Blanc SHS 1 - Blanc - SHS 1 - Sociétés, espaces, organisations et marchés

Economie politique de la migration internationale et de ses effets sur les pays d’origine. Analyse du Sénégal et du Mali – POLECOMI

Economie politique de la migration internationale et de ses effets sur les pays d'origine. Analyse du Sénégal et du Mali

Ce projet de recherche examine l’influence politique des migrants sur leurs pays d’origine au Sénégal et auMali. Son objectif est de comprendre si ces migrations génèrent un brassage favorable à la consolidation des institutions démocratiques africaines. Plus précisément, nous avons examiné si les migrants par leurs expériences dans leur pays d’accueil sont des vecteurs de transmission de nouvelles pratiques politiques et s’ils s’impliquent dans les affaires politiques de leur pays d’origine.

Mieux comprendre les interrelations entre les migrations et l’économie politique du Mali et du Sénégal.

L’analyse des effets de la migration sur les pays d’origine a jusqu’à présent principalement porté sur les conséquences économiques des transferts financiers des migrants. Or, les migrants peuvent aussi avoir une influence politique sur leurs pays d’origine au niveau local comme au niveau national. Il est même possible que par ce canal la migration exerce un effet plus durable sur les sociétés d’origine que ne le font les transferts financiers. Cependant cet effet « immatériel » de la migration a très peu été étudié dans le cas des pays africains, alors que la plupart des pays d’Afrique Sub-saharienne sont des démocraties très fragiles et ont une longue histoire migratoire tant vers les pays Africains que vers les pays du Nord. La question est alors de savoir si ces migrations génèrent un brassage favorable à la consolidation des institutions démocratiques africaines. Plus précisément, il s’agit à la fois d’examiner si les migrants par leurs expériences dans leur pays d’accueil sont des vecteurs de transmission de nouvelles pratiques politiques et s’ils s’impliquent dans les affaires politiques de leur pays d’origine.

Ce projet de recherche est de nature multidisciplinaire et a mobilisé à la fois des outils d’analyse empirique développés en sciences économiques et les méthodes d’observation et d’analyse en sociologie et en sciences politiques. Son originalité réside dans la combinaison d’études qualitatives et quantitatives. Durant les élections présidentielles et législatives du Sénégal de 2012, plusieurs enquêtes quantitatives auprès des votants ont été effectuées en France, aux Etats-Unis et au Sénégal. Ce dispositif a été répliqué lors des élections présidentielles maliennes auprès de votants au Mali, en Côte d’Ivoire et en France. Ces enquêtes multi-situées ont permis d’étudier l’implication politiques des migrants et le processus d’acquisition de nouvelles normes politiques.
L’administration de modules d’enquête portant sur la migration, la participation politique et associative et le transfert de normes au Mali sur des échantillons représentatifs au niveau national a permis d’apprécier l’implication politique des migrants de retour et le processus de transfert de norme qu’ils sont susceptibles d’engendrer. Enfin un corpus original de données a été collecté portant sur le rôle des associations de migrants dans le financement des biens publics.

Les migrants sont d’autant plus un levier de changement politique qu’ils ont séjourné dans des pays où les institutions politiques sont nettement plus démocratiques que celles de leurs pays d’origine. Ces populations sont fortement mobilisées dans les affaires politiques du Sénégal et du Mali même celles qui ont acquis la nationalité de leur pays d’accueil. Elles peuvent exercer un changement réel dans leur localité d’origine. Par exemple, la mobilisation financière des associations de migrants maliens en France a permis d’améliorer l’approvisionnement en biens publics des villages d’origine des migrants.

Dans les deux prochaines années, nous allons poursuivre cette investigation en exploitant les données collectées au Mali en 2016 sur le transfert de normes sociales portant sur l'excision et le rôle de la femme dans la société malienne.
Les travaux menés jusqu'à présent apportent un regard nouveau sur le rôle des politiques d’accueil des migrants dans les pays du Nord et sur le rôle des flux migratoires intra-africains. La consolidation des institutions démocratiques en Côte d’Ivoire, principal pays africain d’accueil de migrants d’Afrique Sub-saharienne, et une amélioration dans l’insertion politique de ses migrants pourraient exercer un levier important de stabilisation politique dans la sous-région.

