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Le "populaire" aujourd’hui. Les recompositions sociales et culturelles des mondes ouvriers et employés contemporains – CLASPOP

Le « populaire » aujourd’hui. Les recompositions sociales et culturelles des mondes ouvriers et employés contemporains

Les classes populaires dans la société française contemporaine : entre permanence et rupture

Une recherche qui a pour ambition d’étudier les classes populaires dans la France d’aujourd’hui.

Une recherche qui a pour ambition d’étudier les classes populaires dans la France d’aujourd’hui. <br />Au départ de la recherche : trois constats. <br />1. Les sociétés occidentales, et en tout cas la société française, demeurent des sociétés de classes populaires. En effet, ni l’expansion des classes moyennes, ni la consommation de masse, ni la tertiarisation, ni le prolongement des scolarités… n’ont mis fin à l’existence des vastes ensembles de populations conjuguant trois caractéristiques : petitesse du statut professionnel, étroitesse des ressources économiques, éloignement par rapport au capital culturel. <br />2. Les modes de vie des membres de ces classes portent en même temps l’empreinte des transformations sociales majeures du dernier demi-siècle dans le domaine du travail et des relations professionnelles, dans celui de la famille et de l’école et plus généralement dans la structure sociale dans son ensemble : montée des cadres et des professions intermédiaires, diminution des ouvriers non qualifiés, croissance des employés des services. <br />3. Les connaissances sociologiques sont insuffisantes pour caractériser ce qu’est aujourd’hui  le « populaire », c’est-à-dire les manières d’être, de penser, d’agir et de réagir des ouvriers et des employés dans la diversité de leurs conditions d’existence et de travail. <br />Ces trois constats ont conduit à poser les questions suivantes : que reste-t-il de « populaire » dans la société française d’aujourd’hui ? Existe-t-il encore un ou des styles de vie populaires relativement autonomes ou bien ceux-ci ne sont-ils qu’une imitation des styles de vie des classes moyennes, désarmée et toujours à contretemps ?

Cette recherche s’est construite à partir de trois choix théoriques et méthodologiques.
1. Celui de penser les styles de vie des classes populaires contemporaines par confrontation aux caractéristiques traditionnelles de ces classes qui ressortaient des travaux sociologiques des années 1960-1980 – une stricte division sexuée, un rapport hédoniste à l’existence, une valorisation de l’entre-soi.
2. Celui de s’intéresser à l’ensemble des représentations et des pratiques par lesquelles se définit une condition sociale ou un style de vie. Le dispositif d’enquête repose sur la réalisation de monographies de ménages : celles-ci ont été conçues pour rassembler des données très diverses sur les modes de vie des ouvriers et employés, touchant tout à la fois aux aspects matériels, familiaux, politiques et professionnels.
3. Celui de centrer la recherche sur un segment de l’ensemble des classes populaires situé entre les fractions les plus dotées et les fractions les plus précarisées. Nous l’avons désigné comme les « classes populaires du milieu ».

Trois types de résultats se dégagent de cette recherche :
1. Des données chiffrées actualisant les connaissances empiriques sur les ouvriers et les employés (effectifs, mobilité professionnelle, budget, emploi du temps, répartition géographique, unions matrimoniales, séparation des couples) et conduisant à de nouvelles analyses sur la stratification des catégories populaires.
2. Un ensemble de 26 études détaillées de ménages ouvriers et employés (totalisant chacune entre 50 et 80 pages).
3. Des analyses approfondies des recompositions des classes populaires contemporaines sous l’angle des fonctionnements familiaux et conjugaux, des relations ordinaires avec les autres groupes sociaux, du positionnement social (analyse de la stratification interne au populaire, du rapport à la consommation, à l’école, à la mobilité sociale).

Le projet « Le populaire aujourd’hui » est un projet de recherche fondamentale coordonné par Olivier Masclet. Il réunit plusieurs chercheurs, titulaires et non titulaires : Thomas Amossé, Anne-Marie Arborio, Adèle Barraud ,Stéphane Beaud, Lise Bernard, Anya Bouamama, Marie Cartier, Clément Degout ,Sarah Delcroix, Claire-Lise Dubost, Henri Eckert, Christophe Giraud, Violaine Girard, Paul Hobeika, Marie-Hélène Lechien, Romain Lemaire, Muriel Letrait, Francis Marchan, Olivier Masclet, Gérard Mauger, Julian Mischi, Séverine Misset, Gilles Moreau, Tristan Poullaouec, Marie-Pierre Pouly, Audrey Richard, Jean-Noël Retiere, Cyril Rougier, Matthias Rosenzweig, Thomas Sigaud, Rémi Sinthon, Olivier Schwartz, Yasmine Siblot, Matéo Sorin, Vanessa Stettinger, Marjorie Tilleul, Lucas Tranchant, Maulde Urbain Mathis, Antoine Younsi. Il associe également quatre laboratoires : le Centre de recherches sur les liens sociaux, le Centre nantais de sociologie, le Centre Maurice Halbwachs, le Groupe de recherches sociologiques sur les sociétés contemporaines. Le projet a débuté en février 2014 et a duré 48 mois. Il a bénéficié d’une aide ANR de 250 000 euros.

