CE03 - Interactions homme-environnement

Gouvernance Locale des Forêts : Développement, Environnement et Économie Politique au Népal – GoLFor-DEEPN

Gouvernance Locale des Forêts

Développement, Environnement et Économie Politique au Népal

Enjeux et Objectifs

Le projet GoLFor-DEEPN ambitionne d’évaluer, à l’échelle du Népal, les effets de la décentralisation de la gestion forestière du département des forêts vers le niveau local (1) sur le couvert forestier, (2) sur l’action collective au sein des villages et (3) sur le fonctionnement du système politique local. Après des décennies de déforestation, le couvert forestier s’est légèrement amélioré au cours des 20 dernières années. Aucune étude de grande ampleur n’en analyse précisément les causes. La croissance économique, l’exode rural, la guerre civile, le développement d’énergies alternatives, la plantation d’arbres sur des terres privées sont autant d’autres explications potentielles de cette embellie. <br /> <br />GoLFor-DEEPN veut quantifier la contribution des groupements à la stabilisation du couvert forestier népalais, mettre en avant les mécanismes sous-jacents et discuter les effets distributionnels attendus, tant en ce qui concerne les niveaux de vie dans les villages que les pouvoirs locaux. Il est structuré autour de cinq hypothèses testables: <br /> <br />a) Rendre la gestion des forêts à leurs utilisateurs augmente-t-il le couvert forestier ? <br />b) La création de groupements a-t-elle des effets négatifs sur les zones adjacentes ? Augmente-t-elle la probabilité de l’émergence d’une action collective dans les forêts et villages voisins ? <br />c) Les restrictions d’usage imposées par les groupements d’usagers augmentent-elles l’adoption d’énergies de substitution et de nouvelles technologies parmi les villageois vivant à proximité des zones nouvellement gérées au niveau local ? <br />d) Le type de biens publics fournis est-il fonction des inégalités au sein des groupements et des villages ? <br />e) La gestion locale d’une ressource, dans un système où le comité exécutif est élu, peut-elle être vue comme une forme de proto-démocratie qui aide à sélectionner les dirigeants lors d’élections au niveau supérieur ?

Le projet combine trois approches disciplinaires, à savoir celles de l’économie, de la physique de la télédétection et de la géographie humaine, avec leurs méthodes propres. En sus, GoLFor-DEEPN suscite de nombreuses discussions et des missions communes pour produire un savoir commun, par paire de discipline et en liant les trois approches.
En économie, l’approche est résolument quantitative. Elle se base sur de grands échantillons représentatif au niveau du pays et opère par inférence statistique pour dépeindre les relations entre variables et les effets de causalité. Les hypothèses testées sont alimentées par les données produites par la télédétection et par les réalités de terrain que rencontre les géographes humains.
Au niveau de la télédétection, la méthode se base principalement sur un croisement entre, d’une part, variations intra-annuelles du cycle phénologique pour séparer au mieux les indicateurs de verdure de la strate ligneuse par rapport à la strate herbacée et, d’autre part, variation interannuelle du couvert arboré pour mesurer les effets à court et long terme des groupements d’usagers de la forêt sur les zones qu’ils gèrent et les zones adjacentes.
En ce qui concerne la géographie humaine, l’approche se base sur des interviews semi-structurées avec des usagers, des gestionnaires et des riveraines des forêts gérées par des groupements d’usagers. Ces discussions se base sur un temps d’interaction long et un recoupement des informations acquises entre de nombreux acteurs.
Si les approches disciplinaires sont très différentes, l’organisation de réunions régulières et d’une mission en commun permet de confronter les hypothèses, de définir des approches complémentaires et d’esquisser une méthode de travail qui devrait donner lui à une production scientifique sur base d’une méthodologie commune en construction.

