DS0802 -

La Mesure des Inégalités Ordinales et Multidimensionnelles – ORDINEQ

La mesure des inégalités ordinales et multidimensionnelles

L'indice de développement humain (HDI) et l'indicateur du vivre mieux (BLI) sont les mesures multidimensionnelles de bien-être les plus connues. <br /> <br />Une faiblesse de l'HDI est l'agrégation arbitraire des composants du bien-être. Le BLI autorise lui l'utilisateur final à choisir les poids qu'il place sur chaque dimension. <br /> <br />Malheureusement, ces approches ne permettent pas de proposer des mesures basées sur des considérations transparentes du bien-être, acceptées unanimement par la société.

Notre objectif est d'investir toutes les dimensions où l'approche standard de la mesure du bien-être échoue, pour proposer de nouvelles mesures cohérentes and utilisables empiriquement.

Nous proposons de construire des mesures de la performance socio-économique et du bien-être qui (i) reconnaissent la nature multidimensionnelle du bien-être, (ii) accordent une attention particulière à la distribution et à l'interaction entre les attributs, et (iii) prennent en compte la mesurabilité des attributs. <br /> <br />Notre projet est structuré autour de 4 tâches spécifiques : <br />T1 : Inégalités dans les états de santé. <br />T2 : Inégalités en performance éducative. <br />T3 : Mobilité intergénérationnelle et inégalité <br />T4 : Mesures multidimensionnelles de performance sociale.

Notre méthodologie de recherche est construite autour des exigences suivantes :
- Proposer un cadre d'analyse cohérent et unifié pour traiter les différents thèmes investis dans ce projet.
- Rendre transparents les jugements de valeur utilisés pour évaluer le bien-être et mesurer la performance sociale.
- Confronter ces jugements de valeur aux perceptions du public.
- Fournir des critères d'évaluation empiriquement implémentable.
- Illustrer la valeur ajoutée de notre approche en utilisant les bases de données disponibles les plus pertinentes.
- Elaborer des tests d'inférence statistique.

L'une des principales questions examinées dans le cadre de ce projet concerne la mesure des inégalités et du bien-être social lorsque les informations disponibles sont des données catégorielles ordonnées (exemple: état de santé autodéclaré allant de «mauvaise santé» à «très bonne santé»).
L'approche d'Allison et Foster (2004, Journal of Health Economics 23, 503-524), reste à ce jour la référence dans le domaine, bien que non exempte de critiques.
Comme principale avancée de ce projet, nous avons proposé de nouveaux outils de mesure, facilement applicables sur données réelles, et dont les fondements axiomatiques sont transparents. Nous considérons qu'il s'agit ici d'une avancée significative, en rupture avec la littérature existante, et utile pour les organismes publics souhaitant évaluer les inégalités et le bien-être sur des dimensions ordinales (comme la santé ou l'éducation).

Ces travaux ont fait à ce jour l'objet de trois articles, dont deux publiés :
- Cowell and Flachaire, Inequality with ordinal data, with F. A. Cowell, Economica, 2017, 334(84), 290-321.
- Gravel, Magdalou and Moyes, Inequality measurement with a continuous and ordinal variable, Social Choice and Welfare, forthcoming.
- Gravel, Magdalou and Moyes, Ranking distributions of an ordinal variable, mimeo.

Les outils élaborés pour évaluer le bien-être à partir d'une variable ordinale sont à présent prêts pour être appliqués empiriquement.
Notre premier objectif est d'appliquer cette approche aux différents domaines que nous avions prévu d'étudier, à savoir la santé et l'éducation.
Notre deuxième objectif est de proposer de nouvelles mesures de protection sociale multidimensionnelles tenant pleinement compte de la manière dont les variables ordinales interagissent dans la détermination du bien-être d'une personne.

