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Capitalismes agraires en situation de post-conflit. Une perspective comparée – PWACCOP

Capitalismes agraires d'après-guerre: une perspective comparée

Le projet PWACCOP vise à comprendre la production et l’impact des politiques publiques portant sur le foncier rural dans des situations d’après-guerre. Il propose un regard original sur ce type de contextes, qui sont rarement analysés du point de vue de l’économie politique et des enjeux du contrôle de la terre. Il étudie la convergence entre la construction de la paix et les politiques foncières qui participent à des nouvelles formes d’exploitation de la terre et des ressources naturelles.

Objectifs

Ces objectifs seront abordés à partir d’une étude comparative des cas colombien et ivoirien. Nous adopterons une approche qui cherche à articuler diverses échelles d’observation. D’une part, nous produirons une analyse sociologique des politiques publiques et de leur articulation au sein d’un espace international. Cette étude portera sur les idées, les institutions, les instruments et les réseaux qui participent à une convergence entre politiques foncières et politiques de la paix. Combinant des études dans les capitales des deux pays et dans les sièges d’organisations internationales en Europe et aux États-Unis, nous produirons une analyse de la circulation de « prescriptions globales » et de leur « greffe » dans des contextes spécifiques. <br />D’autre part, nous mettrons en œuvre une recherche ethnographique afin d’étudier l’impact de ces politiques publiques dans six localités différentes, trois par pays. Nous étudierons la manière dont l’exclusion des individus de l’accès à la terre peut résulter de la combinaison des politiques publiques et des transformations propres à un nouveau contexte sécuritaire. Nous étudierons également les conséquences de ces dynamiques d’exclusion sur la production de l’autorité publique et sur la définition de diverses formes d’appartenance au corps social.

Ces objectifs seront abordés dans le cadre d'une analyse qualitative comparative de la Colombie et de la Côte d'Ivoire. Une première approche produira une analyse sociologique des politiques publiques et de leurs liens avec l'international. Elle examinera les idées, les institutions, les instruments et les réseaux qui sont en jeu dans la conjonction des politiques foncière et de consolidation de la paix. Cette analyse porte sur les réseaux hybrides dans lesquels s'entremêlent les arènes nationales et internationales, les sphères privée et publique. En combinant la recherche sur le terrain dans les sièges des agences internationales et les institutions basées dans les deux pays, nous produirons une évaluation de la circulation internationale des « prescriptions globales « et de leur transplantation dans des contextes spécifiques.
Une deuxième approche s'appuiera sur des recherches ethnographiques portant sur l'impact des politiques publiques sur le changement social dans six sites différents, trois par pays. Nous analyserons la façon dont l'exclusion des populations rurales de l'accès à la terre peut résulter de la combinaison des politiques publiques et des transformations induites par un nouveau contexte sécuritaire. Nous étudierons également les conséquences de ces dynamiques d'exclusion sur la production de l'autorité publique et sur la définition des différents degrés d'appartenance au corps social.

Nos résultats intermédiaires montrent que la production du capitalisme agraire d'après-guerre se déroule selon trois mécanismes parallèles :
- Une transformation des pratiques des acteurs économiques : L'une des raisons importantes du succès de la gouvernance foncière axée sur le marché est le fait qu'elle correspond à la manière dont les populations adaptent leurs pratiques économiques dans l'après-guerre. Dans ces conjonctures, l'accumulation dépend de moins en moins du pillage violent et repose de plus en plus sur le contrôle des institutions du marché.

- le pouvoir de la gouvernance axée sur le marché est stimulé par sa promotion au moyen de politiques publiques. L'influence du paradigme de la sécurité juridique en est un exemple utile et courant. Cette idée politique puissante, qui implique que la solution aux tensions foncières passe avant tout par la détermination claire des droits d'accès et de propriété, s'est largement répandue dans les politiques de résolution des conflits.

- La transformation des systèmes d'attribution des terres et la mise en œuvre de politiques de sécurité juridique considèrent le marché comme la forme inégalée de régulation sociale. Mais ces politiques sont ancrées dans les représentations du territoire. Les plus grandes parties de la Colombie et de la Côte d'Ivoire sont définies comme des territoires à développer. Des lieux où la fin de la guerre ouvre de nouvelles possibilités pour les affaires. D'autres territoires, plus circonscrits, sont considérés comme ayant besoin d'être stabilisés. Les régions où la régulation par le marché doit être maintenue en attente, en attendant que les conflits s'apaisent. Il s'agit ici de définir l'exception comme un état temporaire, ce qui justifie le contournement de la réglementation axée sur le marché. En tant que telle, la politique est réduite à apporter des réponses à des revendications troublantes. La politique est l'exception, car la suprématie du marché est interprétée comme la règle.

