CE22 - Mobilité et systèmes urbains durables 2018

Les temps de l'urbanisme durable – UrbaTime

Les temps de l'urbanisme durable

Étudier le temps pour des espaces urbains durables. Cette recherche porte sur la question du temps en urbanisme. Elle repose sur une analyse transversale de différentes conception urbanistiques contemporaines proposant de penser autrement le rapport de l'aménagement au temps. L'objectif est de comprendre la manière dont la question du temps peut être intégrée dans les politiques visant à construire la durabilité des espaces urbains.

Comprendre la manière dont la prise en compte du temps en urbanisme permet d’adapter les espaces urbains aux enjeux du développement durable

L’objectif du programme UrbaTime était de comprendre la manière dont la question du temps est prise en compte dans les pratiques d’urbanisme. Ce programme a été conçu comme le premier jalon d’une démarche visant à élaborer un cadre commun pour appréhender les rôles et impacts du temps sur la durabilité des espaces urbains. L’étude des dynamiques temporelles est, en effet, aujourd’hui essentielle car : (i) Les questions de transition et de durabilité restent peu envisagées sous l’angle du temps, alors même qu’elles sont intrinsèquement temporelles. Celles-ci appellent au changement et à repenser les actions des sociétés dans des temporalités différentes, en particulier au regard des articulations entre passé, présent et futur (Burbage, 2013). Dans un contexte d’incertitudes croissantes et d’accélération sociale généralisée (Rosa, 2005), faire face aux problématiques écologiques et climatiques impose de reconsidérer les paradigmes de croissance et de progrès sur lesquels étaient structurées les sociétés modernes, à repenser les horizons temporels et à se situer autrement dans le temps. Du premier rapport européen sur les villes durables (1994) aux rapports récents de l’ONU-Habitat, les interactions entre court, moyen et long terme restent placées au cœur des principaux objectifs ; (ii) L’affirmation de nouvelles problématiques dans la production et la gestion des espaces urbains va de pair avec la montée en puissance de certaines conceptions proposant un rapport renouvelé au temps, telles que les initiatives dites tactique, temporaire ou transitoire. Fondées sur des temporalités courtes ou reconsidérant les phases traditionnelles des projets urbains, ces expériences, marginales jusqu’au milieu des années 2010, se sont rapidement institutionnalisées pour devenir un outil à part entière de l’action urbaine, tout particulièrement à la suite de la crise sanitaire, sans que la portée de ces actions reste pour autant bien appréhendée. Comment s’articulent la montée de ces conceptions, la question du temps et celle de la durabilité ? Le programme a tenté d’identifier la diversité de ces nouvelles conceptions urbanistiques, de comprendre leur inscription dans la fabrique urbaine, leurs modalités de fonctionnement et les articulations temporelles qu’elles induisent. Trois hypothèses ont été posées : (H1) Le temps constitue un élément clé de la production d’espaces urbains durables : l’objectif du développement durable étant d’inscrire des actions dans l’épaisseur de la durée, une réflexion sur la pérennité des actions, les horizons temporelles et les articulations entre court, moyen et long terme est nécessaire ; (H2) Les conceptions étudiées rendent visibles et actualisaient les mécanismes habituels de l’urbanisme en matière de temps. (H3) Ces conceptions permettent de renforcer la durabilité des espaces urbains. Cette hypothèse a été régulièrement mise en avant par les acteurs opérationnels de l’urbanisme, mais restait à éprouver au niveau scientifique.

Trois entrées ont été mobilisées :

(i) Fabrique des temps du projet : cette entrée s’est centrée sur les jeux d’acteurs, et le renouvellement des pratiques qui s’accompagne de l’émergence de nouveaux champs professionnels. Cette évolution complexifie les temps des opérations d’aménagement urbain.