Les divers matériaux collectés ont permis de produire 9 articles scientifiques, un chapitre d’ouvrage, 4 publications de vulgarisation et 5 documents de travail. D’autres productions sont prévues notamment deux articles scientifiques ainsi qu’un ouvrage c

L’objectif du projet POLECOMI est de comprendre comment la migration et les transferts collectifs des migrants influencent l’économie politique des pays d’origine, en prenant comme objets d’étude le Mali et le Sénégal.
Il existe une abondante littérature académique concernant les effets économiques de la migration et des transferts des migrants dans les pays d’origine. A l’inverse, peu d’attention a été accordée à leurs conséquences politiques à l’exception de quelques études portant sur le Mexique, et nouvellement sur l’Inde. Le Mali et le Sénégal n’ont, à notre connaissance, pas fait l’objet d’études sur ce sujet précis. Pourtant, ces deux pays sont des terrains d’étude particulièrement intéressants pour aborder la question de l’économie politique de la migration. Tous deux ont une longue tradition de migration, et les migrants participent de longue date au financement des biens publics locaux dans leurs villages d’origine. Il s’agit également de deux démocraties jeunes et fragiles, dont les institutions politiques sont en construction.
Ce projet de recherche est de nature multidisciplinaire. Nous comptons à la fois mener des études de cas qualitatives auprès de six associations maliennes et sénégalaises en France et en Italie ainsi que dans les communautés d’origine où ces associations interviennent, et produire des travaux quantitatifs à partir notamment d’une enquête communautaire et individuelle représentative au niveau national que nous mettrons en œuvre au Mali. L’originalité de notre projet réside donc dans la combinaison d’études qualitatives et quantitatives appliquées à des terrains d’études communs. Cette approche mixte est possible par la collaboration fructueuse existant entre des chercheurs économistes de DIAL, des chercheurs en sociologie et sociologie politique basés en France (CMH et IRIS) et en Italie (FIERI), et l’Institut malien de la statistique (INSTAT).
Le projet se compose de quatre parties. Premièrement, nous étudierons d’un point de vue historique et sociologique le transnationalisme politique entre la France, l’Italie, le Sénégal et le Mali. Nous proposons également un suivi des campagnes électorales de 2012 au Sénégal et au Mali, de manière à identifier les interactions entre les partis politiques de ces pays et leurs ressortissants basés en France et en Italie.
Deuxièmement, nous analyserons l’implication politique et associative des migrants, ainsi que leur capacité à transférer des normes démocratiques dans leurs pays d’origine. Nous analyserons des données existantes (notamment l’enquête Teo, Insee, 2008) pour identifier de manière quantitative implication politique des migrants sénégalais et maliens.Une analyse qualitative fondée sur des entretiens de migrants complétera cette étude. Par ailleurs, à l’approche de l’élection présidentielle malienne de 2012, nous mettrons en œuvre une expérimentation auprès des migrants maliens résidant en France afin d’identifier si ces derniers transfèrent des normes en matière politique à leurs familles et villages d’origine.
En troisième lieu, les interactions entre la migration et le fonctionnement politique du pays d’origine seront étudiées. Nous examinerons dans quelle mesure les financements des migrants sont influencés par les résultats électoraux. De même, nous étudierons si les migrants financent des biens publics particuliers ou s’ils permettent une allocation différente de ces derniers. Ce travail sera mené sur un panel représentatif de communes maliennes et enrichi par les études de cas. Enfin, en quatrième point nous analyserons l’impact de la migration sur la composition des élites locales. Cela nous permettra de comprendre dans quelle mesure l’expérience migratoire permet aux migrants de retour ou aux membres de leurs familles de participer à des instances décisionnelles locales, voire nationales. Pour ce faire, nous procéderons à des entretiens auprès d’élus, ainsi qu’à l’analyse empirique de données d’enquête individuelles maliennes.

Coordinateur du projet

Madame Sandrine Mesplé-Somps (INSTITUT DE RECHERCHE POUR LE DEVELOPPEMENT - IRD) – mesple@dial.prd.fr

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

DIAL INSTITUT DE RECHERCHE POUR LE DEVELOPPEMENT - IRD
CMH CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE - DELEGATION REGIONALE ILE-DE-FRANCE SECTEUR PARIS A
IRIS ECOLE DES HAUTES ETUDES EN SCIENCES SOCIALES

Aide de l'ANR 260 946 euros
Début et durée du projet scientifique : - 36 Mois

Liens utiles