Liberalisation du commerce international et dynamique des firmes exportatrices – LICODYN
Libéralisation du commerce international et dynamique des firmes exportatrices
Ce projet développe un modèle théorique expliquant l'entrée, la croissance et la sortie des exportateurs français. Dans ce modèle, les firmes infèrent de leurs premières expériences des informations utiles pour l'entrée sur d'autres marchés. Ce mécanisme permet d'expliquer la dynamique observée des nouveaux exportateurs et implique des effets de la libéralisation du commerce sur les pays tiers.<br /><br /><br />Il réconcilie les comportements observés avec des modèles plus standard du commerce international.
Comprendre la dépendance à l’âge dans la dynamique des nouveaux exportateurs, et ses implications sur les effets tiers dans la politique commerciale
L’objectif du projet LICODYN est de comprendre la dépendance à l’âge dans la dynamique des nouveaux exportateurs, et ses implications sur les effets tiers dans la politique commerciale. Peu de firmes exportent. Les économistes du commerce international expliquent cette observation quasi-universelle par l’existence de coûts fixes substantiels à initier une activité d’exportation. Suivant cette théorie, les exportateurs devraient être plus productifs que les non-exportateurs, parce que le coût d’entrée crée une auto-sélection. Une fois entrées, les valeurs exportées ne devraient pas dépendre de leur âge exportateur, parce que ce coût d’entrée a été payé. Si la première conclusion est généralement conforme aux données, la seconde est souvent contredite par des taux élevés d’entrée et sortie, et une contribution substantielle des entrants à la croissance des exportations agrégées à moyen terme. Ces observations sont difficiles à réconcilier avec la théorie. Le projet vise donc à comprendre les spécificités de la dynamique des jeunes exportateurs au travers d’un modèle et tester les prédictions du modèle sur micro-données sur le commerce extérieur français. Comprendre ces dynamiques individuelles est important en soi, mais a également des implications sur l’évaluation précise de l’impact d’accords de libre-échange, vu l’importance de l’entrée dans la réaction des firmes à ces accords.
Nous développons un modèle théorique d’exportation avec apprentissage. L’incertitude explique la sortie précoce de certaines firmes, malgré l’auto-sélection, mais aussi l’expansion d’autres firmes dans les dimensions pays et produit. Le modèle prédit les différences de taux d’entrée, croissance et sortie par pays-produit selon l’expérience exportatrice générale et dans le pays-produit. Il prédit aussi les retombées d’une baisse de tarif douanier sur les exportations vers des pays-produits tiers.
Nous testons ces prédictions sur des données couvrant l’ensemble des exportateurs français en 1993-2006. Nous apparions des transactions douanières par firme-pays-produit-année aux données d’entreprises issues des liasses fiscales. Nous construisons une base de tarifs douaniers appliqués par pays pour environ 5000 produits.
Nous utilisons des techniques d’économétrie des panels pour estimer l’effet de l’âge exportateur sur la croissance des exportations, l’entrée et la sortie par firme-pays-produit-année. Nous exploitons l’hétérogénéité et l’échelonnement des réductions tarifaires pour identifier l’effet causal sur les exportations vers des pays tiers.
Le modèle théorique prédit que les jeunes exportateurs diffèrent dans leur comportement d’entrée, de croissance et de sortie des marchés d’exportation. Il caractérise comment ces trois indicateurs dépendent de l’âge dans un marché donné, défini comme une paire produit/pays de destination, et de l’expérience d’exportation de la firme en général. Empiriquement, ces différentiels sont statiquement significatifs et substantiels même en contrôlant pour un vaste ensemble de facteurs confondants. Les résultats confirment que l’apprentissage dans un marché donné s’étend en partie sur la dynamique dans d’autres marchés. Cette complémentarité dynamique entre marchés implique que les accords de commerce bilatéraux ont des retombées positives sur des pays tiers et des produits non couverts par l’accord. Ces retombées prédites par le modèle sont confirmées empiriquement lorsqu’on étudie sur micro-données l’impact des baisses de tarifs douaniers suivant l’Uruguay Round du GATT. L’analyse économétrique confirme des retombées significatives sur les pays tiers pour l’entrée et la sortie, mais pas pour la croissance des exportations, conformément au modèle. Dans le futur, il serait intéressant d’étudier si le commerce intra-européen a été affecté par le Brexit, la guerre commerciale entre Etats-Unis et Chine ou encore l’accord de libre-échange entre l’UE et le Japon par des mécanismes similaires.
Des recherches récentes ont fourni des preuves directes de mécanismes d'apprentissage dans les ventes des filiales de sociétés multinationales. Avec nos résultats, cela suggère que l'apprentissage et l'expérimentation expliquent la dynamique de l'internationalisation même des plus grandes entreprises.
À notre avis, cette prévalence de l'expérimentation et de l'apprentissage justifie une perspective macroéconomique. À notre connaissance, un modèle structurel d'équilibre général des exportations ou de l'investissement direct étranger où l'incertitude est corrélée entre les marchés fait actuellement défaut. L'estimation d'un tel modèle présente d'énormes difficultés techniques, car l'utilisation de données très désagrégées (entreprise-produit-pays-année) implique une explosion du nombre de trajectoires à évaluer (nombre d'entreprises x nombre de pays x nombre de produits x nombre d'années ). Cependant, nous pensons que nos résultats en forme réduite encouragent l'investissement dans un tel travail.
