CE28 - Cognition, éducation, formation tout au long de la vie

Accès à l'ambiguïté perceptive: mesures comportementales, métacognitives et physiologiques de la perception en situation d'incertitude – AMBISENSE

Résumé de soumission

La perception est un problème mal défini: à chaque instant, l'information disponible aux sens est insuffisante pour spécifier de façon univoque et complète l'état du monde extérieur. La plupart des données que nous percevons sont en effet sous-spécifiées et bruitées, se prêtant à des interprétations rivales. Parmi les cas classiques d'ambiguïté sensorielle, on peut citer les illusions visuelles du cube de Necker, ou encore l'illusion auditive de Shepard. Deux exemples récents ont suscité l'attention du public et des médias, notamment par le fait qu'il s'agit de stimuli "naturels" et non-contrôlés : d'une part la #Robe dans le domaine visuel, une photographie d'une robe perçue tantôt comme noire et bleue, tantôt comme blanche et dorée; d'autre part le stimulus #Laurel-Yanny dans le domaine auditif, l'enregistrement d'un mot donnant lieu à des percepts très distincts selon les participants ("Laurel" selon les uns, "Yanny" selon les autres). Dans l'un et l'autre cas, la plupart des sujets résolvent de façon très rapide l'ambiguïté, sans accéder au caractère proprement ambigu du stimulus.

Si l'étude de la multistabilité perceptive constitue un champ d'exploration classique dans le domaine de la philosophie de la perception et des sciences cognitives, peu d'attention a été accordée jusqu'ici aux processus qui rendent l'ambiguïté perceptive accessible ou inaccessible à la conscience. Les cas mentionnés plus haut constituent des exemples frappants d'inaccessibilité à la conscience : là où la plupart des participants prennent rapidement conscience de l'ambiguïté du cube de Necker, et peuvent modifier leur percept de façon plus ou moins volontaire, l'un des aspects qui explique le succès de la Robe ou de Laurel-Yanny est justement l'incapacité de la plupart des sujets à accéder l'interprétation rivale des autres sujets percevants.

Le but de ce projet est d'examiner la nature et les conditions d'accès à l'ambiguïté du stimulus. Le projet vise à clarifier la contribution de trois facteurs principaux à cet accès : les caractéristiques propres du stimulus; son contexte; et enfin l'expertise des sujets percevants. Notre projet se fonde sur une méthodologie visant à prendre en compte différentes mesures d'accès explicite et implicite à l'ambiguïté : la performance des sujets, les jugements de confiance explicites, et enfin certains corrélats physiologiques de la confiance sur lesquels nous avons collecté des données préliminaires, notamment les temps de réaction et la dilatation de la pupille.

Le projet, de nature interdisciplinaire, a des implications nombreuses pour la compréhension de la multistabilité perceptive, notre hypothèse de travail étant que seuls certains stimuli multistables empêchent l'accès conscient à l'ambiguïté. L'un des aspects que le projet vise à clarifier concerne aussi le débat philosophique qui concerne l'opposition entre le vague et l'ambiguïté. Enfin, le projet comporte un volet de retombées pratiques, puisque nous prédisons qu'il est possible d'entraîner les sujets à mieux détecter les ambiguïtés perceptives, de façon à améliorer leurs performances métacognitives, de même que leurs performances de premier ordre sur des tâches perceptives complexes.

Coordinateur du projet

Monsieur Paul EGRE (Institut Jean-Nicod)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

CES Centre d'économie de la Sorbonne
LSP Laboratoire des Systèmes Perceptifs
IJN Institut Jean-Nicod

Aide de l'ANR 243 842 euros
Début et durée du projet scientifique : janvier 2020 - 42 Mois

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