(ii) Effets spatiaux dans la durée : la manière dont les articulations entre court, moyen et long termes est réalisée a été étudiée au sein de projets spécifiques. Il s’agissait de montrer en quoi les logiques de préfiguration, d’expérimentation, d’intensification et d’essaimage qui orientent ces projets correspondent à la fois à des objectifs d’action, à des catégories de rapports au temps ainsi qu’à des phases de projet.

(iii) Elaboration et circulation des savoirs : la manière dont s’élaborent, circulent et se confrontent des savoirs dans un contexte de globalisation des modèles, références, bonnes pratiques et méthodes en urbanisme est fondamentale, tout comme la saisie des tensions entre solutions génériques et activations locales d’autres solutions et savoirs.

L’analyse s’est fondée sur un travail empirique situé à Bordeaux, Lyon et Montréal (et dans une moindre mesure, à Lille), métropoles structurantes au niveau économique, en croissance démographique, avec des politiques urbaines se voulant innovantes. Des croisements ont été réalisés à échelle locale, nationale et internationale. Une analyse globale des pratiques sur chaque métropole a été menée pour produire un fond institutionnel et spatial commun, pour comprendre le déploiement progressif des actions temporaires sur l’espace au sein de la fabrique urbaine.

Des entretiens semi-directifs ont été conduits auprès d’acteurs de l’urbanisme reconnus au niveau national ou international (15), d’acteurs majeurs des métropoles et des opérations étudiées : élus, techniciens des collectivités, promoteurs, maîtres d’œuvre, associations (91). Des observations ainsi que des visites guidées avec des praticiens ont été entreprises sur les sites des opérations étudiées.

De nombreux documents (guides techniques, brochures de communication, articles de journaux, rapports, compte-rendu de réunions, sites internet…) ont été étudiés, à la fois pour les informations qu’ils contiennent sur les politiques urbaines et les opérations étudiées et pour leur rôle dans la diffusion des connaissances et des pratiques, en particulier en matière de représentations des temps des projets et de transmission de références. Ils ont donné lieu à la création de plusieurs bases de données, recensant les guides d’urbanisme transitoire ou tactique ainsi que l’ensemble des projets temporaires dans les métropoles de Bordeaux, Lyon et Montréal.

Enfin, la présence à des réunions (conférences, journées de présentation et séminaires) traitant d’urbanisme éphémère, transitoire, tactique ont permis d’intégrer des informations mises en avant dans les sphères urbanistiques et politiques, ainsi qu’auprès du grand public.

 

Le programme a retracé, sur trois décennies, l’implantation d’actions, qu’elles soient qualifiées de temporaires, tactiques ou transitoires, dans la fabrique urbaine de plusieurs métropoles. Ce travail met en évidence l’accélération du recours au temporaire, désormais ancré dans plusieurs villes, comme un véritable outil urbanistique, sans forcément être stabilisé. Cet ancrage ne s’est pas réalisé de manière linéaire mais est marqué par des moments d’émergence, d’accélération, de ralentissement et de bifurcations. En particulier, la crise sanitaire qui s’est déclenchée en 2020 a largement amplifié le recours aux actions temporaires pour l’ensemble des terrains étudiés, avec une portée des actions qui a largement dépassé le cadre de cette dernière. La multiplication des projets temporaires confronte différentes logiques et temporalités urbaines. Certains projets proposent des temporalités et visions alternatives qui remettent en question les méthodes traditionnelles, notamment dans une logique expérimentale. D’autres montrent une capacité d’adaptation limitée et remettent peu en question les phasages classiques des opérations d’aménagement.

L’enquête montre une grande diversité de projets temporaires, en termes d’acteurs et d’objectifs mais aussi en termes de rapport au temps, notamment dans leur inscription dans la durée. Le programme a permis d’observer des projets de quelques jours à plusieurs semaines, le plus souvent implantés sur l’espace public mais aussi des conventions temporaires établies pour plusieurs années, majoritairement situées dans des bâtiments en friche. L’inscription de ces actions dans des projets à plus long terme est multiple. Trois grands types de cas ont été distingués : certaines actions peuvent rester isolées mais ces cas demeurent rares ; d’autres actions sont déployées de manière cyclique ; enfin certaines actions temporaires se trouvent intégrées dans des projets urbains à plus long terme. Cette intégration relève cependant de processus eux-mêmes très variables.

