CE27 - Culture, créations, patrimoine 2018

Organisation ecclésiastique et topographie chrétienne du Bas-Danube pendant l’Antiquité tardive (IIIe-VIIIe siècles ap. J.-C.) – DANUBIUS

DANUBIUS

Organisation ecclésiastique et topographie chrétienne du Bas-Danube pendant l’Antiquité tardive (IIIe-VIIIe siècles)

Étudier la christianisation d’une région tardivement romanisée, aux marges de l’Empire et au cœur des migrations dites « barbares »

Le projet DANUBIUS vise à proposer la première synthèse historique et archéologique d’ensemble consacrée, depuis plus d’un siècle, à la christianisation du monde danubien. Compte tenu de l’ampleur du sujet et du cadre d’un projet JCJC, l’enquête s’est concentrée sur le Bas-Danube, région à la fois tardivement intégrée à l’Empire romain, particulièrement exposée aux migrations et aux recompositions politiques, et mieux documentée par les sources littéraires. L’espace étudié correspond aux provinces romaines tardives de Dacia Ripensis, de Moesia Secunda et de Scythia, soit principalement l’est de la Serbie, le nord de la Bulgarie et le sud-est de la Roumanie actuelles. Cette étude constitue la première étape d’un programme plus large consacré à l’ensemble du monde danubien. Le cadre chronologique s’étend du IIIe au VIIIe siècle : des premières attestations du clergé chrétien dans la région jusqu’à la disparition progressive de la hiérarchie épiscopale byzantine et à l’émergence d’un nouvel ordre ecclésiastique.

La démarche repose sur le développement d’un SIG-Atlas articulant trois axes complémentaires. Le premier consiste à constituer une base de données analytique des sources archéologiques et épigraphiques relatives au christianisme dans le Bas-Danube. Le deuxième s’appuie sur la participation aux recherches archéologiques menées dans la forteresse romaine tardive de Zaldapa, à Krushari en Bulgarie, afin d’enrichir le corpus par une étude de cas issue du terrain. Le troisième vise à élaborer une prosopographie chrétienne du Bas-Danube, indispensable à l’étude historique des communautés, des clercs et des institutions ecclésiastiques de la région.

 

L’intégration de ces données dans un système d’information géographique permet de confronter les sources écrites aux vestiges matériels, d’analyser leur répartition spatiale et chronologique et de mettre en évidence les dynamiques de christianisation. Ce croisement des approches historiques, archéologiques, prosopographiques et cartographiques fournit le cadre d’une nouvelle synthèse sur les provinces romaines danubiennes orientales.

DANUBIUS a confirmé son intérêt au sein de la communauté scientifique internationale et a contribué à structurer des coopérations durables avec plusieurs institutions d’Europe centrale et orientale. Le projet a permis le développement d’une plateforme numérique destinée à réunir et exploiter les données historiques, archéologiques, épigraphiques et prosopographiques relatives à la christianisation du Bas-Danube, en partenariat avec Kiwi Software.

 

La mission archéologique internationale à Zaldapa a produit des résultats majeurs pour l’étude de la christianisation régionale, notamment par l’exploration de plusieurs édifices religieux et par une meilleure compréhension de l’organisation urbaine et ecclésiastique du site. Ces travaux ont confirmé le rôle central de la Scythie dans les dynamiques chrétiennes du Bas-Danube.

 

Le projet a également favorisé la création du réseau international HAEMUS, de la collection multilingue Rome and After in Central and Eastern Europe (RomA) chez Brepols, ainsi que de plusieurs publications collectives et ressources cartographiques. Il a ainsi posé les bases d’une nouvelle synthèse historique et archéologique sur la christianisation des provinces danubiennes orientales.

Les perspectives ouvertes par DANUBIUS concernent désormais la pérennisation, l’ouverture et l’enrichissement des outils constitués. La plateforme D(OA)NUBIUS fait l’objet d’une phase finale de consolidation technique, de vérification des données et d’amélioration de l’interface, en vue de sa mise en accès ouvert très prochainement grâce au soutien de la Fondation de l’Université de Lille.

 

Le WebSIG de Zaldapa, développé pour les besoins de la mission archéologique internationale, doit continuer à intégrer les données de fouille, de prospection et d’analyse spatiale, notamment les relevés issus du LiDAR. Il restera un outil de travail partagé à accès restreint pour les membres de la mission.

 

Les collaborations internationales structurées autour de DANUBIUS se poursuivent désormais dans le cadre du réseau HAEMUS, de la collection RomA et de la revue The Chronicles of Haemus. Elles trouvent également un prolongement dans le projet AbriKo, consacré au paysage romain et tardo-romain entre Abritus et Kovachevsko kale. Ces développements permettent d’élargir l’enquête à d’autres espaces danubiens et balkaniques, tout en assurant la continuité scientifique, éditoriale et numérique du projet.