Un cadre d'estimation structurelle permettrait bien sûr de quantifier dans quelle mesure l'apprentissage façonne les flux de commerce. Un autre avantage important serait de permettre une estimation ex ante (et pas seulement ex post) des retombées sur pays tiers d'accords de libre-échange projetés (comme un éventuel accord entre l'UE et l'Inde, par exemple).
Une autre voie de recherche potentielle serait d'examiner les retombées des politiques commerciales entre produits, qui découlent également de notre modèle. Cela pourrait être particulièrement intéressant pour comprendre l'interaction entre la politique commerciale des biens et celle des services. Etant donné l'essor tendanciel de la production de services par les firmes industrielles des pays développés, c'est un sujet important pour la politique publique. Ceci pourrait notamment conduire à une réévaluation à la hausse des gains de la libéralisation du commerce des services.
Albornoz, F.; Calvo Pardo, H. F.; Corcos, G.; Ornelas, E. Sequentially exporting products across countries. J. Int. Econ. 2023, 142, 103735.
Money Macro and Finance Annual Conference, University of Cambridge, 2021.
CESifo Global Economy Workshop, Conference, Munich 2020.
Recent Trends in Firm Organization and Trade Dynamics Conference, CEPR-Banca d’Italia Sciences Po, Rome 2019.
FREIT EIIT Conference, Purdue University, 2018.
Cette proposition de recherche vise à mieux comprendre la dynamique des firmes exportatrices et leur implication pour la politique commerciale.
Depuis la fin des années 1990 on a pu observer révélé des taux élevés d’entrée et sortie des marchés étrangers, et une contribution substantielle des entrants à la croissance des exportations agrégées à moyen terme. Ces observations contredisent les modèles de commerce standard tels que Melitz (2003) et extensions. En particulier, l'auto-sélection avec des coûts fixes d’entrée est incompatible avec les taux élevés de sortie des nouveaux exportateurs (Ruhl et Willis, 2017) ou encore avec avec la croissance lente des exportations et l'entrée retardée sur les nouveaux marchés étrangers. L’entrée étant un canal important de réponse des exportations agrégées à la libéralisation commerciale, ne pas expliquer ces dynamiques peut conduire à des estimations biaisées des gains des accords commerciaux.
Les efforts récents pour expliquer la dynamique des exportateurs ont porté sur l'incertitude et l'apprentissage ex ante (Freund et Pierola, 2010; Albornoz et al., 2012; Nguyen, 2012; Arkolakis et al., 2016). Ce programme de recherche s'appuie sur deux traditions intellectuelles. Premièrement, la théorie de l'Organisation industrielle reconnaît l'importance de l'apprentissage pour expliquer la dépendance de la croissance à l'âge et la survie des entreprises sur un marché (Jovanovic, 1982). Deuxièmement, une tradition empirique en gestion identifie la connaissance des marchés étrangers comme un moteur clé des stratégies d'internationalisation (le «modèle Uppsala» de Johanson et Vahlne 1977).
Dans ce projet, nous envisagerons également des mécanismes d'apprentissage pour expliquer la dynamique d'exportation des entreprises. Un point de départ sera notre travail déjà publié dans Journal of International Economics (Albornoz et al., 2012). Dans cet article, nous proposons un modèle d'apprentissage expliquant la croissance, l'entrée et de la sortie des exportateurs et trouvons qu’il est empiriquement confirmé par des microdonnées sur les exportateurs argentins durant la période 2002-2007.
Cette approche sera développée dans plusieurs directions. Un premier objectif sera d'étendre le modèle aux exportateurs multiproduits. Avec le nombre d'exportateurs et le nombre de marchés, l'expansion de la gamme de produits d'une entreprise est un moteur important de la croissance des exportations. Le modèle étendu capturerait l'apprentissage entre produits et entre marchés.
Un deuxième objectif est d'explorer les riches implications de ces mécanismes d'apprentissage pour de la politique commerciale. À notre connaissance, ceux-ci n'ont jamais été étudiés. L'apprentissage implique que la libéralisation du commerce bilatéral affecte les exportations vers les marchés tiers: les pays libéralisateurs peuvent être utilisés comme test pour les exportations futures vers les pays non libéralisateurs. Une implication surprenante est que les entreprises peuvent commencer à exporter dans des pays proches ne libéralisant pas avant d'entrer dans un pays distant qui libéralise. Ces effets tiers de la politique commerciale sont importants pour mesurer correctement les gains découlant d’accords de libre-échange.
Une partie du projet se concentrera sur l’impact de ces effets tiers sur les exportations agrégées. Une autre partie du projet sera d'estimer empiriquement ces effets tiers. Pour cela nous combinerons des données sur les transactions douanières et des données de bilan sur les entreprises françaises avec des données sur les barrières tarifaires pour la période 1993-2010. L'analyse permettra d'exploiter les variations des réductions tarifaires de l’Uruguay Round entre produits, pays et au fil du temps.
Enfin, nous proposerons une revue de littérature sur cette littérature récente traitant de la dynamique des firmes exportatrices. En particulier, nous discuterons des moyens de discriminer entre théories concurrentes.
Coordination du projet
Gregory Corcos (CREST UMR9194)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
CNRS DR IDF SUD CREST UMR9194
CNRS CREST UMR9194
Aide de l'ANR 21 600 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2017
- 24 Mois