T. Amossé, « Portrait statistique des classes populaires contemporaines », Savoir/Agir, 2015/4, n°34, p.13-20.
T. Amossé, M. Cartier, « Introduction. Les classes populaires sur la scène domestique », Travail, Genre et Sociétés, 2018, 1 (39), p. 25-4

Alors que les thèmes de la fin des classes, de la disparition des ouvriers et de la « moyennisation » des sociétés européennes et nord-américaines ont connu une forte diffusion au cours des années 1980-1990, on assiste depuis la fin des années 1990 à un « retour des classes sociales » et notamment du « populaire ». Ce nouvel intérêt renvoie au creusement des inégalités, au net décrochage des catégories les moins bien pourvues socialement et, parallèlement, à la résurgence de la question du « peuple » comme question politique majeure. Les données socio-économiques disponibles révèlent aujourd’hui l’ampleur de l’écart entre les catégories populaires d’un côté et les catégories moyennes et supérieures de l’autre mais, en tant que données statistiques, elles laissent le plus souvent dans l’ombre les conditions d’existence concrètes et les recompositions sociales et culturelles des groupes populaires. De fait, nous ne savons plus désormais comment nommer et décrire ces groupes dont les modes de vie, les pratiques culturelles et les manières de se représenter ont évolué en profondeur. Notre projet entend donc répondre au défi de penser « le populaire » contemporain, avec comme principe d’analyse le refus de l’appréhender par ses seules marges et de l’émietter en autant d’objets spécialisés (politique, famille, culture, travail, école, etc.). Notre démarche de recherche présente une double originalité. Elle se concentre d’abord sur un segment des classes populaires aujourd’hui sous-étudié, tant en France qu’en Europe et aux États-Unis. Pour le désigner, nous proposons un terme volontairement imprécis – la recherche réduira cette imprécision –, celui de « classes populaires du milieu ». On distingue fréquemment au sein des classes populaires un « bas » et un « haut », le « bas » désignant les fractions les plus démunies de ressources économiques, d’inscriptions sociales protectrices et de capital culturel, le « haut » désignant les fractions qui, par leur stabilité d’emploi, leur niveau de bien-être et de participation à des pratiques socialement sélectives, sont proches des classes moyennes. Cette distinction, si elle souligne le caractère fortement hiérarchisé de ce groupe social, en masque en revanche un pan central, qui constitue aussi un carrefour des mobilités internes aux classes populaires. En choisissant de nous intéresser aux « classes populaires du milieu », nous prenons ainsi pour objet un ensemble paradoxalement peu étudié par la sociologie alors même qu’il est de plus en plus analysé en science politique comme un monde populaire « répressif », en passe de basculer vers l’extrême droite. Notre démarche de recherche repose ensuite sur un dispositif d’enquête original articulant à la fois des enquêtes de terrain axées sur les recompositions culturelles des mondes ouvriers et employés (loisirs, normes dominantes en matière de couple et d’éducation des enfants, investissement dans l’école et le travail, morale ordinaire, valeurs et pratiques politiques, rapport au local, aux migrations…), un corpus de 50 monographies de ménage produites collectivement et un retraitement du recensement et des enquêtes INSEE, avec un croisement des approches ethnographiques et statistiques tout au long du programme de recherche. Le projet met enfin l’accent sur la combinaison de données nationales et régionales, afin de prendre en compte de façon centrale les disparités territoriales. Ce programme, qui réunit 26 chercheurs spécialistes des classes sociales et du populaire, relevant de générations, de traditions de recherche et d’inscriptions locales différentes, pourra dépasser l’approche monographique qui caractérise souvent l’étude des groupes dominés, en analysant les « classes populaires du milieu » tant rurales qu’urbaines, au « féminin » et au « masculin », au travail et dans le hors travail, dans leurs luttes pour occuper une place respectable au sein d’une société salariale précarisée.

Coordinateur du projet

Centre de recherche sur les liens sociaux (Laboratoire public)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

Centre Maurice Halbwachs
Groupe de Recherches et d’Etudes Sociologiques du Centre Ouest
Centre Maurice Halbwachs
Centre nantais de sociologie
Centre de recherche sur les liens sociaux

Aide de l'ANR 249 916 euros
Début et durée du projet scientifique : février 2014 - 36 Mois

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