A l’heure actuelle, les résultats enregistrés sont principalement liés à la collecte de données, comme prévu dans la première phase du projet. Une première mission de terrain en novembre 2018 a permis de tester les hypothèses de travail, de les confronter entre disciplines et d’organiser les collectes de données à venir. La première phase de collecte de données s’est déroulée entre janvier et juin 2019. Elle nous a permis de scanner les constitutions et plan de gestion de plus de 3000 groupements d’usagers de la forêt dans 14 districts népalais (sur 75) sélectionnés aléatoirement. Ces données scannées sont actuellement traitées par le biais d’un logiciel de reconnaissance optique de caractère en cours d’adaptation. Les données déjà traitées sont actuellement utilisées pour répondre aux questions (a) et (e) du projet.
En parallèle, l’analyse du lien entre décentralisation de la gestion avance, tant sur l’analyse économique qu’au niveau de la mesure du changement du couvert forestier. Le programme de foresterie communautaire apparaît comme un vecteur d’accroissement du couvert arboré dans les zones d’altitudes où la connexion aux marchés et la valeur du bois est faible. C’est moins le cas dans la plaine où les essences tropicales ont davantage de valeur et où il est plus facile de commercialiser le bois en dehors de la sphère villageoise. Au niveau de la télédétection, nous utilisons les variations intra-annuelles de phénologie pour produire des mesures de « qualité » des zones boisées, en sus des mesures d’étendue. Un choix plus adapté au contexte népalais.
Au niveau de l’analyse qualitative, un premier terrain spécifique a eu lieu dans un district. Des interviews ont été réalisées dans des groupements d’usagers de la forêt en zone péri-urbaine, à proximité de groupements de gestion de l’eau. Ce travail pose les bases de terrains plus longs et enrichit une thèse actuellement en cours sur les groupements communautaires de gestion de l’eau.

Les perspectives du projet sont à priori assez bonnes, pour autant que la crise sanitaire actuelle ait un impact modéré sur la capacité des parties prenantes au projet à aller sur le terrain. Ce dernier point est particulièrement critique pour l’approche qualitative.
Dans les mois à venir, la priorité est de traiter les données scannées sur 3000 groupements d’usagers de la forêt pour lesquels nous disposons des plans opérationnels et des constitutions. Ces informations nous permettront de connaître la liste des membres et de les comparer aux recensement. C’est une étape cruciale pour analyser la question de la participation dans ces groupes et des inégalités d’accès aux ressources. Les plans opérationnels contiennent nombre d’informations sur les ressources forestières, les plans des forêts, ou encore leurs gestionnaires. Ils sont cruciaux dans la dynamique du projet. Au vu de la qualité des données, toutes les hypothèses du projet, à l’exception de la question d) pourront être abordées. La qualité médiocre des comptes collectés forcera quant à elle à utiliser des données secondaires pour aborder la question d) et à y être particulièrement attentif dans la partie géographie humaine du projet.
En télédétection, l’objectif à court terme est de valider les premières mesures qui montrent une augmentation de surface foliaire sur les 20 dernières années et comprendre si c’est lié à un accroissement de la durée de la saison de végétation, de la strate herbacée en forêt ou de la strate ligneuse. Il s’agira donc de choisir les mois optimaux pour maximiser l’écart entre strate herbacée et ligneuse sur base d’un signal de résolution moyenne tel Sentinel 2 pour couvrir l’ensemble du Népal, puis des capteurs avec un historique plus profond pour s’ancrer dans la temporalité du projet.
En géographie humaine, les missions de terrain et la collecte auraient dû débuter en avril 2020 mais devront être reportées à minima à l’automne en fonction de la crise sanitaire et de sa durée.

Pas de brevet

Collecte d'une base de données sur plus de 3000 groupements d'usagers de la forêt, une information dont même le département des forêts népalais qui supervise le programme ne dispose pas de manière centralisée.

