CULT - Métamorphoses des sociétés. Emergences et évolutions des cultures et des phénomènes culturels.

Archéologie des origines : émergence et évolution des premières techno-cultures – ARCHOR

Archéologie des origines: émergence et évolution des premières cultures

Premiers outils de pierre en Afrique <br />Lomekwi 3 : le site archéologique doyen de l’humanité <br /> <br />Ce projet a pour ambition de reconstruire la genèse des premières cultures matérielles il y a plus de 3 Ma et au-delà. Il s'agit d’étudier les compétences cognitives et capacités motrices impliquées dans la fabrication des premiers outils de pierre taillée.

Technologies des premiers humains : quelles capacités cognitives et motrices ?

Lors d'une nouvelle campagne de prospections archéologiques à l'ouest du lac Turkana au Kenya en 2011, l'équipe de la Mission Préhistorique au Kenya découvre le plus ancien site archéologique du monde, Lomekwi 3 (LOM3), daté de 3,3 millions d'années (Ma). Depuis 2012, la fouille du site a permis de mettre au jour plus d'une centaine d'artefacts en pierre et plusieurs dizaines de restes d'animaux fossiles. LOM3 est une découverte majeure pour notre Préhistoire puisqu'elle fait reculer de 700 000 ans dans le temps l'apparition des premiers outils de pierre taillée, à une époque où le genre Homo n’était pas encore apparu. L'invention de l'outil, les conditions d'émergence des premiers comportements techniques et la nature des aptitudes cognitives de nos ancêtres entre 3,3 et 1,7 Ma sont au coeur du questionnement de ARCHOR. Qui a fabriqué les premiers outils ? Comment ont-ils été fabriqués ? Que nous disent-ils des capacités cognitives et habiletés motrices de nos ancêtres ? À quoi ont-ils servi ? Quelles sont les conditions environnementales et paléoanthropologiques qui ont favorisé leur émergence ? Les outils de LOM3 constituent les seuls vestiges préservés des premiers temps de notre Préhistoire, une période jusqu'ici encore inconnue de l’histoire du développement cognitif des homininés et que nous ne pourrions comprendre uniquement à partir de leurs fossiles. C’est de leur analyse directe et de l'étude de leur contexte que dépend donc l'essentiel de nos connaissances sur le mode de vie et les formes d'intelligence des premières humanités.

ARCHOR s’est appuyé sur les données issues de la fouille archéologique du site de LOM3 par la Mission Préhistorique au Kenya. Le matériel lithique recueilli au cours de la fouille a fait l'objet d'une analyse technologique par 5 différents spécialistes pour pouvoir être étudié le plus finement possible. Afin de comprendre comment ils ont été fabriqués, les artefacts de pierre recueillis ont fait l'objet d'une analyse technologique et ont été systématiquement répliqués. Certaines pièces ont été également sélectionnées pour être étudiées par un tracéologue qui a examiné les éventuelles traces d’utilisation de leurs tranchants. Le matériel lithique portant des traces visibles de percussion a été étudié par un spécialiste du matériel de percussion. L'analyse microscopique et macroscopique des surfaces des objets a permis de cerner la manière dont ils avaient été utilisés. Un protocole d'analyse du mouvement en 3D du bras et de l'avant-bras au cours du processus de taille a permis d'évaluer les capacités motrices impliquées dans la taille des outils et en particulier celles liées à la main. L'étude des caractères morphologiques externes et internes (Ct-Scan) des ossements d'homininés découverts à proximité de LOM3 ainsi que leur détermination taxinomique a été conduite dans une perspective évolutive. La cartographie géologique des sédiments, les analyses géochimiques des paléosols et des restes fossiles, la réalisation de diagrammes paléoécologiques ont permis de déterminer les contextes paléoenvironnementaux et paléoécologiques dans lesquels ont évolué les homininés de l'ouest Turkana entre 3,3 et 1,7 Ma.

Les spécialistes de l’évolution ont longtemps supposé que les premiers outils en pierre ont été fabriqués il y a 2,5 Ma par le genre Homo et que ce développement technologique était directement lié au changement climatique et à la propagation des prairies de savane. Nos résultats montrent au contraire, qu’un autre genre d’homininés, probablement une forme d’australopithèque plus ancienne (ou Kenyanthropus) et évoluant alors en Afrique de l'Est possédait déjà, il y a 3,3 Ma, les capacités cognitives et les habiletés motrices suffisantes pour la production contrôlée et en séries des éclats tranchants de LOM3. Ces derniers ont été produits par la gestion simple généralement unipolaire et unifaciale de blocs sélectionnés de basalte et de phonolite de grandes dimensions. Deux techniques simples de percussion ont été identifiées pour le détachement des éclats : la technique bipolaire sur enclume et celle sur percuteur dormant. Il reste à explorer si ces techniques peuvent dériver d’activités de martelage pré-existantes et antérieures à 3,3 Ma.

