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Nouvelles approches de l’ère maoïste (1949-1976): histoire quotidienne et mémoire non-officielle – NAME

Nouvelles approches de l’ère maoïste (1949-1976): histoire quotidienne et mémoire non-officielle

Depuis les années 1990, de nouveaux documents et de nouvelles formes de mémoire collective sur l’époque de Mao sont apparus en Chine. La multiplication des histoires orales, des recherches d’archives et la publication de ces documents, ainsi que ces nouvelles formes d’associations mémorielles nous semblent toutes fondées sur un désir de se confronter au passé de manière critique, afin de construire une histoire (minjian) « populaire » ou « non-officielle » de la Chine d’après 1949.

Vie quotidienne et mémoire quotidienne

En Chine, alors que les générations de témoins directs du Maoïsme atteignent un âge avancé, les archives se sont récemment ouvertes, et en parallèle, des projets d’histoire orale se sont développés de manière significative. Ces initiatives ouvrent un nouveau domaine de recherche, à la fois sur la société quotidienne sous le Maoïsme en tant qu’objet historiographique, et sur la manière dont le Maoïsme est resté dans la mémoire populaire ordinaire. Ces deux éléments – la documentation de l’histoire et la conservation de la mémoire – sont inséparables pour l’émergence d’une histoire critique du Maoïsme. <br />Nous menons donc des enquêtes sur différents aspects de ce champ, des nouvelles archives et histoires orales de la vie quotidienne sous Mao, et en particulier sur la violence caractérisant les relations sociales à l’époque, jusqu’aux initiatives contemporaines consacrées à la conservation d’une mémoire non-officielle du Maoïsme. Ces initiatives remettent en question le monopole du Parti sur l’écriture de l’histoire de la République Populaire de Chine. <br />

Ce projet a pour but de lever les barrières disciplinaires entre diverses approches de l’histoire non-officielle de l’époque Mao, ainsi que de mener des recherches inédites dans chacune de ces disciplines (accès à de nouvelles archives, enquêtes de terrain auprès de groupes mémoriels citoyens jusqu’à présent non documentés).
Cette approche interdisciplinaire est exigée par la nature de l’objet : une nouvelle historiographie de l’ère maoïste émerge progressivement de la confrontation critique de la génération de cette époque avec son propre passé. L’équipe de recherche se servira donc de différentes méthodologies : recherche d’archives, entretiens et observation participante dans les associations mémorielles citoyennes, compilation et analyse de sources d’histoire orale publiées, et de documentaires indépendants sur le sujet.

Avant le lancement du projet, une conférence préparatoire a été tenue les 6 et 7 décembre 2012 à la Chinese University of Hong Kong, en collaboration avec le centre de recherches sur l’histoire de Hong Kong (Prof. Ho Pui-yin), intitulée « Destin d’une génération, destin d’un pays : les enjeux de la mémoire du mouvement d’envoi des jeunes instruits à la campagne en Chine », dont les textes sont actuellement en cours de relecture et d’évaluation par les membres de l’équipe française pour publication.
Le lancement du projet s’est concrétisé par
- l’embauche d’une chercheure post-doctorante depuis le 22 mars 2013 ;
- la mise en place d’une page web sur le site du CEFC contenant les informations de base sur le projet ; ce site va progressivement monter en puissance et, dans le cadre de la refonte du site web du CEFC début 2014, pourra accueillir un contenu plus important, notamment la base de données relative aux productions indépendants consacrées à la mémoire du maoïsme
- la définition du format de la base de données de productions mémorielles indépendantes (films documentaires, autobiographies, œuvres littéraires, revues) et la compilation d’une première filmographie d’œuvres documentaires produites en Chine depuis 1991 et consacrées à la période maoïste.
- plusieurs missions d’enquête réalisées depuis le démarrage du projet, dont le détail figure ci-dessous.

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Conférence internationale « Destin d’une génération, destin d’un pays : les enjeux de la mémoire du mouvement d’envoi des jeunes instruits à la campagne en Chine », coordonnée par Michel Bonnin et Ho Pui-yin, CEFC & CUHK, 6-7 décembre 2012.
Publica

Une grande partie de la recherche publiée sur l’ère maoïste – le début des années 1950, le mouvement anti-droitier, le Grand bond en avant et la famine, la Révolution culturelle – s’appuie excessivement sur des sources provenant du Parti, et sur de multiples publications internes, qui n’en restent pas moins officielles. Les archives sont difficiles d’accès et les témoignages de première main souvent faussés, ne fournissant que de maigres informations sur la vie quotidienne des personnes ordinaires. Récemment, les d’archives se sont légèrement ouvertes et en parallèle, les projets d’histoire orale se sont considérablement développés, au fur et à mesure que les générations de témoins directs du maoïsme s’approchent d’un âge avancé. Un terrain fertile s’offre ainsi à de nouvelles recherches, à la fois sur la société quotidienne sous le maoïsme comme projet historiographique et sur la manière dont le maoïsme perdure dans la mémoire des personnes ordinaires. Ces deux composantes – la documentation de l’histoire et la conservation de la mémoire – sont inséparables pour l’émergence d’une histoire critique du maoïsme.
Nous proposons d’examiner divers aspects de ce domaine, depuis les nouvelles archives et l’histoire orale de la vie quotidienne sous Mao, qui documente en particulier la violence des relations sociales de l’époque, aux efforts contemporains consacrés à conserver une mémoire non-officielle du Maoïsme. Ces efforts remettent en question le monopole du Parti sur l’écriture de l’histoire de la République populaire. Si certaines activités « mémorielles » développées par d’anciens Droitiers ou Jeunes Instruits sont généralement nostalgiques et peu critiques, d’autres formes d’association et de sociabilité sont fondées sur le désir de se confronter au passé de manière critique, en se servant des outils de la recherche et de l’historiographie, afin de construire une histoire de la Chine post-1949 qui soit « populaire » ou « non-officielle » (minjian).
Ce projet repose sur les travaux en cours des chercheurs participant à l’équipe, dont l’ouvrage Mao’s Great Famine de Frank Dikötter, l’enquête de Wang Aihe sur un groupe souterrain d’artistes pendant la Révolution culturelle, les deux volumes de Zhou Xun sur les sources d’archives et d’histoire orale traitant du Grand bond en avant qui sont sous presse aux Presses Universitaires de Yale, l’étude de Michel Bonnin Génération perdue basée sur des entretiens approfondis d’anciens Jeunes Instruits envoyés à la campagne, l’enquête de Jean-Philippe Béja sur diverses associations d’histoire citoyenne en Chine et leur importance vis-à-vis du mouvement de défense des droits (weiquan yundong), et le travail de Sebastian Veg sur les mémoires ordinaires du mouvement anti-droitier et leur documentation dans les œuvres littéraires et les documentaires indépendants.

Coordinateur du projet

CENTRE D'ETUDES FRANCAIS SUR LA CHINE CONTEMPORAINE (Divers public)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

FACULTY OF ARTS - THE UNIVERSITY OF HONG KONG
CENTRE D'ETUDES FRANCAIS SUR LA CHINE CONTEMPORAINE

Aide de l'ANR 202 779 euros
Début et durée du projet scientifique : février 2013 - 36 Mois

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