CE41 - Inégalités, discriminations, migrations

Russes et Kurdes au Moyen-Orient (fin XIXe-XXIe siècles): Le facteur tribal dans les stratégies impériales – Ruskurd

Russes et Kurdes au Moyen-Orient (fin XIXe-XXIe siècles): Le ''facteur tribal'' dans les stratégies impériales

Alors que la politique russe au Moyen-Orient fait l'objet, au début du XXIe siècle, de discussions nombreuses en lien avec les crises qui secouent cette région, le projet examine dans une perspective historique la relation entre Russie - conçue, au sens large, comme l'espace politique du tsarisme puis de l'Union soviétique - et les Kurdes, comme groupe minoritaire et transfrontalier, à cheval sur l'espace eurasiatique et le Moyen-Orient.

Comprendre la genèse et les particularités de la relation entre Russie et Moyen-Orient

Groupe installé de l'Anatolie à l'Iran, en passant par plusieurs Etats arabes contemporains, les Kurdes sont également représentés par une diaspora dispersée, depuis le XIXe siècle, dans différentes régions de l'Empire tsariste et de l'Union soviétique. Si l'émergence d'une diaspora en Europe occidental au cours du XXe siècle est mieux connue, le projet vise à reconsidérer l'importance de la relation entre l'espace russe et les Kurdes (contribuant de la sorte à une meilleure connaissance des relations entre Russie et Moyen-Orient). Il s'intéresse à la manière dont les Kurdes sont devenus un enjeu politique et militaire, à travers le processus d'expansion territoriale de la Russie au Caucase et les relations croissantes avec l'Empire ottoman et l'Iran. Il étudie également le rôle central de la production de savoirs «kurdologiques« au sein de l'espace russe puis soviétique, avec une légitimité académique aux effets importants sur la structuration d’ »identité(s) kurde(s)« à l'époque contemporaine. Cette production de savoirs est d'autant plus importante qu'elle se réalise à travers différents centres (Saint-Pétersbourg, Moscou, Erevan, Tbilissi, Bakou, notamment) et implique des acteurs divers, illustrant la diversité interne des structures politiques impériales du XIXe et du XXe siècle. Le projet examine enfin la question des circulations kurdes entre Moyen-Orient et monde russe (en l'étendant à l'Europe centrale communiste, pour la période la guerre froide), en soulignant leur rôle de mobilisation et la nécessité de les réintégrer à une histoire globale des exils et migrations kurdes.

Si les archives traduisent, dans leur constitution historique, le point de vue de pouvoirs politiques en constitution et apparaissent dès lors a priori éloignée du destin de groupes minoritaires comme les Kurdes, le projet vise à reconstituer le monde composite, multilingue et transnational des archives susceptibles de reconstituer l'expérience de la relation russo-kurde à travers deux siècles. Tout en explorant les archives officielles, produites notamment par la Russie, l'Union soviétique et plusieurs Etats, du Moyen-Orient ou d'ailleurs, elle vise à dépasser ces archives politiques et militaires, en les replaçant en contexte. Cela passe tout d'abord par l'exploration d'archives issues des confins impériaux, par exemple dans les Etats du Caucase du Sud actuel, en Asie centrale ou même dans certains pays d'Europe centrale très impliqués dans les échanges avec le Moyen-Orient (ex-RDA, Bulgarie). Cela suppose également l'exploration d'archives parapubliques, à l'instar de celles conservées par des institutions de recherche, des universités et académies, à travers l'ensemble de l'espace concerné. Enfin, le projet vise à explorer des archives privées, inconnues et parfois menacées dans leur survie même par les événements survenus depuis les années 1990, en ex-URSS et au Moyen-Orient.

Au cours de l'année 2019, le projet a financé l'organisation de plusieurs missions de terrain (en Russie, Géorgie, Azerbaïdjan, Arménie, Allemagne, Pays-Bas, Iran, Irak) de l'équipe permanente, permettant le repérage et la collecte de sources primaires et archivistiques, ainsi que plusieurs entretiens. Il a organisé plusieurs conférences et événement, notamment deux ateliers tenus à Moscou (en lien avec l'Institut d'orientalisme de l'Académie des sciences de Russie et le Centre d'études franco-russes) et Istanbul (en partenariat avec l'Institut français d'études anatoliennes). Ces événements ont été consacrés à l'analyse des dimensions diplomatiques/militaires de la relation russo-kurde et à l'exploration des réseaux transnationaux kurdes entre Moyen-Orient, Russie et Europe centrale (grâce au travail réalisé par le post-doctorant recruté). Les premiers résultats du projet démontrent la manière dont la perception spécifique des Kurdes par les autorités russes et soviétiques a influé sur les politiques déployées, en interne et vers l'international (utilisation politique de l'ethnographie, rôle du contact avec les élites ‘’tribales’’, etc.). Inversement, l’étude des mobilisations transnationales kurdes au XXe siècle confirme l’influence importante exercée par un monde communiste servant de référence en matière de modernisation politique et culturelle.

En dépit des perturbations sérieuses causées par la crise du COVID-19 (suspension sine die des missions de terrain indispensables au projet, activités liées à la continuité pédagogique, etc.), l'année 2021 verra l'organisation d'un séminaire collectif qui permettra une présentation des premiers résultats du projet et visera à insérer ses apports dans l’historiographie général des relations entre Russie et Moyen-Orient. Elle permettra également d'achever les missions initialement prévues, de publier les résultats des recherches menées et de procéder à la valorisation des archives collectées.

A la mi-2020, le projet a débouché sur la publication de plusieurs articles, en anglais et turc, ainsi que d'un numéro spécial de la revue «Kürt Tarihi« consacré aux relations russo-kurdes (sur la base de l'atelier organisé à l'IFEA en décembre 2019). Il a également permis l'achèvement par le coordinateur de la rédaction d'une «Histoire du Caucase«, publiée à l'automne 2020 et permet au post-doctorant recruté dans le cadre du projet d'achever plusieurs projets de publication. Un project collectif de publication sera présenté au cours de l’année 2021.

Donnée structurante du Moyen-Orient contemporain, la relation qui unit depuis le XIXe siècle Russes et Kurdes reste très mal connue.
Alliances et revirements se succèdent dans une interaction où se croisent stratégies impériales et réalités locales. Au coeur de ce
noeud, le fait tribal kurde et sa persistance, qui suscite fascination autant que méfiance dans les stratégies des puissances. Il donne
lieu à une kurdologie appliquée, fascinée notamment par l’expertise kurde en matière de guerre irrégulière. Echanges intellectuels
et politiques, migrations, trajectoires transnationales font la densité d’une relation qui débouche sur un des canaux les plus intenses
entre le Moyen-Orient et l’Europe de l’Est jusqu’à nos jours. L’ambition de ce projet est de reconstituer les dimensions multiples de
ces rapports qui contribuent, pour le grand public comme pour les cercles experts, à une meilleure compréhension de ces régions
complexes et de leur situation actuelle.

Coordination du projet

Etienne Peyrat (Institut de Recherches Historiques du Septentrion/MESHS)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

IRHis / MESHS Institut de Recherches Historiques du Septentrion/MESHS

Aide de l'ANR 291 924 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2018 - 36 Mois

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