Enfin, la circulation des savoirs a fait l’objet d’une analyse centrée sur les acteurs qui la favorisent et sur la caractérisation de leurs pratiques. À travers divers contextes, les institutions publiques, les organisations à but non lucratif et les entreprises privées jouent un rôle clé en adaptant et en transmettant ces pratiques, prenant un rôle de « passeurs-traducteurs ». L’étude a également portée sur les instruments de circulations des savoirs qui se sont multipliés ces dernières années, tout particulièrement les guides sur l’urbanisme temporaire/transitoire à destination de professionnels de la ville. L’analyse montre la manière dont les guides participent d’une conversation visant le développement de l’urbanisme temporaire et son intégration dans les politiques publiques locales.

 

 

Différentes pistes de réflexion ont émergé au fil des recherches menées dans le cadre du programme.

Tout d’abord, deux programmes de recherche ont permis de prolonger les analyses. Afin de traiter de manière approfondie certains projets urbains particulièrement complexes et de se saisir pleinement de la question de l’urbanisme transitoire, une partie de l’équipe s’est engagée dans le programme de recherche TransUrba. L’urbanisme transitoire au service de la transition écologique, économique et sociale des territoires (dir. S. Mallet, 2022-2025) -formulé en réponse à l’appel TEES de l’ADEME. L’urbanisme tactique déployé dans les villes françaises durant la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 a, quant à lui, fait l’objet d’une étude spécifique dans le cadre du programme « MUTaction Mobilité et Urbanisme Tactique en Action » –appel « Résilience Grand Est » (2020-2022, dir. C. Burger).

D’autre recherches ont ensuite été engagées dans le cadre de thèses de doctorat. La thèse de M. Michaux financée en CIFRE par la Ville de Paris, et co-dirigé par S. Mallet et A. Fleury depuis 2024, étudie les liens entre urbanisme transitoire et activités festives évènementielles. L’approfondissement d’analyses menées dans le cadre d’UrbaTime est également poursuivi dans le cadre de la thèse de L. Michaud qui traite des tiers-lieux et de la circulation des savoirs, dirigée par Sandra Mallet et financée par l’URCA. Enfin, le projet de thèse de Y. Kaiava, co-dirigé par A. Fleury et S. Barles, sur la prise en compte des cycles saisonniers dans la production d’espace public fait suite à un mémoire sur la saisonnalité et le temps cyclique et à un stage réalisé pour le programme.

D’autres pistes de recherche s’ouvrent : 1/si la question de la circulation des savoirs sur l’urbanisme temporaire a commencé à être approchée dans le cadre du programme UrbaTime, elle reste à approfondir - un projet a été déposé fin 2024 par S. Mallet dans l’objectif d’étudier la diversité des scènes professionnelles de l’urbanisme temporaire (séminaires, formations, publications professionnelles, etc.) ; 2/les questionnements relatifs au devenir des occupants de sites temporaires restent à approfondir -ceux-ci intègrent souvent des artisans ou encore des commerçants dont l’occupation n’est autorisée que pour une durée déterminée sans que ne soit réfléchie l’articulation avec l’accueil de leurs activités au plus long terme ; 3/l’urbanisme temporaire réinterroge et renouvelle les métiers et pratiques des techniciens en aménagement ainsi que les modalités de participation, notamment en matière de diagnostic et de conduite de projets. Celui-ci a également participé de l’intégration d’acteurs jusqu’ici périphériques - artistes notamment - au domaine de l’aménagement. Cette perspective reste à investir par la recherche.

Le programme UrbaTime a ainsi ouvert différentes pistes de recherche, dont le traitement fait l’objet de recherche pour beaucoup déjà engagées.

