CE27 - Culture, créations, patrimoine 2019

Etude des processus évolutifs des harpes d'Afrique centrale – Ngombi

Etude des processus évolutifs des harpes d'Afrique centrale

Le projet Ngombi propose d’étudier les processus évolutifs des instruments de musique de populations de tradition orale en se basant sur une démarche interdisciplinaire associant des méthodes des Sciences humaines et des Sciences de la vie.

Processus d'évolution des instrument et impacts des contextes socio-culturels sur la diversité

Il s’agit ici de comprendre les mécanismes spécifiques d’évolution des instruments, mais aussi l’impact des contextes socio-culturels sur ces mécanismes. <br />1) Identifier les variables socio-culturelles qui influencent la diversité des harpes au sein d’un même groupe.<br />Ici, nous aborderons de façon comparative les limites de l’innovation et la variabilité individuelle des harpes dans deux contextes différents : en décrivant des harpes fabriquées dans le cadre traditionnel de commandes effectuées par des musiciens à un facteur de référence, en identifiant son réseau de diffusion et les usages de l'instrument prévues par les commanditaires ; en décrivant des harpes produites dans le cadre expérimental. <br />2) Catégoriser selon des critères descriptifs : étude comparative de la diversité des harpes, de leurs contextes de performance et de leurs environnements socio-culturels.<br />1) décrire la diversité des harpes utilisées dans des contextes de performance semblables et différents ; 2) de reconnaître des spécificités acoustiques et organologiques (formes et matières) liés à des contextes de performance ; 3) d’observer s’il y a transformation des contextes de performance; 4) d’observer si l’urbanisation est un facteur de standardisation, de disparition des contextes de performance et éventuellement celui de l'instrument lui-même. <br />3) Mettre au jour les processus évolutifs des harpes : transferts horizontaux, transmission verticale, convergence. <br />Il s'agit de comprendre les processus de transmission des différents types de caractères en traitant les données avec des méthodes issues de la cladistique en appliquant une méthode interdisciplinaire inédite.

Méthodes en ethnomusicologie et en organologie :
L’organologie développée ici fera appel aux apports de l’ethnomusicologie en permettant d’étudier les objets dans leur contexte socio-culturel de performance. Nous produirons une typologie des paramètres à prendre en compte dans la description des instruments et un inventaire des différentes valeurs de ces paramètres.
Méthode en linguistique :
Nous produirons une cartographie des différents types de terminologie (nom générique, nom symboliques, nom des parties constitutives, nom des matériaux). Il s'agira de produire un lexique comparatif des termes qui expriment les savoirs musicaux dans les familles de langues présentes dans la région.
Méthode en acoustique :
Nous nous attacherons à développer une méthodologie basée sur le développement (1) d’un modèle vibro-acoustique hybride et paramétrable de l’instrument confronté à des résultats expérimentaux, (2) d’un système de mesure portable pouvant être utilisé par des non spécialistes sur le terrain et (3) de descripteurs acoustiques et vibratoires permettant de caractériser et discriminer les instruments.
Méthode en documentation visuelle :
Les sources visuelles seront mises à contribution afin de compléter la connaissance des instruments à la fois dans leurs caractéristiques morphologiques, leur technique de jeu (posture, technique digitale) et leur contexte d’utilisation comme leur symbolisme.
Méthodes d’analyses exploratoires phylogénétiques :
Diverses méthodes d’analyses seront mises en œuvre pour répondre à la spécificité du matériel étudié et aux hypothèses à tester. Les méthodes cladistiques permettront, en recherchant les caractères partagés par les différentes harpes, de proposer une représentation hiérarchique de leurs partages, voire des hypothèses sur leur mode de transformation au cours du temps, de décrire des formes ancestrales possibles et de permettre des mises en relations avec les changements des sociétés utilisatrices.

D’un point de vue scientifique, ce projet apportera une connaissance fondamentale au sujet des processus évolutifs d’un instrument de musique et sur les interactions existant entre les transformations morphologiques d’un instrument, ses caractéristiques acoustiques, son environnement socio-culturel et ses différentes dénominations. Ce projet fournira d’importants apports aux connaissances dans le domaine de l’évolution musicale, mais aussi dans celui des caractéristiques acoustiques d’une famille d’instruments provenant du continent africain. Il contribuera à une meilleure connaissance de la circulation et de l’adoption d’une terminologie au travers de familles et groupes linguistiques différents. Les résultats apporteront une contribution majeure à l’identification précise des facteurs socio-environnementaux qui influent sur l’évolution d’un objet. L’étude de la diversité des harpes au sein d’une même population peut apporter des indicateurs importants sur la vivacité des pratiques culturelles traditionnelles auxquelles elles sont associées. Dans un contexte français encore peu habitué à aborder la problématique de l’évolution culturelle, notre objectif est de montrer qu'un tel travail ne revient pas à établir une hiérarchie entre les populations. Il s’agit de montrer les processus de transformations qui ont été suivis pour créer la diversité actuelle.
Etudier la diversité et les processus évolutifs d’un instrument de musique peut également nous aider à mieux comprendre les relations entre des populations plus ou moins éloignées géographiquement, en particulier sur leurs éventuelles origines ou migrations communes.
Ce projet a par ailleurs une portée méthodologique non négligeable. Il permet de mettre en place une méthode interdisciplinaire qui dépasse les limites de chacune des disciplines pour étudier un objet.

