substantiellement accrues,

1. en réduisant l'erreur de mesure grâce à l'agrégation des comportements et des préférences déclarées dans le temps (et, pour ces dernières, également entre méthodes);

2. en prenant en compte la perception du risqué de chaque tâche et chaque activité;

3. en manipulant combien d'information les sujets ont sur les choix qu'ils ont à prendre en laboratoire.

 

Pour ce faire, nous exposons les sujets à 4 méthodes différentes d'élicitation du risque (Holt-Laury, BRET, Investment Game et une liste à choix multiples d'aversion aux pertes) ainsi qu'à deux questionnaires de prise de risque largement utilisés (DOSPERT et SOEP) lors d'une session en laboratoire, puis nous suivons le comportement des sujets pendant 14 jours à l'aide d'une méthode de reconstruction journalière (Daily Reconstruction Method, DRM), selon laquelle les sujets tiennent un journal personnel de leurs activités et décisions impliquant des risques sur ces 14 jours. Dans le cadre de la DRM, il est demandé aux sujets de signaler chaque jour s'ils ont été confrontés à des situations risquées et, le cas échéant, quelle a été leur décision ; il leur est en outre demandé d'évaluer le niveau de risque perçu de la situation ainsi que le niveau de risque perçu de la décision prise. Au cours de ces mêmes 14 jours, les sujets répondent aux tâches à 7 reprises (les jours pairs) et aux questionnaires à 7 reprises (les jours impairs).

 

Les données riches que nous recueillons nous permettent d'évaluer la fiabilité test-retest, ainsi que la validité convergente et externe pour chaque sujet dans le temps ; et d'agréger les observations afin de vérifier si le lissage de l'erreur de mesure — que ce soit par de simples moyennes ou par des techniques ORIV — peut expliquer une partie du « casse-tête de l'élicitation du risque » (risk elicitation puzzle), et dans quelle mesure.

1. l'erreur de mesure a un impact mesurable sur la capacité prédictive des tâches d'élicitation, mais même en corrigeant cette erreur, la capacité prédictive globale des tâches reste décevante

 

2. la perception du risque est un médiateur très important des choix, mais sa manipulation et sa prise en compte ne modifient pas de façon significative la validité externe et la capacité prédictive des tâches

 

3. la prise de risque augmente considérablement au fur et à mesure que les personnes obtiennent davantage d'information sur les caractéristiques des situations risquées où elles agissent -- moins d'info se traduisant par un comportement plus prudent. La situation de laboratoire qui corrèle mieux avec les données issues de la vie réelle des participants est celle qu'on peut définir comme ambigüe, où les participants ont une partie des informations, notamment ils connaissent tous les états du monde possibles, mais pas toutes, notamment ils ne connaissent pas toutes les probabilités.

Le risque est un des facteurs les plus importants de la prise de décision. Les attitudes face au risque jouent un rôle crucial dans plusieurs domaines, de l’assurance à la finance, de l’éducation aux choix de carrière, du développement aux politiques publiques.
Plusieurs études expérimentales ont montré que les outils de mesure de risque existants ne sont pas à la hauteur de la tâche que leur est demandée. Ces outils, en particulier tels qu’ils sont utilisés par les économistes et les psychologues, 1. montrent une corrélation faible avec les préférences pour le risque déclarées par les sujets, 2. introduisent un biais qui est spécifique à chaque outil, et 3. ne sont pas robustes à leur répétition dans le temps.
Ce projet présente une tentative ambitieuse et structurée de repenser et reconstruire les outils d’élicitation des attitudes face au risque. Il aborde la question du faible pouvoir prédictif grâce à une méta-analyse et à deux grandes expériences.
La méta-analyse porte sur la validité externe et le pouvoir prédictif des tâches d’élicitation des attitudes face au risque (Risk Elicitation Tasks, RETs). Le but est de documenter de façon exhaustive les problèmes rencontrés par les RETs et de préparer une carte la plus détaillée possible de quels éléments des RETs sont plus à même de générer de la validité externe.
La première expérience portera sut le rôle du bruit dans l’origine de la faible validité prédictive des RETs. Cette expérience sera fortement ancrée à la théorie de l’utilité, et utilisera des choix binaires entre loteries comme méthode de base. L’expérience sera conçue avec le but déclaré de maximiser la validité externe des attitudes face au risque élicitées. Pour définir le protocole expérimental on mobilisera les résultats de la méta-analyse, des simulations, des expériences en ligne et en laboratoire, des techniques de machine learning, avec le but d’identifier l’ensemble de choix de loteries le plus à même de générer de la validité externe en gardant toute sa validité interne. Les estimations des attitudes face au risque obtenues seront corrélées avec un facteur de prise de risque extrait de cinq mesures déclaratives. Cette expérience nous permettra de quantifier le gain (si gain il y aura) obtenu suite à l’optimisation de l’ensemble des choix en tentant en compte le bruit.
La deuxième expérience sera un pas au-delà de la théorie de l’utilité et portera sur l’inclusion de mesures de la perception du risque. La plupart du temps les économistes font l’hypothèse que le degré de risque d’une loterie est une variable objective, mesurable, et partagée entre le chercheur et les sujets. Dans la deuxième expérience on abandonnera cette hypothèse, et on demandera directement aux sujets de déclarer leur perceptions du risque, avant de leur demander de choisir parmi les loteries. Cette expérience permettra de contrôler si le comportement des sujets, une fois nettoyé des effets de la différente perception du risque, sera plus cohérent sur les différents RETs et entre le RET et les mesures déclarées.
Le projet aura plusieurs impacts et génèrera : une connaissance approfondie de l’état de l’art pour ce qui en est de la validité externe des RETs existants (méta-analyse) ; une carte des éléments qu’un RET doit avoir pour obtenir un pouvoir prédictif satisfaisant (première expérience) ; une compréhension plus profonde du rôle de la perception du risque dans les RETs (deuxième expérience).
Le résultats le plus important du projet sera le développement d’un nouvel RET qui soit plus prédictif, robuste au bruit et qui tienne en compte la perception du risque. Cet outil pourrait dans le moyen terme remplacer les RETs utilisés aujourd’hui. La communauté des économistes expérimentaux attends depuis des années un outil avec de telles caractéristiques. De plus, développer un outil de risque robuste, prédictif et fiable aurait des retombées majeures dans tous les secteurs de l’action publique dominés par l’incertitude.

Coordination du projet

Paolo Crosetto (Laboratoire d'Economie Appliquée de Grenoble)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

GAEL Laboratoire d'Economie Appliquée de Grenoble

Aide de l'ANR 135 165 euros
Début et durée du projet scientifique : mai 2020 - 36 Mois

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