Le projet PWACCOP sera bénéfique pour les communautés universitaires travaillant sur une grande variété de questions. Il existe un intérêt scientifique croissant pour la relation entre la terre et les situations d'après-conflit. Cependant, le lien entre la consolidation de la paix et les politiques de développement, le capitalisme agraire et l'exclusion sociale reste sous-théorisé. Bien qu'un certain nombre d'études de cas soulignent les effets d'exclusion de la paix dans leurs conclusions, elles se concentrent sur une seule échelle (généralement locale) et ne relient pas les transformations sociales aux politiques nationales et internationales. La relation avec les transformations économiques mondiales, telles que l'intérêt croissant pour la terre ou les transformations dans le domaine de la consolidation de la paix, a rarement été analysée. Ce sont là quelques-uns des angles morts que nous allons aborder. En tant que tel, le projet PWACCOP fournira à la communauté scientifique des outils nouveaux et solides pour l'étude de la consolidation de la paix, qui prennent en compte et théorisent les risques inhérents aux politiques de développement rural.

Le projet PWACCOP débouchera sur le dépôt d'une candidature ERC élargissant le champ théorique, méthodologique et géographique de l'étude.

Articles dans des revues à comité de lecture

1. Jacobo Grajales. From war to wealth? capitalist peace and land policies in Côte d’Ivoire. Under evaluation by Review of African Political Economy.
2. Jacobo Grajales. Losing land

Le projet PWACCOP vise à comprendre la production et l’impact des politiques publiques portant sur le foncier rural dans des situations d’après-guerre. Il propose un regard original sur ce type de contextes, qui sont rarement analysés du point de vue de l’économie politique et des enjeux du contrôle de la terre. Il étudie la convergence entre la construction de la paix et les politiques foncières qui participent à des nouvelles formes d’exploitation de la terre et des ressources naturelles, une relation que l’on cherche à théoriser à partir du concept de capitalisme agraire de post-guerre. Celui-ci renvoie à l’importance donnée par les professionnels de l’aide internationale au développement économique, mais aussi à l’intérêt croissant dans la terre par des investisseurs de multiples origines, phénomène qu’illustrent – sans s’y limiter – les acquisitions foncières à grande échelle qualifiées « d’accaparement de terres ». Ainsi, le projet PWACCOP analyse les mécanismes et les effets d’une telle convergence sur les transformations des sociétés agraires et les risques d’exclusion, conflit social et nouvelles violences qui en découlent.

Ces objectifs seront abordés à partir d’une étude comparative des cas colombien et ivoirien. Nous adopterons une approche qui cherche à articuler diverses échelles d’observation. D’une part, nous produirons une analyse sociologique des politiques publiques et de leur articulation au sein d’un espace international. Cette étude portera sur les idées, les institutions, les instruments et les réseaux qui participent à une convergence entre politiques foncières et politiques de la paix. Combinant des études dans les capitales des deux pays et dans les sièges d’organisations internationales en Europe et aux États-Unis, nous produirons une analyse de la circulation de « prescriptions globales » et de leur « greffe » dans des contextes spécifiques.

D’autre part, nous mettrons en œuvre une recherche ethnographique afin d’étudier l’impact de ces politiques publiques dans six localités différentes, trois par pays. Nous étudierons la manière dont l’exclusion des individus de l’accès à la terre peut résulter de la combinaison des politiques publiques et des transformations propres à un nouveau contexte sécuritaire. Nous étudierons également les conséquences de ces dynamiques d’exclusion sur la production de l’autorité publique et sur la définition de diverses formes d’appartenance au corps social.

Le projet sera mis en œuvre sur une période de 48 mois par le coordonnateur, qui est maître de conférences en science politique, avec le soutien d’une équipe de cinq personnes, dont un.e post-doctorant.e recruté.e pour 12 mois. Le programme de travail est basé sur des recherches exploratoires menées grâce à un financement de la FMSH (Paris).

Ainsi, le projet est construit sur la base d’une approche originale qui articule des questions de recherche qui dialoguent rarement. L’économie politique du foncier rural sera analysée en rapport à la production de politiques de maintien et consolidation de la paix et des transformations dans l’intérêt global pour la terre. Nos conclusions seront donc pertinentes pour des chercheurs travaillant dans des multiples champs, des études sur la paix jusqu’à la sociologie rurale, mais aussi pour les spécialistes de l’Amérique latine et de l’Afrique. Nos conclusions seront diffusées à la communauté scientifique, mais également auprès des spécialistes du développement et de l’aide et aux sociétés civiles, ce qui répond à notre croyance dans l’urgence avec laquelle il convient de fournir une meilleure compréhension de la place de la terre dans la construction d’une paix durable.

À plus long terme, l’ambition du projet est de constituer une équipe de recherche autour d’un agenda solide et innovant, qui reliera des institutions et des chercheurs en Europe, en Amérique latine et en Afrique. La poursuite de ce type de recherches correspondrait au périmètre de l’ERC.

Coordinateur du projet

Monsieur Jacobo GRAJALES LOPEZ (UMR 8026 Centre d'Etudes et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

CERAPS UMR 8026 Centre d'Etudes et de Recherches Administratives, Politiques et Sociales

Aide de l'ANR 164 719 euros
Début et durée du projet scientifique : octobre 2017 - 48 Mois

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