La mise en place d’une méthodologie originale pourra être élargie à d’autres aires géo-culturelles et être adaptée pour l’étude d’autres instruments. En étudiant les modalités de diffusion des harpes et de leurs caractères, nous serons également en mesure d’apporter une contribution à l’histoire du peuplement de l'Afrique centrale. Par comparaison avec les études menées en génétique des populations dans la même région, nous pourrons évaluer dans quelle mesure l’évolution des objets culturels est concomitante de la différenciation des populations. Notre projet concerne également l’aspect patrimoine de l’appel à projet. En regroupant des objets en famille par une optimisation des ressemblances, les informations erronées ou incomplètes sur certains objets des collections muséales pourront être réévaluées. Cette approche nous semble particulièrement pertinente pour des collections comprenant des objets des sociétés de tradition orale collectée depuis le XIXème siècle, voire le XVIIIème siècle, dont on peut déplorer bien souvent la pauvreté de l’information sur les contextes d’usage. Les harpes africaines de par leur histoire et leur développement sont des cas d’étude exemplaires de l’évolution des instruments, mais elles sont malheureusement peu documentées d’un point de vue acoustique. Par ailleurs, une diffusion de l’expertise et de l’ingéniosité des facteurs africains de harpe face à la pénurie des matières premières peut trouver un écho auprès des luthiers européens confrontés, eux aussi, et de plus en plus, à des problématiques semblables, de même que pour le grand public intéressé à concevoir des instruments à partir d’éléments de récupération avec l’avènement de la « lutherie sauvage ». D’un point de vue plus fondamental, l’identification de descripteurs fiables pour des systèmes non-linéaires comme les harpes du Gabon revête un intérêt théorique et méthodologique important qui engendrera des retombés dans bien d’autres domaines qu’en acoustique musicale.

- Réalisation d'un guide illustré de descriptions des harpes;
- Réalisation prévue de trois thèses;
- publications d'articles dans les différents domaines abordées;
-publication d'articles interdisciplinaires;
- réalisation d'un dispositif de mesure de données acoustiques pour le terrain;

Les sociétés humaines partagent la capacité à développer des traits culturels et à les faire évoluer dans des environnements géo-culturels différents qui imposent des contraintes de différents ordres sur les changements culturels. Etant donné la dispersion géographique des sociétés humaines et leur vaste diversité culturelle, ces changements sont variables suivant les populations considérées et la nature des domaines culturels observés.
Les mécanismes qui sont en jeu dans les transformations d’un objet culturel sont encore assez mal connus. S’il est aisément possible de décrire les effets de la diversité et donc les résultats de l’évolution culturelle à un instant donné, les processus mis en place par les sociétés humaines pour se distinguer culturellement les unes des autres sont encore peu étudiés. La musique comme la langue sont deux des domaines culturels partagés par l’ensemble des communautés humaines sur la planète.
Le projet ngombi propose d’étudier les processus évolutifs des instruments de musique de populations de tradition orale en se basant sur une démarche interdisciplinaire associant des méthodes des sciences humaines et des sciences de la vie. Il s’agit ici de comprendre les mécanismes spécifiques d’évolution des instruments, mais aussi l’impact des contextes socio-culturels sur ces mécanismes.
Cette étude, qui se veut exploratoire, concernera plus particulièrement les harpes d’Afrique centrale. Le choix de l’instrument et de la perspective de l’étude sont dus à l’ancrage géo-culturel des recherches des membres de l’équipe porteuse du projet (Centrafrique, Cameroun, Gabon, Congo, Ouganda) et aux orientations de recherche qui y sont développées à savoir la compréhension globale des processus de création, de transformation et de diffusion des éléments des patrimoines musicaux.
Les harpes d’Afrique centrale que l’on rencontre de nos jours, et qui sont présentes sous des formes historiques dans les collections muséales, témoignent de la grande diversité de leurs caractéristiques morphologiques et acoustiques, de leurs répertoires et de leurs appellations. Malgré cette diversité, il est cependant possible de reconnaître certaines ressemblances fondées par exemple sur la forme de la caisse de résonance, la représentation symbolique de l’instrument, les appellations ou la thématique des chants associés. Différents travaux ont montré que ces airs de famille peuvent transcender les caractéristiques identitaires des populations qui les utilisent (ethnonymes, familles linguistiques), mais aussi leur dispersion géographique. Ainsi, une de nos premières hypothèses est que malgré la diversité observée, il est possible de mettre au jour des protoformes (assimilables à des « ancêtres » hypothétiques) sur lesquelles se baserait une catégorisation des harpes par la reconnaissance de traits partagés. Notre objectif est de déterminer si les processus engendrant la diversité des harpes sont concomitantes des transformations de leurs contextes socio-culturels de performance et/ou à des stratégies identitaires de différents niveaux. Il s’agit de vérifier l’hypothèse suivante : les transformations des harpes sont-elles dues à des adaptations à leurs contextes de performance et/ou à une multiplication des marqueurs identitaires (ethniques, linguistiques, techniques, symboliques, etc.) ?
En faisant appel à des objets de collections muséales, mais aussi à des objets étudiés sur le terrain, la nouveauté de notre approche est de ne pas seulement comparer des objets sur les plans organologiques, acoustiques et linguistiques, mais d’introduire également des données anthropologiques qui nous permettrons de prendre en compte les différents facteurs ayant un impact sur la variabilité et la diversité des harpes.

Coordination du projet

Sylvie Le Bomin (MNHN - Eco-Anthropologie)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

MNHN - EA MNHN - Eco-Anthropologie
SU - d'Alembert Institut Jean le rond d'Alembert

Aide de l'ANR 331 587 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2019 - 48 Mois

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