Construction et validation d'un modèle multifactoriel intégrant les variables socio-économiques, cognitives et neurales pour prédire la réussite académique des lycéens dyslexiques – DYSuccess
Persistance, résilience et compensation dans la dyslexie chez l'adolescent et le jeune adulte
Un nouveau regard sur la dyslexie : des difficultés aux stratégies de réussite. Le projet DYSUCCESS a exploré les mécanismes de persistance dans la dyslexie et les trajectoires de résilience et de compensation permettant à certains jeunes de réussir leur scolarité. En croisant les dimensions neurocognitive et socioéconomique, il a produit des outils innovants de dépistage et ouvre la voie à des recommandations pour l'école inclusive, avec des retombées scientifiques, pédagogiques et sociétales.
Comprendre la dyslexie au-delà des difficultés : explorer les forces cachées
La dyslexie développementale touche entre 5 et 10 % de la population et entraîne des difficultés persistantes de lecture et d’écriture, avec des répercussions sur la réussite scolaire, l’insertion professionnelle et le bien-être. Jusqu’ici, la recherche s’est focalisée sur l’enfance, négligeant l'étude des adolescents et des jeunes adultes. Or, certains d'entre eux parviennent à maintenir une compréhension fonctionnelle, voire à réussir brillamment leurs études, malgré des difficultés de lecture persistantes. Comprendre pourquoi certains adolescents et jeunes adultes dyslexiques parviennent à compenser leurs difficultés tandis que d’autres présentent des difficultés importantes est un enjeu scientifique et sociétal majeur. C’est dans ce contexte que le projet DYSUCCESS s’est positionné à l’interface entre sciences cognitives, neurosciences et sciences de l’éducation. Son ambition était de dépasser une approche centrée exclusivement sur les déficits pour intégrer la variabilité interindividuelle, les mécanismes de résilience et les stratégies de compensation. Le projet visait quatre objectifs principaux : - Décrire la persistance et la diversité des profils dyslexiques à l’adolescence et à l’âge adulte, en caractérisant leurs forces et leurs faiblesses. - Identifier les mécanismes de compensation et de résilience, en étudiant comment certaines compétences linguistiques, cognitives, émotionnelles ou psychosociales peuvent être mobilisées pour limiter l’impact des difficultés de lecture. - Explorer les bases cérébrales de la dyslexie et de la compensation, grâce à la neuroimagerie, afin de mieux comprendre les mécanismes neuronaux qui soutiennent ou freinent l’adaptation. - Produire des retombées pratiques, en développant des outils de dépistage adaptés aux adolescents et aux adultes, et en formulant des recommandations pédagogiques et cliniques pour renforcer une éducation inclusive. Au-delà de la documentation des difficultés, le projet a surtout mis en évidence les forces et les ressources mobilisables par certains individus, ouvrant la voie à une prise en charge plus personnalisée. En valorisant les mécanismes de résilience et de compensation, DYSUCCESS contribue à promouvoir une école plus inclusive, à réduire les inégalités d’accès à l’éducation et à l’emploi, et à améliorer la qualité de vie des personnes dyslexiques.
Pour atteindre ces objectifs, DYSUCCESS a combiné plusieurs méthodes complémentaires. Des batteries de dépistage inédites ont été conçues pour évaluer la lecture, l’orthographe, la compréhension et les compétences langagières orales. Des études longitudinales ont suivi des adolescents et de jeunes adultes pour décrire l’évolution de leurs difficultés et stratégies de compensation. Des recherches en neuroimagerie ont permis d’identifier les bases cérébrales de la dyslexie et de sa compensation, en montrant la plasticité du cerveau à l’adolescence et à l’âge adulte. Enfin, des analyses statistiques avancées (modèles multivariés, analyses de réseaux, modélisations) ont permis de caractériser différents profils de lecteurs et de conceptualiser la résilience académique. L’ensemble de ces approches a permis de dépasser une vision centrée uniquement sur le déficit, pour mettre en évidence la diversité des trajectoires et les ressources que peuvent mobiliser les personnes dyslexiques.
Les travaux de DYSUCCESS ont produit des résultats majeurs en montrant notamment que la dyslexie ne disparaît pas à l’adolescence mais prend des formes diverses. Certains jeunes mobilisent des compétences langagières ou cognitives pour compenser leurs difficultés, préservant ainsi leur compréhension.
- Validation d’outils innovants : le projet à produit des batteries de dépistage pour adolescents et jeunes adultes, aujourd’hui diffusées dans la formation des orthophonistes et logopèdes, avec des publications de référence.
- Influence des facteurs socio-économiques : les trajectoires de lecture et de compréhension ne reposent pas uniquement sur des variables cognitives ou cérébrales. Le statut socio-économique, les habitudes de lecture ou l’environnement familial se révèlent déterminants dans le développement de la résilience et de la compensation.
- Identification des mécanismes de compensation : les compétences morpho-sémantiques et sémantiques soutiennent la compréhension en lecture chez les adolescents et adultes dyslexiques, même lorsque la fluidité de lecture reste déficitaire.
- Découverte de marqueurs précoces et persistants : le déficit de segmentation phonologique dès 5 ans constitue un prédicteur robuste de la sévérité de la dyslexie, confirmant sa persistance à l’âge adulte.
- Apports en neuroimagerie : les études IRMf ont montré des réorganisations cérébrales impliquant davantage les réseaux sémantiques et orthographiques dans les profils compensés.
- Formation et diffusion : les résultats sont intégrés dans les formations continues (orthophonie, INSPE, DPC), diffusés via des associations (FFDys, AtoutDys) et valorisés auprès du grand public.
Ces résultats transforment la compréhension de la dyslexie et favorisent une meilleure inclusion scolaire et sociale.
