DS0805 - Droit, démocratie, gouvernance et nouveaux référentiels

La vie politique des marchandises Approche qualitative de circulations transnationales – VIPOMAR

VIPOMAR: La vie politique des marchandises

Approche qualitative des circulations transnationales

Contexte et enjeux économiques et sociétaux

Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, l’intensification des échanges à l’échelle mondiale s’est matérialisée par des impacts sociaux très importants aussi bien sur les ordres sociaux que sur les rapports entre des sociétés de plus en plus connectées les unes aux autres. La fin de la guerre froide et la libéralisation économique ont permis l’accélération de la circulation des personnes, des marchandises et des idées. L’importance prise par la circulation de marchandises à grande échelle a révolutionné l’organisation de la production et les formes de consommation tout en questionnant la régulation, prérogative classique de l’Etat-nation. La globalisation produit des effets ambivalents, contradictoires que l’on perçoit à plusieurs échelles. Ces bouleversements peuvent se matérialiser par des formes de déclins économiques accélérés touchant un pays entier, un secteur économique particulier voire un sociale. Ce groupe réagencements entraînent en même temps de nouvelles opportunités d’enrichissement considérable et rapide d’un territoire ou d’un pays et favorisent ainsi des mobilités sociales inattendues. Dans le contexte de la globalisation, la question de la régulation outrepasse les limites étatiques et constitue un enjeu politique déterminant pour comprendre comment s’organisent aujourd’hui ces nouvelles réalités sociales de plus en plus complexes.

Au sein de ce projet, chaque chercheur produira une étude de cas portant sur la trajectoire complexe d’une marchandise, connectant des espaces politiques et économiques lointains, et choisi en fonction de l’importance politique, économique ou symbolique qu’elle assume pour les acteurs et les sociétés mis en relation. Certains étudient la trajectoire globalisée de marchandises dont la production peut s’industrialiser aisément, tandis que d’autres privilégient l’étude de marchandises fortement liées à des pratiques et un savoir-faire social et territorial. Les chercheurs s’appuieront sur des enquêtes qualitatives multi-sites pour observer des pratiques et des stratégies concrètes à différentes échelles. Selon les situations observées, l’objectif consistera à faire émerger de notre approche comparative la variété des effets et des configurations politiques provoquées par la circulation de marchandises à grande échelle.

Les marchandises sont ainsi considérées avant tout comme un biais anthropologique pour comprendre les dynamiques politiques majeures qui se mettent en place. L’hypothèse de départ consiste à considérer que la circulation à grande échelle d’une marchandise ne se réduit pas à sa dimension économique, mais touche directement des dimensions socio-politiques. Derrière une marchandise se construisent des réseaux sociaux, se façonnent des territoires qui s’agencent et se relient à plusieurs échelles tout en traversant des modèles culturels ou des organisations sociales différentes. L’intensification des échanges entraine deux dimensions politiques majeures que le projet VIPOMAR a l’intention d’analyser : premièrement, l’émergence de réseaux transnationaux économiques qui deviennent des forces politiques transnationales bouleversant le rôle précédent dévolu aux élites nationales ; deuxièmement, une des traductions territoriales de ce phénomène est l’émergence d’espaces politiques variés ayant des fonctions précises dans l’organisation des échanges globalisés.

VIPOMAR s’intéresse aux effets de la circulation de certaines marchandises sur les imaginaires et les pratiques politiques. Notre démarche qualitative s’inscrit dans une anthropologie de la globalisation. VIPOMAR se trouve ainsi au croisement de différents travaux convergeant vers l’étude des flux et des routes marchandes, tout en y apportant une réflexion différente axée sur la construction de réseaux transnationaux et sur l’émergence de « lieux politiques » induits par la globalisation. Une hypothèse centrale du projet postule que l’intense circulation des marchandises provoque d’une part l’émergence d’acteurs et de réseaux transnationaux se rapportant à l’Etat de manière différente que les élites classiques généralement associées à l’Etat ; et d’autre part l’apparition d’espace politique inédit comme les global hub. L’étude des modes de régulation des échanges est généralement considérée comme une problématique relevant de la gouvernance globale et des institutions correspondantes. Les échanges marchands à grande échelle sont assurés par des formes de coopération qui lient des territoires et des organisations humaines par des entreprises économiques complexes influençant les décisions de régulation. VIPOMAR souhaite porter une attention particulière à l’étude des relations sociales qui se construisent à travers la circulation de marchandises à grande échelle dans la perspective d’étudier des formes politiques transnationales émergentes.Les études s’appuient sur l’analyse des réseaux transnationaux, mais surtout sur des ethnographies fines des lieux stratégiques de connections où se confrontent élites bureaucratiques et économiques. Au sein de ce projet comparatif, chaque chercheur produit une étude de cas portant sur la trajectoire complexe d’une marchandise, connectant des espaces politiques et économiques lointains, et choisie en fonction de l’importance politique, économique ou symbolique qu’elle occupe pour les acteurs et les sociétés mis en relation.