- Basili, Casaca, Chateauneuf and Franzini, Multidimensional Pigou-Dalton Transfers and Social Evaluation Functions, Theory & Decision, forthcoming.
- Dufour, Flachaire and Khalaf, Permutation tests for comparing inequality measures, Journal of Busi


On a souvent assimilé par le passé une augmentation du PIB par tête avec une amélioration du bien-être social. Suite aux arguments persuasifs de A.K. Sen (Commodities and Capabilities, North-Holland, Amsterdam, 1985), il est maintenant largement admis par les économistes que le bien-être d'une personne dépend de nombreux attributs en plus du seul revenu. La nécessité d'une approche plus globale du bien-être a été réitérée par la Commission Sen-Fitoussi-Stiglitz, qui a en outre recommandé que la répartition du bien-être et de ses différentes composantes entre les citoyens sont prise en compte dans le calcul du bien-être social. La reconnaissance de la nature multidimensionnelle du bien-être a donné lieu à des approches distinctes, parmi lesquelles la construction d'indicateurs de tableaux de bord et de mesures composites a joué un rôle de premier plan. En se concentrant exclusivement sur chaque dimension du bien-être, l'approche basée sur les indicateurs de tableaux de bord ne permet pas de fournir une vue d'ensemble de la performance de la société. L'indice de développement humain (IDH) des Nations Unies, qui intègre les trois dimensions essentielles du bien-être d'une personne (à savoir, le revenu, la santé et l'éducation), fait suite aux idées de Sen. Plus récemment, l'Indicateur du Vivre Mieux (BLI) de l'OCDE a étendu le champs de l'IDH en introduisant huit dimensions en plus celles utilisées dans le calcul de l'IDH.

Même s'ils représentent des avancées notables dans la mesure de la performance globale de la société et au-delà du bien-être de ses membres, l'IDH et le BLI ne sont pas exempts de défauts. L'IDH et le BLI sont des indices agrégés et, en tant que tels, ils se soucient peu de la distribution au sein de la population des différents attributs qui contribuent au bien-être d'une personne, sans parler de la répartition du bien-être dans la société. En combinant des agrégats - un par attribut - sans prêter attention aux possibles associations entre les différentes dimensions du bien-être, l'IDH et BLI ignorent des déterminants importants du bien-être social comme l'exposition et la vulnérabilité des individus à diverses sortes de risques. Enfin, en transformant arbitrairement pour chaque attribut des données hétérogènes en une distribution de scores, l'IDH et BLI négligent le fait que les données initiales sont de différentes natures, allant d'attributs cardinalement mesurables (comme le revenu) à des variables impliquant des catégories ordonnées (comme l'état de santé).

En empruntant la fiction de l'observateur éthique paternaliste, nous proposons de construire des mesures de la performance socio-économique et du bien-être qui (i) reconnaissent la nature multidimensionnelle du bien-être, (ii) accordent une attention particulière à la distribution et à l'interaction entre les attributs, et (iii) prennent en compte la mesurabilité des attributs. Ces mesures devront permettre de fournir des réponses à des questions intéressant à la fois le décideur et le grand public comme:

Q1.Notre système de santé garantit-il l'égalité d'accès aux soins médicaux quelles que soient les circonstances des individus? Un infléchissement en direction du système de santé britannique est-il susceptible de réduire les inégalités de statuts de santé parmi la population?

Q2. Est-ce que la mauvaise performance en moyenne des étudiants français aux tests PISA va de pair avec de fortes inégalités dans la distribution de ces scores, suggérant par là même que le système éducatif français pourrait être doublement inefficace? Les inégalités en lecture, en mathématiques et en résolution de problèmes sont-elles liées aux caractéristiques socio-économique des parents?

Q3. La redistribution ex-post par le biais d'une taxation progressive des revenus de chaque génération est-elle plus efficace pour réduire les inégalités intergénérationnelles qu'une politique redistributive ex-ante, qui taxerait plus lourdement la transmission de la richesse?

Coordinateur du projet

Monsieur Patrick MOYES (Groupe de Recherche en Economie Théorique et Appliquée)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

AMSE Aix Marseille School of economics
CEE-M Centre d’Economie de l’Environnement de Montpellier
CREM Centre de Recherche en Economie et Management
GREThA Groupe de Recherche en Economie Théorique et Appliquée

Aide de l'ANR 299 786 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2016 - 48 Mois

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