À cette étape du projet, les travaux de DANUBIUS ont déjà donné lieu à plusieurs communications multipartenaires et monopartenaires, dans des colloques nationaux et internationaux. Sept articles sont d'ailleurs parus (1 dans une revue à comité de lecture, 4 dans des ouvrages collectifs, 2 dans des revues de vulgarisation) et plusieurs autres sont sous presse, alors qu'un volume collectif est paru sous le patronage du projet («Archaeology of a World of Changes«, Oxford, 2020) et qu'au moins trois autres sont en préparation. À cela, s'ajoutent un séminaire hebdomadaire, associé à l'UMR 8164-HALMA et intitulé «Constantinople dans l'Antiquité tardive«, qui est organisé autour de thématiques en lien avec le programme de recherche, de même qu’une école d’été annuelle, à destination des étudiantes et étudiants de master et de doctorats, dont la première édition a eu lieu en 2019. De plus, DANUBIUS a été un partenaire officiel du Colloque international «Hieronymus Noster«, tenu à Ljubljana en Slovénie, du 23 au 26 octobre 2019, tout en étant organisateur de la session «Christianity at the Frontiers« du 26th EAA Annual Meeting, qui aurait dû se dérouler à Budapest en Hongrie, du 26 au 30 août 2020, mais qui a été transformé en congrès virtuel. D'autres activités similaires étaient prévues en 2020, y compris un grand colloque international à Lille – A Danubio ad Gothiam –, mais la plupart ont été reportées en 2021, en raison de la situation sanitaire mondiale.

Les provinces danubiennes de l'Empire romain tardif (actuellement, la zone comprise entre la Bavière orientale et la Dobroudja roumaine) ne sont pas bien connues, en raison d'un déficit relatif de sources littéraires en provenance de cette région ou à propos de celle-ci. Pourtant, elle fut régulièrement au centre des plus importants événements politico-militaires et politico-religieux de l'Antiquité tardive, lorsque le destin de l'Empire s'est joué dans le contexte des grandes invasions/migrations. Situées sur un point critique des frontières de l'Empire, ces provinces étaient caractérisées par un important réseau de fortifications, autour duquel s'est organisée la romanisation du territoire. De ce fait, l'essentiel de leurs sièges épiscopaux s'est implanté sur le soi-disant "limes", dans des camps militaires devenus cités. L'épiscopat est, en outre, l'institution romaine qui fut la plus stable et la plus durable dans la région, puisqu'elle est la seule à avoir survécu aux invasions successives. Pour autant, la question de la christianisation n'a plus donné lieu à aucune synthèse complète depuis "Les origines chrétiennes dans les provinces danubiennes de l'Empire romain" de Jacques Zeiller (Paris, 1918). En ce sens, le projet DANUBIUS propose de reconsidérer la question, à la lumière des avancées scientifiques faites depuis près de cent ans, autant en matière d'archéologie que d'histoire, pour la période comprise entre le IIIe siècle, qui vit les premières attestations de l'existence d'un clergé, et le VIIIe siècle, au cours duquel la hiérarchie épiscopale proprement byzantine laissa sa place à un ordre nouveau. Il serait évidemment impossible d'étudier l'ensemble des provinces danubiennes en seulement trois ans. Ce projet - qui constitue la première étape d'un programme recherche sur le long terme - se concentre ainsi sur la dernière section du Danube à avoir été perdue par Constantinople, qui est aussi la partie du fleuve qui est la plus documentée par les sources littéraires, c'est-à-dire le Bas-Danube (provinces romaines tardives de Dacie ripuaire, de Mésie seconde et de Scythie). Pour atteindre les objectifs fixés, il a été décidé de déployer un système d'information géographique (SIG) des sièges épiscopaux et des autres sites chrétiens, structuré autour de trois axes. Le premier axe vise la constitution d'une base de données analytique des sources du christianisme dans le Bas-Danube. Cette base de données, qui rassemblera toutes les traces écrites et matérielles publiées de cette religion, constituera le noyau principal pour le déploiement du SIG, avec pour but d'être utile à la fois aux archéologues, aux historiens et aux épigraphistes. Le deuxième axe est planifié autour de l'exploration archéologique de la forteresse romaine tardive de Zaldapa (Krushari, Bulgarie), via des fouilles conventionnelles, ainsi que des techniques non invasives d'investigation. Les résultats de cette étude de cas sur le terrain, qui a commencé en 2014, viendront compléter la base de données du premier axe. Le troisième axe a été conçu pour offrir la première interprétation historique des sources rassemblées dans la base de données du premier axe, par la compilation de la prosopographie chrétienne du Bas-Danube, tout en offrant le fondement pour l'étude historique de son organisation ecclésiastique ancienne. Deux formats verront le jour: 1- une base de données informatique est prévue pour la période entre le IIIe siècle et l'année 787; 2- une version imprimée, élargie à l'ensemble de la "Dioecesis Thraciarum", découlera de cette base de données et s'arrêtera à l'année 641, en tant que volume de la "Prosopographie chrétienne du Bas-Empire". Tous ces outils nous permettront de nous rapprocher d'une "histoire totale" de la christianisation des provinces danubiennes orientales de l'Empire romain, attendu que l'histoire sera étudiée à la lumière des témoignages archéologiques et que ces dernières vont être analysées au regard des sources écrites.

Coordination du projet

Dominic Moreau (Histoire, Archéologie, Littérature des Mondes Anciens)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

HALMA Histoire, Archéologie, Littérature des Mondes Anciens
Universitet „Prof. d-r Asen Zlatarov“ - Burgas
SU Sofiyski universitet „Sv. Kliment Ohridski“
RIM Silistra Regionalen istoricheski muzey - Silistra
RIM Varna Regionalen istoricheski muzey - Varna
UAIC Universitatea „Alexandru Ioan Cuza” din Iasi
Institutul de Arheologie „Vasile Pârvan” - Bucharest
Instituti i Arkeologjisë
UQAR Université du Québec à Rimouski
Univerza v Ljubljani
University of Leicester
AI Arheološki institut - Belgrade
GWZO Leibniz-Institut für Geschichte und Kultur des östlichen Europa

Aide de l'ANR 181 976 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2018 - 36 Mois

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