CE03 - Interactions Humains-Environnement

Un projet inter- et transdisciplinaire pour étudier les collaborations dans les sciences de la durabilité – COLLAB2

Les collaborations inter- et transdisciplinaires dans les sciences de la durabilité

Si l'essor des collaborations constitue une tendance actuelle majeure dans les sciences de la vie, la manière dont elles influencent les pratiques de travail des chercheurs et de leurs partenaires reste méconnue. <br />COLLAB² entend offrir une vision à la fois large et approfondie de ces collaborations, à partir d’une étude dans trois dispositifs où elles jouent un rôle majeur : les zones ateliers (ZA), les observatoires hommes-milieux (OHM) et les réserves de biosphère (RB).

Caractériser les collaborations, leurs modalités et leurs effets

Nous appréhendons les collaborations comme des processus sociaux complexes, qu'il importe de saisir dans la durée.<br />Les principaux objectifs du projet sont les suivants : <br />1. caractériser les collaborations inter et transdisciplinaires dans le domaine des sciences de la durabilité : contenu, étapes des projets où la collaboration a lieu, modalités, extension dans l'espace et dans le temps, intensité, résultats, modes de valorisation, ...<br />2. analyser la dynamique des collaborations : comment elles s'établissent et évoluent, ce qui les stimule ou au contraire les entrave, à différents niveaux.<br />3. étudier leurs effets sur les pratiques, les rôles, les identités et les trajectoires des chercheurs et de leurs partenaires, sur les collectifs de recherche, et sur les territoires associés aux structures étudiées (dans quelle mesure contribuent-elles effectivement à améliorer leur durabilité et leur résilience?).<br />Un quatrième objectif transversal est de mener cette recherche et de diffuser ses résultats en étroite association avec les scientifiques de la durabilité et leurs partenaires, afin que ce projet de collaboration soit lui-même hautement collaboratif (d'où l'acronyme COLLAB²).

Notre enquête vise à saisir ce que collaborer signifie concrètement pour les chercheurs et leurs partenaires: en quoi les collaborations transforment les questions et méthodes de recherche, les identités professionnelles (approche pragmatique). Nous cherchons à saisir les collaborations dans leurs dimensions à la fois cognitives, relationnelles et affectives (approche multidimensionnelle), et à leurs différents niveaux : au niveau des individus, des projets et des structures étudiées. Nous adoptons ainsi une approche pragmatique, multidimensionnelle et multi-niveaux des collaborations.
Notre étude des collaborations repose sur une enquête mixte: une enquête quantitative par questionnaire auprès d'un grand nombre de chercheurs et de leurs partenaires impliqués dans les structures étudiées; une enquête qualitative par entretiens auprès de pionniers et de promoteurs des recherches inter- et transdisciplinaires dans les sciences de la durabilité, et par observation ethnographique d'un échantillon de projets collaboratifs dans chacune des trois structures.
Une originalité du projet consiste à avoir constitué une équipe de recherche composée à la fois de chercheurs fortement impliqués dans les structures étudiées (des insiders) et des chercheurs qui leur sont extérieurs (des outsiders), et d'avoir associé à cette équipe, dès la conception du projet, des membres de chacune des structures étudiées. Cette association s'avère à ce stade de la réalisation du projet très fructueuse, en favorisant la connaissance des structures et, surtout, la mise en discussion de la méthode de recherche et de ses résultats intermédiaires, ainsi que la valorisation de ces derniers auprès des communautés concernées.

L'étude quantitative par questionnaire a permis de brosser un tableau des chercheurs et de leurs partenaires impliqués dans des collaborations dans les trois structures étudiées, et d'investiguer leurs motivations à collaborer, leurs perceptions des collaborations, le déroulement et la dynamique de ces dernières, ainsi que leurs résultats et leurs effets. Le traitement statistique des données a mis en évidence des proximités et des différences entre les trois structures en matière de collaborations, et l'existence de liens significatifs entre des attributs des répondants (comme leur statut, leur discipline, ou leur âge) et leurs motivations à collaborer, les difficultés qu'ils peuvent rencontrer, les émotions positives et négatives qu'ils éprouvent à leur égard, etc.
Le matériau collecté dans l'enquête qualitative, et notamment les nombreux entretiens réalisés, nous ont permis de proposer une analyse de la dynamique de la recherche interdisciplinaire finalisée en environnement en France, depuis son émergence dans les années 1960, en mobilisant la théorie des mouvements scientifiques intellectuels.
L'essentiel du matériau collecté est encore en cours d'analyse.

Sur la période à venir, nous prévoyons d’effectuer les travaux suivants:
- Poursuite et finalisation de la collecte du matériau :
o Poursuite du suivi d’un échantillon de projets collaboratifs
o Étude de la dimension internationale des collaborations inter- et transdisciplinaires dans les dispositifs étudiés
o Réalisation d’entretiens complémentaires
- Poursuite de l’atelier bibliographique
- Valorisation
o Finalisation de la proposition méthodologique pour étudier les collaborations inter- et transdisciplinaires dans les sciences de la durabilité
o ZA : Rédaction de deux articles, un sur le choix et la mise en œuvre des méthodes de recherche dans les projets collaboratifs, l’autre sur les modalités concrètes d’adaptation de la gouvernance aux objectifs d’inter- et de transdisciplinarité.
o RB : rédaction de deux articles, un sur l’implication des scientifiques dans la genèse du programme éco-acteur dans les réserves de biosphère françaises et l’autre sur la place des connaissances scientifiques et des chercheurs dans les projets de réintroduction du Lynx
o OHM : Finalisation de la base de données relationnelle ; rédaction d’un article sur la dynamique des collaborations dans les OHM identifiées à partir de la base de données relationnelle