L’anthropologie du contemporain est au cœur de l’analyse des connections complexes induites par la globalisation. En même temps, les sociétés et les territoires traversées par ses logiques ne disparaissent pas mais se reformulent. La force de VIPOMAR repose sur sa capacité à produire des données empiriques concrètes sur les réseaux transnationaux et des lieux où s’élaborent les grandes logiques économiques et politiques du monde actuel. Une première originalité du projet VIPOMAR est d’étudier simultanément les modes de régulation et les formes de circulation des marchandises, ainsi que d’analyser les effets politiques produits par leur articulation. Une deuxième originalité réside dans son approche résolument empirique qui se différencie aussi bien des approches économiques offrant avant tout des données quantitatives, que de la science politique privilégiant la dimension institutionnelle et normative des échanges globalisés, tout comme d’autres approches en anthropologie, dans lesquelles l’analyse discursive prime sur l’enquête de terrain. Un troisième élément novateur est d’introduire une réflexion par les marchandises, afin d’observer des dynamiques sociales et surtout politiques concrètes qui traversent des territoires de production ou des espaces politiques nationaux. La complexification de la production et l’élargissement des marchés impliquent des formes de déplacement de la régulation. Nous proposons d’étudier les changements qui se produisent dans les modes de gouvernance et dans les systèmes de régulation dans des terrains ouverts aux vents de la globalisation économique, saisis à partir de pratiques concrètes et de trajectoires d’acteurs impliqués dans ces transformations.

La construction intellectuelle de VIPOMAR a débuté par le croisement de différents réseaux de recherche. VIPOMAR se déroule sur 3 périodes et se conçoit à partir de plusieurs tâches structurant notre démarche collective. La première période est consacrée

La « vie politique des marchandises » (VIPOMAR) est un projet qui souhaite contribuer aux réflexions sur les incidences politiques de la libéralisation de l’économie mondiale. En partant d’une approche qualitative, huit anthropologues étudieront les trajectoires de marchandises concernées par une circulation à grande échelle afin de proposer des analyses renouvelées des métamorphoses de la gouvernance. Chaque chercheur produira une étude « biographique » d’une marchandise (vin, cacao, fromage, textile, café, qât, moto, art contemporain, médicament) en analysant tout particulièrement les déplacements politiques provoqués par la transformation de leur production, leur circulation et leur régulation. L’étude ethnographique portera sur l’analyse de réseaux transnationaux tout en proposant une réflexion originale sur des lieux de connections. Le projet étudiera en particulier le rôle émergent de hub comme des nœuds incontournables d’échanges du commerce mondial. Le hub sera envisagé comme un lieu « politique » caractéristique de la gouvernance globale. L’une des hypothèses du projet postule que l’ethnographie de ces lieux d’échanges offre l’opportunité d’analyser des pratiques sociales, des modes de consommation, créateurs de distinctions sociales inédites. L’investigation qualitative consistera ainsi à s’interroger sur l’émergence de figures transnationales potentiellement porteuses de logiques inédites dans leur rapport à l’Etat et au politique en général. Ce projet aborde ainsi un enjeu théorique majeur concernant la métamorphose contemporaine de la gouvernance et des élites.
La question de la vie politique des marchandises en appelle ainsi à dépasser la division classique en aires culturelles. Ce projet, en travaillant sur les échanges entre l’Afrique (Cameroun, Ethiopie, Niger) l’Europe (France, Italie, Suisse) et l’Asie (Chine), se situe dans un processus nécessaire de décloisonnement des frontières culturelles et géographiques et met l’accent sur la dimension comparative et la circulation des chercheurs entre terrains différents pour repenser les formes de gouvernance contemporaine dans la globalisation. Les différents chercheurs produiront des études de cas en optant pour une investigation multi-scalaire allant du local au global.
Ce projet collaboratif se construit sur la base d’un consortium fondé sur un noyau dur de huit anthropologues. Cette équipe sera amenée à collaborer avec le département de recherche du MUCEM dans la perspective de réfléchir à la création de petits outils multimédias (POM) pour représenter de manière originale les résultats et envisager une politique de valorisation. Elle collaborera enfin avec des anthropologues réunis au sein du Hong Institute for Social Sciences and Humanities afin d’échanger sur l’étude des hub de la globalisation, un de ses axes prioritaires. La structuration du consortium a pour objectif de donner l’opportunité aux chercheurs de produire leur connaissance dans les meilleures conditions ainsi que d’assurer la diffusion de leurs résultats à l’échelle internationale et auprès de publics variés.
VIPOMAR traite d’une problématique stratégique pour l’avenir de l’Europe. En s’intéressant aux transformations de la production, de la consommation de biens alimentaires, de produits de luxe, de matières premières et de produits manufacturés, VIPOMAR analysera de manière détaillée des bouleversements en Europe, mais aussi la métamorphose de relations économiques et politiques dans le continent africain où la France et l’Europe font l’objet d’une concurrence accrue notamment de la part de la Chine. Les résultats des enquêtes offriront à des décideurs l’opportunité de mieux saisir les enjeux de la métamorphose de la régulation et les déplacements d’influence dans l’économie mondialisée. VIPOMAR donnera ainsi à comprendre en particulier en quoi ces déplacements d’influence économiques vers des places fortes inédites (global hub) constituent un enjeu politique de premier plan pour l’Europe.

Coordinateur du projet

Centre Norbert Elias - Centre National de la Recherche Scientique Délégation provence Corse (Laboratoire public)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

Centre Norbert Elias - Centre National de la Recherche Scientique Délégation provence Corse
Institut Interdisciplinaire d’Anthropologie du Contemporain
Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée
Organisation mondiale des douanes
Laboratoire Interdisciplinaire Solidarité, Sociétés, Territoires
Hong Kong Institute for Humanities and Social Sciences

Aide de l'ANR 398 999 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2014 - 36 Mois

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