Impact du CD95L, dans la dysfonction des lymphocytes T exprimant l’IL-17 au cours du lupus – FASILE
Les maladies inflammatoires chroniques (ID) sont la troisième cause de décès dans les pays développés, après le cancer et les troubles cardiovasculaires, et leur prévalence est en croissance dans les pays occidentaux. Ces maladies constituent un groupe hétérogène de maladies, comprenant, la polyarthrite rhumatoïde (RA), le lupus érythémateux disséminé (SLE), et les troubles inflammatoires intestinaux (IBD). Toutes ces maladies, qui semblent cliniquement différentes, partagent des similitudes comme un fond génétique commun, des voies physiopathologiques communes et donc des traitements similaires. Ces pathologies sont caractérisées par une réponse auto-immune contrôlée par les lymphocytes T CD4+ helper dits folliculaires (Tfh) et les lésions tissulaires impliquent les lymphocytes T helper-17 (Th17).
De manière intéressante, nous avons récemment mis en évidence le rôle crucial du CD95L (FasL) dans la pathogenèse du lupus. CD95L appartient à la famille du TNF. Alors que son récepteur, CD95 (Fas) est exprimé de manière ubiquitaire, le CD95L est principalement détecté à la surface des lymphocytes T et des cellules NK où il joue un rôle important dans l'élimination des cellules infectées et transformées. CD95L est une protéine transmembranaire, mais peut être clivée par des métalloprotéases, libérant un ligand soluble (cleaved CD95L ou cl-CD95L) dont la fonction biologique reste à définir. Nous avons observé que ce cl-CD95L est augmenté chez les patients lupiques et qu’il aggrave l'inflammation en induisant des voies de signalisation non-apoptotiques (NF-?B et PI3K).
CD95 possède une région intracellulaire appelé domaine de mort (DD). Ce domaine DD fixe la protéine adaptatrice FADD qui à son tour agrège les caspases -8 et -10. Le complexe CD95 / FADD / caspase est appelé Death inducing signaling complex (DISC) et est responsable de l’induction du signal apoptotique. En revanche, la fixation de cl-CD95L à CD95 ne forme pas le DISC, mais déclenche la formation d'un complexe non apoptotique appelé Migration-inducing signaling complex (MISC) induisant une réponse calcique (Ca2 +). Nos données récentes montrent que cette réponse Ca2 + est induite par le recrutement de PLC?1 par CD95. En effet, en présence de cl-CD95L, la région juxtamembrane de CD95, appelée calcium-inducing domain (CID), se lie à PLCy1 pour induire la transmigration endothéliale des cellules Th17 dans le lupus (Immunity, 2017). Un peptide chimérique constitué du CID fusionné à un domaine permettant le passage de la bi-couche membranaire (désigné TAT-CID) se fixe à la PLC?1 et empêche son recrutement par CD95. Les injections du TAT-CID dans les souris lupiques atténuent l'accumulation de cellules Th17 dans les organes enflammés et les signes cliniques.
Egalement, cl-CD95L déclenche la transmigration endothéliale des cellules Tfh et ce processus est inhibé par TAT-CID. De plus, le cl-CD95L favorise l'activation des cellules Tfh et, ce faisant, leur aptitude à différencier des cellules B en cellules plasmatiques produisant les Ig. L’ensemble de ces données nous poussent à étudier les mécanismes moléculaires par lesquels le cl-CD95L stimule les cellules Tfh et à déterminer si l'effet thérapeutique du TAT-CID dans les souris lupiques est associé à une action combinée sur les cellules Th17 et Tfh.
Pour ce faire, nous déterminerons i) si le cl-CD95L, qui est augmenté dans le sérum des patients atteints de SLE, l’est aussi dans ceux des patients atteints de RA et de IBD et ii) comment ce ligand favorise la migration / différenciation des cellules Th17 et Tfh. De plus, en utilisant la protein-fragment complementation assay (PCA), un criblage à haut débit sera réalisé iii) pour identifier de nouveaux inhibiteurs de l'interaction CD95 / PLC?1.
En conclusion, ce projet permettra d'étendre nos observations sur le rôle de cl-CD95L dans plusieurs pathologies dépendantes des Th17/Tfh et de traduire ces résultats en molécules thérapeutiques pour les patients ID.
Coordination du projet
Patrick Legembre (Contrôle des réponses immunes B et lymphoproliférations)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
COSS Chemistry Oncogenesis Stress Signaling (COSS)
HCS PHARMA
ImmunoConcEpT UMR 5164 - ImmunoConcEpT
CRIBL Contrôle des réponses immunes B et lymphoproliférations
Aide de l'ANR 460 500 euros
Début et durée du projet scientifique :
septembre 2017
- 36 Mois