 

L’objectif du projet UrbaTime est de comprendre la manière dont la question du temps peut être intégrée dans les politiques visant à construire la durabilité des systèmes urbains. Pour atteindre cet objectif, une analyse transversale de différentes conceptions urbanistiques contemporaines proposant de penser autrement le rapport de l’aménagement au temps sera opérée. Cette étude est essentielle dans le cadre de la construction d’un urbanisme durable car : 1/ l’étude de la ville durable et de l’urbanisme durable est rarement envisagée sous l’angle du temps, alors la notion de durabilité appelle à une réflexion sur le temps ; 2/l’affirmation du développement durable dans la production et la gestion des espaces urbains va de pair avec la montée en puissance de certaines conceptions urbanistiques telles que l’urbanisme temporaire, flexible, tactique, éphémère ou réversible, qui sont fondées sur des temporalités courtes ou reconsidèrent les phases traditionnelles des projets urbains.
La diffusion et le succès de ces conceptions témoignent d’une transformation des rapports au temps des aménageurs, mais qui n’a pas encore été véritablement interrogée par les chercheurs. Le temps reste encore un impensé relatif des recherches urbaines, bien que certains chercheurs aient appelé à l’étudier depuis longtemps, notamment dans ses liens avec le développement durable.
Les chercheurs du projet posent trois hypothèses : (H1) le temps constitue un élément clé de la construction de la ville durable; (H2) les conceptions urbanistiques étudiées renouvellent la pensée sur le temps en urbanisme. Les nouvelles conceptions, temporalisées, mettent en évidence combien le temps s’affirme comme ressource stratégique ; (H3) ces conceptions permettent de renforcer la durabilité des systèmes urbains. Cette hypothèse est régulièrement mise en avant par les acteurs opérationnels de l’urbanisme, mais reste à éprouver au niveau scientifique.
Etudier les dimensions temporelles d’opérations urbanistiques et leurs liens avec l’objectif de construction de systèmes urbains durables nécessite de relever un défi d’ordre méthodologique. Le projet propose un dispositif orignal centré sur les mécanismes de construction des temps par les acteurs ainsi que leurs arbitrages. Il s’articule autour de trois entrées pour l’analyse : (1) l’étude de l’élaboration et circulation des savoirs, (2) l’étude de la fabrique des temps du projet par les jeux d’acteurs, (3) l’étude des effets socio-spatiaux dans la durée. Un important travail empirique sera mis en œuvre, reposant sur trois terrains : Bordeaux, Lyon et Montréal ; et des analyses croisées seront réalisées à plusieurs échelles : locale, nationale et internationale. La méthodologie pour la collecte des données repose sur la mobilisation des acteurs, la collecte et l’analyse de documents, la présence à des réunions.
Le projet fournira des connaissances approfondies sur des conceptions urbanistiques très en vogue mais qui n’ont pas fait l’objet d’une analyse transversale et critique. Il apportera des éclairages sur leur nature, leur diffusion, la circulation des savoirs dont elles font l’objet, en particulier en matière de connaissance des temps urbains et de leur maîtrise. Le projet permettra ensuite une meilleure compréhension des représentations du temps par des acteurs, de la manière dont le temps est mobilisé, ou encore de la fabrique des temps communs du projet. Enfin, la recherche renseignera sur la pérennité des effets socio-spatiaux des conceptions étudiées, en vue d’une meilleure compréhension des articulations possibles dans la durée, notamment entre actions à court terme et conséquences à long terme.
L’un des apports majeurs de la recherche proposée est de répondre aux demandes croissantes d’expertise des politiques publiques concernant les temporalités de la fabrique urbaine et de fournir un référentiel au service de la ville durable.

Coordination du projet

Sandra MALLET (EA 2076 Habiter)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

HABITER EA 2076 Habiter

Aide de l'ANR 224 532 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2018 - 48 Mois

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