Les sociétés préhispaniques face à leur environnement : variations spatiales et diachroniques du pastoralisme andin (100-1470 apr. J.-C.) – CAMELANDES
Le pastoralisme andin et la mise en place des échanges entre différents niveaux écologiques (concept de verticalité andine) sont à la base de l’émergence des sociétés complexes des Andes Centrales. Cette région présente une mosaïque environnementale unique au monde liée à la diversité climatique et altitudinale. Elle constitue un cadre géographique et temporel remarquable pour documenter les stratégies d’adaptation et les réponses de l’Homme pour lutter, se prémunir et s’adapter aux stress environnementaux (notamment ENSO).
Seuls grands mammifères domestiques sur le continent américain, les lamas et alpagas ont été domestiqués il y a près de 6000 ans et ont connu une intensification de leur élevage à partir de l’Horizon Ancien (1800-200 av. J.-C.) pour occuper une place fondamentale, à la fois économique, sociale et religieuse pour les cultures préhispaniques. Actuellement, leur élevage est restreint à la cordillère des Andes dans des zones situées à plus de 3000 m d’altitude. Ils sont donc totalement absents de la côte péruvienne, une zone écologique très aride, alors que de nombreux vestiges archéologiques, textiles, représentations iconographiques, restes squelettiques attestent de leur présence passée. Quelques éléments (dont la présence de très jeunes individus) suggèrent la permanence des troupeaux sur la côte, mais les modalités d’adaptation à un milieu radicalement différent de leur milieu d’origine et les systèmes de gestion des troupeaux et des territoires sont totalement inconnus.
CAMELANDES cherche à documenter de façon directe et indiscutable l’élevage local à basse altitude des troupeaux par une approche méthodologique intégrée réalisée par des spécialistes en archéologie andine, en archéozoologie, en biogéochimie, en archéobotanique, en paléoparasitologie, en archéoentomologie, des fibres et textiles. Certaines méthodes, comme l’analyse isotopique sériée des restes squelettiques (dents) et l’étude combinée des méso- et ecto-parasites sont totalement nouvelles au Pérou. Le projet permettra de documenter les variations du pastoralisme andin à une échelle régionale (côte nord du Pérou), culturelle (Mochica, Lambayeque et Chimú) et diachronique (100-1470 apr. J.-C.) en s’appuyant sur un corpus archéologique exceptionnel par sa taille, sa diversité et son état de conservation, et sur une approche interdisciplinaire inédite pour l’aire culturelle. Au total, plus de 2800 échantillons provenant de 140 spécimens issus de sept sites archéologiques seront analysées et serviront à identifier : 1) les ressources alimentaires nécessaires au maintien local – saisonnier ou permanent - des animaux, 2) la mobilité des troupeaux - transhumance avec déplacement du cheptel vers les moyennes ou hautes vallées -, 3) l’état sanitaire des troupeaux et l’identification de parasites spécifiques à la côte. Cette diversification et intensification du système de pastoralisme andin devrait également se vérifier par la présence d’enclos proches des sites côtiers.
La mise en évidence de l’origine locale des produits secondaires (viande, os, cuir, poils, etc.) conduira à redéfinir le système des échanges économiques et symboliques entre différentes zones écologiques, à nuancer le modèle de la verticalité andine et l’organisation territoriale des sociétés préhispaniques. CAMELANDES se démarque par l’originalité du sujet traité, l’envergure du corpus de données et la méthodologie totalement innovante pour cette aire culturelle. Le consortium de chercheurs français, anglais et péruviens de différents laboratoires en pointe dans les techniques analytiques spécialisées, l’aide à la formation de jeunes chercheurs en France et au Pérou, une politique de valorisation dans le domaine scientifique et en direction du grand public, permettra une large diffusion des résultats. CAMELANDES est un projet ambitieux et novateur dont la dynamique vise à fédérer un groupe leader en archéologie des Amériques.
Coordination du projet
Nicolas Goepfert (CNRS DR IDF SECTEUR OUEST NORD)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
CNRS CNRS DR IDF SECTEUR OUEST NORD
Aide de l'ANR 263 514 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2015
- 36 Mois