ARCHOR a indéniablement permis de revisiter certains grands questionnements relatifs aux processus d'émergence de notre humanité et en cela nous considérons notre ANR un succès. ARCHOR a permis d'identifier de nouveaux questionnements mais également de réfléchir à de nouvelles méthodologies qui permettront de répondre de façon effective à ces questionnements comme la nécessité de mieux comprendre l’évolution des fonctions cognitives complexes comme fabrication d’outils et la recherche de nourriture, et l’analyse fonctionnelle des membres supérieurs et de la main. Ceci est proposé dans le cadre du nouveau projet ANR HOMTECH (resp. S. Prat) qui débutera en Mars 2018 et impliquant certains des chercheurs impliqués dans ARCHOR.

Nos résultats ont été largement mis en valeur par les membres du projet ARCHOR dans le cadre de colloques professionnels, de conférences grand public et d'émissions radios et articles de journaux. Outre la publication scientifique de l'article original su

Le projet ARCHOR s'inscrit dans la thématique de l'Axe 1 de l'ANR. Ce projet cherche à reconstruire la genèse de la technologie des premiers homininés il y a plus de 3 Ma et jusque 1,7 Ma. Ce projet multidisciplinaire utilisera les données de terrain extrêmement riches recueillies par le WTAP dans le Nord du Kenya, et qui comprend la découverte récente (2011) d'un site archéologique daté à 3.1 Ma, le plus vieux site encore jamais découvert. L'objectif principal est d'étudier les capacités cognitives et habiletés motrices des premiers hominidés au moment de l'émergence et durant les premières étapes évolutives d'un comportement nouveau et unique parmi les primates : la fabrication des premiers outils en pierre. L'approche pour étudier les capacités des premiers tailleurs passe nécessairement par une analyse technologique de leur production lithique, en utilisant le concept de chaîne opératoire comme outil d'analyse. Nous essaierons aussi de définir les conditions environnementales et paléoanthropologiques qui ont favorisé l'émergence d'un tel comportement, il y a plus de 3 Ma dans le bassin du Turkana. Ainsi, au-delà de son premier but qui doit élucider les étapes technologiques qui ont mené certains hominidés à cette évolution spécifique, ce projet a également pour objectif de déterminer l'impact des changements climatiques globaux sur l'évolution humaine et de démontrer les capacités d'adaptation des hominidés face aux changements environnementaux. Comment, quand et pourquoi les hominidés ont-ils fabriqué les premiers outils ? Ces derniers dérivent-ils d'activités de concassage pré-existantes ou ce sont-ils développés plus ponctuellement et directement de la fabrication de tranchants ? A quoi ont-ils servi ? Quelles espèces d'hominidés les ont fabriqués ? Autant de questions que la découverte du site de LOM3 nous permet de ré-explorer. Pendant les 15 dernières années, de nouvelles découvertes ont également révélé la diversité des homininés et la complexité de leur histoire évolutive, pendant laquelle différentes espèces ont coexisté en même temps dans les mêmes régions. Dans ce contexte, déchiffrer les rapports phylogénétiques entre les différentes espèces et évaluer le mode et le tempo de leur émergence représente un certain défi scientifique. Comment biologie, culture et environnement ont-ils interagi dans ces contextes chronologiques anciens ? Quel rôle ces facteurs et leurs actions réciproques ont-ils joué dans l'histoire évolutive de l'homme ? Les conditions d'émergence des capacités motrices chez ces hominidés et en particulier celles liées à la main sont elles toujours discutées. Déterminer à quel moment ces capacités sont apparues représente également un enjeu essentiel pour la compréhension des origines de la technologie et du processus d'hominisation et constitue un des axes de recherche du projet. Les recherches sur l'origine et l'évolution des premiers ensembles techno-culturels sont menées par plusieurs équipes travaillant dans différentes parties du monde, mais essentiellement dans la Grande Vallée du Rift en Afrique de l'Est. Cependant, seule la région Ouest Turkana offre un enregistrement archéologique capable de répondre à ces questions grâce à ses particularités : (1) elle renferme le plus vieux site archéologique jamais découvert (3,1 Ma) et le plus vieux site Acheuléen (1,76 Ma); ces deux sites constituent le terminus ante et post quem du projet ARCHOR; (2) un grand nombre de sites se distribuent chronologiquement le long d'une séquence allant de plus de 3 Ma à 0,7 Ma; cette configuration garantie une étude diachronique approfondie des premières technologies, même si notre projet se concentre sur la période la plus ancienne de cette diachronie, l'Oldowayen; (3) elle renferme plusieurs sites Oldowayens anciens parmi les plus anciens du monde (2,34 Ma) et un grand nombre de sites Oldowayens (1,8 Ma), permettant l'étude comparative de ces ensembles archéologiques à l'échelle synchronique.

Coordinateur du projet

Madame SONIA HARMAND (Préhistoire et Technologie) – sonia.harmand@mae.u-paris10.fr

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

CNRS - UPR 2147 Dynamique de l'évolution humaine : individus, populations, espèces (UPR 2147)
Rutgers University Department of Earth and Planetary Sciences
CNRS - UMR 7194 Histoire Naturelle de l'Homme Préhistorique
CNRS - UMR 7055 Préhistoire et Technologie

Aide de l'ANR 379 994 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2012 - 36 Mois

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