Commu

Le projet GoLFor-DEEPN ambitionne d’évaluer, à l’échelle du Népal, les effets de la décentralisation de la gestion forestière du département des forêts vers le niveau local (1) sur le couvert forestier, (2) sur l’action collective au sein des villages et (3) sur le fonctionnement du système politique local. Après des décennies de déforestation, le couvert forestier s’est légèrement amélioré au cours des 20 dernières années. Aucune étude de grande ampleur n’en analyse précisément les causes. La croissance économique, l’exode rural, la guerre civile, le développement d’énergies alternatives, la plantation d’arbres sur des terres privées sont autant d’autres explications potentielles de cette embellie.
GoLFor-DEEPN veut quantifier la contribution des groupements à la stabilisation du couvert forestier népalais, mettre en avant les mécanismes sous-jacents et discuter les effets distributionnels attendus, tant en ce qui concerne les niveaux de vie dans les villages que les pouvoirs locaux. Il est structuré autour de cinq hypothèses testables:
a) Rendre la gestion des forêts à leurs utilisateurs augmente-t-il le couvert forestier ?
b) La création de groupements a-t-elle des effets négatifs sur les zones adjacentes ? Augmente-t-elle la probabilité de l’émergence d’une action collective dans les forêts et villages voisins ?
c) Les restrictions d’usage imposées par les groupements d’usagers augmentent-elles l’adoption d’énergies de substitution et de nouvelles technologies parmi les villageois vivant à proximité des zones nouvellement gérées au niveau local ?
d) Le type de biens publics fournis est-il fonction des inégalités au sein des groupements et des villages ?
e) La gestion locale d’une ressource, dans un système où le comité exécutif est élu, peut-elle être vue comme une forme de proto-démocratie qui aide à sélectionner les dirigeants lors d’élections au niveau supérieur ?
En termes méthodologiques, le projet se base sur des analyses statistiques répondant aux plus hauts standards en économie, sur de l’analyse d’images satellitaires et sur du travail qualitatif dans une dizaine de villages. L’analyse économétrique combinera des données collectées par le projet, des données d’enquêtes, des données administratives et bien évidement des données géo-localisées issues de l’analyse de télédétection. L’approche qualitative sera effectuée en parallèle dans le but d’informer et d’être questionnée par l’analyse économétrique. Elle permettra également d’évaluer avec précision les divergences potentielles entre données administratives, données d’enquête et réalité de terrain.
En lien avec le champ ouvert le champ ouvert par Olson (1965) sur la logique de l’action collective, par Hardin (1968) quant à l’échec de la gestion des ressources naturelles, gestion réhabilitée par les travaux d’Ostrom sur la gouvernance des communs (1990) et remise en doute par Diamond (2005), GoLFor-DEEPN se construit sur les résultats de Kosfeld and Rustagi (2015), Mansuri and Rao (2013), Baland et al. (2010a) et Somanathan et al. (2009). Le projet innove toutefois dans de multiples dimensions. Premièrement, sa méthodologie combine trois approches très différentes, complémentaires et rarement réunies dans un projet cohérent. Deuxièmement, l’analyse qualitative au niveau de villages est mêlée à une analyse statistique de premier plan, représentative au niveau du pays. Le dialogue entre ces deux échelles doit permettre de mieux comprendre ce qui est généralisable à d’autres ressources, au Népal et au-delà. Enfin, le projet arrive avec un timing parfait pour analyser l’effet du fonctionnement des groupements sur les premières élections locales depuis 20 ans, organisées en 2017. Il pourra donc analyser comment la gouvernance locale d’une ressource peut servir de proto-démocratie et influencer le choix de dirigeants locaux, ces derniers devant alors gérer des compétences et une population beaucoup plus large que celle couverte par les groupements où ils sont actifs.

Coordinateur du projet

Monsieur François Libois (ECOLE D´ ECONOMIE DE PARIS)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

EEP ECOLE D´ ECONOMIE DE PARIS

Aide de l'ANR 189 000 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2018 - 42 Mois

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