Communications :
Session COLLAB², International Symposium of LabEx DRIIHM, 6th-8th September 2021, Toulouse (Arpin, Sagna, Beurier)
Beurier. 2021. Les Observatoires Hommes-Milieux : un exemple de formation des collectifs scientifiques interdisciplinaires en environnement ? (Beurier et March) (juillet 2021, 9e congrès de l’Association Française de Sociologie)
Beurier. 2020. Les collaborations inter- et transdisciplinaires dans les « sciences de la durabilité » (Séminaire scientifique annuel de l'OHM Vallée du Rhône, Webinaire, France)


Articles soumis :
Hervé, Jacob, Sagna, Cibien. Inventorier les activités scientifiques dans les réserves de biosphère françaises : une chasse au trésor ? (soumis à Natures Sciences Sociétés)
Arpin, Jacob, Beurier, Hervé, Likhacheva. La recherche interdisciplinaire et finalisée en environnement en France : un mouvement scientifique et intellectuel entre dissidence et normalisation (soumis à Revue française de sociologie)

Article de vulgarisation
Arpin. 2021. La recherche scientifique à l’épreuve des « wicked problems » de l’Anthropocène. accepté

Recension d'ouvrage
Beurier. Séverine Louvel, The policies and politics of interdisciplinary research. Nanomedecine in France and in the United States. (recension d’ouvrage, soumis à la revue d’anthropologie des connaissances)

Conférence de vulgarisation
Rendez-vous du MAB #4 « Identifier les activités scientifiques dans les réserve de biosphère françaises : premiers retours de Collab2 »

Si elle n’est assurément pas nouvelle, la collaboration scientifique a récemment connu un essor sans précédent et est devenue un impératif. Cette évolution se vérifie particulièrement dans les sciences de la durabilité, domaine récent en pleine expansion qui s’intéresse aux interactions entre la nature et la société et vise à produire et appliquer des connaissances en appui à la prise de décisions en faveur d’un développement durable. Les chercheurs concernés sont vivement incités à travailler avec des collègues d’autres disciplines et des acteurs extérieurs au monde académique. La façon dont ces collaborations transforment les pratiques de travail et les identités des chercheurs et contribuent à la durabilité des sociétés contemporaines demeure cependant méconnue.
COLLAB² apportera une vision à la fois large et approfondie des collaborations inter- et transdisciplinaires dans les sciences de la durabilité. Le projet poursuivra les objectifs suivants : 1) élaborer une typologie de ces collaborations, fondée sur une étude approfondie de leurs caractéristiques ; 2) décrire et analyser leurs dynamiques et ce qui les favorise ou au contraire les entrave, à différents niveaux ; 3) explorer leurs effets sur les pratiques, les rôles et les trajectoires des chercheurs et de leurs collaborateurs, ainsi que leur capacité à contribuer à des trajectoires de développement plus durable. Un quatrième objectif, transversal, est de conduire cette recherche et de diffuser ses résultats en lien étroit avec des chercheurs en sciences de la durabilité et leurs partenaires, si bien que ce projet sur les collaborations sera lui-même hautement collaboratif (d’où l’acronyme COLLAB²).
COLLAB² analysera toute la gamme des collaborations dans les sciences de la durabilité dans trois environnements institutionnels qui visent à les favoriser : les zones ateliers et les observatoires hommes-milieux du CNRS et les réserves de biosphère. Il fournira une analyse équilibrée des collaborations, à leurs différents niveaux et il appréhendera leurs différentes dimensions (matérielle, cognitive, relationnelle et émotionnelle) sur le long terme.
Un programme de recherche commun sera adopté pour permettre une analyse croisée des données. Il reposera sur une méthode mixte, associant des outils bibliométriques, un questionnaire national administré simultanément dans les trois institutions et une étude ethnographique d’un échantillon diversifié de projets collaboratifs. Il accordera une extrême attention aux perspectives des participants aux collaborations, ce qui est essentiel étant donné l’importance de leurs facteurs humains mais a rarement été fait.
COLLAB² réunira six chercheurs en sciences sociales et en sciences de la vie, dotés d’une forte expérience des collaborations dans les sciences de la durabilité et désireux de les explorer ensemble et avec d’autres partenaires. Un binôme de collaborateurs de chaque institution sera étroitement associé au travail du consortium tout au long du projet. Ce dispositif permettra d’expérimenter un processus de réflexion participative et itérative fondé sur le partage d’expériences et d’idées au-delà du consortium, propice à la production de nouvelles connaissances et à un apprentissage mutuel.

COLLAB² contribuera de manière essentielle au champ scientifique émergent des collaboration studies. Ses résultats seront largement diffusés à des publics diversifiés, dans un langage adapté et au travers d’une vaste gamme de moyens de communication (articles dans des revues scientifiques et techniques ; conférences et séminaires ; présentations aux institutions étudiées ; vidéos ; site internet interactif). Il aidera les chercheurs en sciences de la durabilité et leurs collaborateurs à surmonter leurs difficultés et à constituer une communauté de pratique. Il adressera aux décideurs et ministères compétents des recommandations concrètes pour améliorer les collaborations et élaborer des politiques scientifiques adaptées à l’Anthropocène.

Coordination du projet

Arpin Isabelle (LESSEM)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

CEBC Centre d'études biologiques de Chizé
CREDA DAVID DUMOULIN
ESS Environnement, Santé, Sociétés
GEODE GEOGRAPHIE DE L'ENVIRONNEMENT
CREDA Centre de recherche et de documentation des Amériques - David Dumoulin
LESSEM LESSEM
LPED Laboratoire Population-Environnement-Développement

Aide de l'ANR 466 665 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2019 - 48 Mois

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