L'ensemble de ces résultats ouvrent la voie à des solutions numériques innovantes et à de futures recherches internationales sur la résilience académique.
DYSUCCESS a ouvert de nouvelles perspectives scientifiques et sociétales :
- Vers une approche plus intégrative : l’accent est désormais mis sur les variables socio-émotionnelles, motivationnelles et environnementales, en complément des dimensions cognitives et cérébrales, avec le développement de nouveaux questionnaires (estime de soi, troubles du comportement, comorbidités TDAH/ODD).
- Développement de protocoles d’intervention innovants et intégration de l’intelligence artificielle : de nouveaux projets ANR et collaborations industrielles (Lalilo®, Glaaster®) visent à concevoir des dispositifs adaptatifs de remédiation personnalisée, permettant d’identifier les prédicteurs de réussite et d’optimiser l’entraînement en lecture et compréhension.
- Ouverture internationale : DYSUCCESS a consolidé un réseau de collaborations internationnales favorisant de futurs projets de recherche (ANR, Européens).
- Formation et transfert : les outils et résultats continueront d’être intégrés dans la formation universitaire et professionnelle, contribuant à former une nouvelle génération de praticiens et de chercheurs.
En plaçant la compensation et la résilience au centre de l’analyse, DYSUCCESS ouvre la voie à une recherche transdisciplinaire au service de l’innovation éducative et de l’inclusion sociale.
Gavard, E., Chanoine, V., Geringswald, F., Anton, J-L., Cavalli, E*., & Ziegler, J. C*. (2025). Neural Networks for Semantic and Syntactic Prediction and Visuo-Motor Statistical Learning in Adult Readers with and without Dyslexia. Neurobiology of Language. 6 nol.a.8. doi: doi.org/10.1162/nol.a.8
Lefèvre, E., Law, J., M., Prado, J., Anders, R., & Cavalli, E. (2025). Reading comprehension resiliency in adolescents with and without dyslexia relates to vocabulary, listening comprehension and socioeconomic status. Learning & Instruction. 96, 102081. doi.org/10.1016/j.learninstruc.2025.102081
Brossette, B., Lefèvre, E., Beyersmann, E., Cavalli, E., Grainger, J., & Lété, B. (2024). Phonological decoding and morpho-orthographic decomposition: Complementary routes during learning to read. Journal of Experimental Child Psychology, 242, 105877. Advance online publication. doi.org/10.1016/j.jecp.2024.105877
Cavalli, E., Brèthes, H., Lefèvre, E., El Ahmadi, A., Duncan, L. G., Bianco, M., Melmi, J.-B., Denis-Noël, A., & Colé, P. (2024). Screening for dyslexia in university students: A standardized procedure based on conditional inference trees. Archives of Clinical Neuropsychology, 00, 1-18. doi.org/10.1093/arclin/acad103
Cavalli, E., Chanoine, V., Tan, Y., Anton, J.-L., Giordano, B. L., Pegado, F., & Ziegler, J. C. (2024). Atypical hemispheric re-organization of the reading network in high-functioning adults with dyslexia: Evidence from representational similarity analysis. Imaging Neuroscience, 2, 1-23. doi.org/10.1162/imag_a_00070
Lefèvre, E*., Cavalli, E*., Colé, P., Law, J. M., & Sprenger-Charolles, L. (2023). Reading skills and reading-related skills in dyslexia before (age 5) and after (ages 10–17) diagnosis. Annals of Dyslexia. Advance online publication. doi.org/10.1007/s11881-022-00277-x
Lefèvre, E., Law, J. M., Quémart, P., Anders, R., & Cavalli, E. (2022). What’s morphology got to do with it: Oral reading fluency in adolescents with dyslexia. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition. Advance online publication. doi.org/10.1037/xlm0001163
Brèthes, H., Cavalli, E., Denis-Noël, A., Melmi, J.-B., El Ahmadi, A., Bianco, M., & Colé, P. (2022). Text reading fluency and text reading comprehension do not rely on the same abilities in university students with and without dyslexia. Frontiers in Psychology, 13, 866543. doi.org/10.3389/fpsyg.2022.866543
Selon la dernière enquête PISA 2015, environ 20% des élèves de 15 ans scolarisés en France présentent un niveau de compétence à l'écrit inférieur au niveau requis. Les élèves dyslexiques, en raison de la persistance des déficits en décodage, fluence en lecture et orthographe, sont davantage à risque de ne pas atteindre ce niveau requis. Toutefois, certains dyslexiques parviennent à réussir leurs études à un niveau universitaire. Ce projet de recherche vise à 1) étudier les corrélats socio-démographiques, cognitifs et cérébraux des facteurs de risque et de protection chez le lycéen dyslexique (âgé entre 15-17 ans) (Work-Package 1, WP2, WP3, & WP4); et 2) construire et valider un modèle multifactoriel pour prédire la réussite académique, intégrant des variables socio-démographiques, cognitives et neurales, en classifiant les élèves dyslexiques "bien-compensés", "moins-compensés", et ceux à risque d'échec ou d'abandon scolaire (WP5). L'enjeu majeur de ce projet réside dans le développement de politiques et d'interventions ciblées pour lutter contre l'échec et l'abandon scolaire, tout en considérant certaines variables d'inégalités scolaires. A terme, ce projet pourrait conduire à l'identification précoce d'individus présentant un trouble des apprentissages et à une éducation personnalisée incluant des profils d'apprentissage individuels.
Coordination du projet
Eddy CAVALLI (LABORATOIRE D'ETUDE DES MECANISMES COGNITIFS)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
EMC LABORATOIRE D'ETUDE DES MECANISMES COGNITIFS
Aide de l'ANR 226 008 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2018
- 48 Mois
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